21 septembre 2021

Bourdieuseries

Pour paraphraser l’agité du bocal (1) évoquant Karl Marx, nous pourrions dire que les œuvres intellectuelles de Pierre Bourdieu ne sont pas « l’horizon indépassable de notre temps », contrairement à ce que pense - ou plutôt imagine, soyons précis - une certaine clique du cloaque (2), laquelle souvent d’ailleurs n’a jamais ouvert un seul livre de Bourdieu...


Pierre Bourdieu revisite

Que ce soit dans La distinction ; critique sociale du jugement (1979) ou encore dans Les héritiers. Les étudiants et la culture (1964) - pour ne parler que de ces deux livres "phares" - si Bourdieu analyse finement la société de son temps, si ce qu’il disait sur les stratifications sociales (classe dominante, petite bourgeoisie, classe populaire), sur leurs origines et leur construction, sur les différentes formes de capital (économique, culturel), sur les stratégies d’accumulation de celui-ci - sans omettre, bien sûr, le fameux concept d'habitus ou celui de champ... -, sur les pratiques et jugements culturels, sur les mécanismes d’acquisition de la compétence culturelle, la construction sociale des goûts, etc., bref, si tout cela était en son temps juste, original et intelligent, force est de constater qu’il n’en va plus de même aujourd’hui.

La Marque jaune - p22 - revisitee

Depuis bien longtemps d’ailleurs (3), le résultat de l’analyse bourdieusienne ne correspondait plus à la réalité sociologique de la France. Au moment de leur publication déjà, ces études - pour ne parler que d'elles - avaient perdu de leur acuité. En fait, ses deux ouvrages n’étaient que des photographies de la société de son temps (photographies d’excellente qualité et rarement égalées, faut-il préciser), mais une société qui n’est plus, tant dans sa classification que dans sa composition, ses dynamiques. Oui, étudiant un corps vivant au possible, l’étude sociologique se démode très vite… tout comme la mode ! (4) Ainsi, si l’on veut parler de Bourdieu aujourd’hui, faut-il avant tout parler de son érudition, de son éclectisme, de sa puissance intellectuelle (conceptuelle), de sa « méthode », de sa virtuosité, mais plus de la pertinence ou de la congruence du résultat de ses analyses, lesquelles sont plus que datées, ne correspondant plus à rien de la réalité. Ainsi s'appuyer sur ce que disait Bourdieu de la société de son temps pour avancer je ne sais qu'elle "pensée" politique, ne tient pas la route. Comme le disait Bourdieu lui même d'ailleurs, il faut rester dans le champ scientifique et ne pas aller plus loin, id est, dans le champ du performatif et de l'utopie généralisée. Le propre des intellectuels, disait-il dans une intervention à Jussieu (5), résidant dans le fait d'avoir des intérêts désintéressés, d'avoir intérêt au désintéressement.

L'odysee du Flandre - revisite


Adieu donc Bourdieusophiles béats et incultes, Bourdieusolâtres miséreux et piteux, adieu ! Lisez plutôt vos zoteurs-zé autrices, cela vous va si bien, vous ressemble si bien, vous correspond si bien… (6). En un mot, mêlez-vous de ce qui vous regarde.

 

Notes :

(1) Sartre, pour ceux qui ne le saurait pas (Cf. Céline et son texte éponyme de 1948).
(2) Une clique journalistique, « intellectuelle », faite de cuistres, une clique que fustigeait d’ailleurs Bourdieu ; il suffit de l’avoir lu, ou entendu, pour ceux qui ont eu le plaisir de suivre ses cours.
(3) Les années 80 ont vu ce changement.
(4) Être à la mode, n’est-ce pas d’ailleurs être démodé ?
(5) Colloque "Ethnologie et politique au Maghreb", à Paris, le 5 juin 1975. 
(6) Un phénomène quasi similaire s’est opéré avec nombre de figures : par exemple Guy Debord, « récupéré » par la même clique ; clique que bien sûr Debord vomissait aimablement… Il en est de même de Philippe Muray d’ailleurs, encensé par beaucoup sans jamais avoir été lu par eux et ayant été découvert par les mêmes, seulement parce qu’un Lucchini l’a déclamé dans un théâtre parisien... Misère. Ces opérations de récupération, relèvent de la zoologie animalculaire : c'est du phagocytage, dont les eucaryotes sont des journalistes-protozoaires, des "intellectuels"-protistes, des pipoles-acéphalo-cellulaires. 


Iconographie :
« La Marque jaune » d'Edgar P. Jacobs, p.22.
« L’Odyssée du Flandre impériale », p.2. (Cf. journal de Tintin n°242)
Bourdieu : http://sud-emploi-midipyrenees.over-blog.com/article-bourdieu-96057559.html

Culture et politique sous la Vème finissante, ou la Pythie dépitée… (1)

J’écoutais un jour Michel Onfray parler de culture et de politique. Il évoquait le fait qu’il avait été invité une fois par Sarkozy ; c'était le 20 février 2007, un peu avant l'élection dudit Nicolas. Au cours de la conversation voilà que l'Onfray se voit répondre par son hôte : « Connais-toi toi-même ? J’ai jamais rien entendu d'aussi con ! ». On imagine la tête du philosophe, créateur de l’université populaire de Caen... « Cet aveu me glace », précise même cet auteur prolixe (2), trop peut-être d'ailleurs...

Après une telle réplique, on se demande s’il y a nécessité de poursuivre la conversation.

Temple de Delphes

Temple de Delphes

Gravée sur les murs du pronaos (si l’on en croit Pausanias), cette fameuse maxime antique ne semble pas rencontrer quelque écho chez le Président Sarkozy. Il devrait pourtant savoir que c'est de Delphes (3) que partiront les oracles qui amèneront la chute des Pisistratides et le retour de Clisthène l'Alcméonide, lequel archonte rendit le pouvoir au peuple d’Athènes...

Mais, parlons clair ; le temple d’Apollon lui étant fermé, les oracles de la pythie le lui sont également ; il ne lui reste alors que le Fouquet’s. Cependant, si je ne doute pas de la notoriété de cette maison, j’ai quelques réserves sur la qualité des oracles qui y sont délivrés…

Stele presidentielle

Deux graines de Pisistrate...

 

Note :

(1) cet article a été écrit en mars 2012

(2) Cf. http://desirsdavenir09.over-blog.com/article-6494020.html

Notons que le terme avait été minimisé, édulcoré par les médias ayant rapporté cet entretien ; le terme, utilisé par le Président Nicolas Sarkozy (nommé Demagopoulos par certains) pour qualifier la maxime grecque, avait été changé en "absurde". Qu'est-ce que cherchent à rectifier ainsi les médias, si ce n'est la vérité d'une personne ? 

(3) Cf. Gustave Glotz, Histoire Grecque.


Iconographie :

Temple de Delphes : http://nsa25.casimages.com/img/2011/01/27/110127064345528894.jpg 

Stèle funéraire élevée pour deux jeunes enfants et leur pédagogue : http://fr.academic.ru/pictures/frwiki/70/Funerary_stele_Louvre_Ma4498.jpg

 

 

L'être dans le retrait

Je dois faire un aveu : j’ai été démocrate. A ma décharge, ce fut de façon temporaire. Mais voici donc que cette période est achèvée.

J’avais trente ans quand j’urnais pour la première fois, c’était dans un bureau de vote parisien ; je me vois encore me rendant dans l’isoloir pour scrutiner… Certes, toutes ces années, je ne déposais pas systématiquement de bulletin lors des « fêtes de la démocratie », mais seulement quand il y avait un espoir : celui de perturber les lignes ou de secouer le ronron politique et surtout pour voir les trognes des bien-pensants le soir des résultats…

Mais ces dernières années ont eu raison du vernis dont je m’étais revêtu jusqu’à lors (j'étais encore grimé en « être humain démocratique »). A présent, je rentre dans une autre phase, loin des mascarades, de ces jeux grotesques et mensongers.

Mais enfin, pourquoi voter ? alors que mathématiquement, la France est déjà vendu à l'oligarchie, aux Pharisiens, à la peste cosmopolite, à la gangrène mondialiste ? Les esprits sont maintenant anesthésiés, télévisionnés, Bourdinisés, Salaméhisés, Hanounahisés, podosphèrisés, en un mot …démocratisés.

Ite misa est.

Il faut urgemment partir vers les terres encore vierges des « falaises de marbre », de la « nocence », vers ces ilots de France qui subsistent encore ici et là sur le territoire et dans certains esprits, ce « territoire » qui n’est même plus national d’ailleurs, juste un vulgaire terrain de camping où l’on se vautre dans le matérialisme vulgaire, l'uniformisation raboteuse, la veulerie généralisée, la corruption des esprits, le consumérisme totémisé et où la barbarie est déjà dans les murs, dans les têtes (j’allais dire dans les cerveaux…).

schmadri

Les chutes de Schmadribach (Suisse, Canton de Berne),
tableau de 1822, par Joseph Anton Koch (1768 – 1839).

Il faut trouver un lieu de paix, de calme, de beauté simple ; c’est une question de survie. Nos âmes sont en péril, notre tranquillité aussi. Oui, il nous faut du beau. C’est d’une nécessité vitale !

L’homme habite en poète, à dit le célèbre philosophe de la forêt noire ; il faut y pré-tendre. Tâchons d’y souscrire, de nous y atteler.

Voilà un beau projet : le ré-enchantement…

20 septembre 2021

La conjuration des malfaisants

A décrypter les affaires du monde, et ce depuis les années 90 (la fin de l’Union Soviétique et la guerre en ex-Yougoslavie), à relier les événements qui se passent ici et là, il semble que le monde soit la proie d’une conjuration en vue d’une transformation radicale, avec une notable accélération ces dernières années avec les « révolutions colorées » dans les pays bordant la Russie et aussi avec, plus proche de nous dans le temps, les dites « révolutions arabes » par exemple ; et sans oublier cette curieuse (1) histoire de film islamophobe (2) qui irrite les musulmans de par le monde. Une conjuration démonique, tant les modalités de cette transformation sont souvent brutales, sanglantes parfois et qu’elle ne vise pas le bien de tous mais le profit de certains seulement et le malheur du plus grand nombre. 

Il n’y a pas ici l’évocation d’une « théorie du complot » (tant aujourd’hui, bien sûr, il n’y a plus de complot, seulement des « théories du complot ») mais celle d’une conjuration, c'est-à-dire le concours de plusieurs personnes ou de plusieurs choses à une action commune.

La Conjuration de Catilina, avant août 1663, Salvator Rosa (1615-1673).

Huile sur toile, Florence, Museo di Casa Martelli.

Le but de cette action commune est la transformation brutale du monde en un « village global » où règnera principiellement l’idéologie du marché. Ce village aura, certes, des déclinaisons civilisationnelles, mais son substrat sera le même sur toute la surface de la terre, le libéralisme économique régi par un gouvernement mondial, totalitaire. Et pour parvenir plus rapidement à ce « nouveau monde », un conflit généralisé de circonstance n’est pas à exclure, tant une guerre (une « bonne guerre », n'est-ce pas ?) sert aussi à remettre les compteurs de l’économie à zéro, c’est bien connu ; "Il y a des récits plein les manuels".

Deux grands courants participent à cette conjuration : d’une part, les libéraux avancés « occidentaux » et leurs affidés, et d’autre part, les islamistes modernistes salafistes (sunnites). Un élément relie ces deux « mondes » antithétiques en apparence : le puritanisme  (de type anglo-saxon et moderniste salafiste).

Tradition contre Salafist ideology & Market ideology

Si en 1997, dans son ouvrage « Islamisme et États-Unis, une alliance contre l’Europe », Alexandre Del Valle abordait apparemment le sujet, il ne faisait aucunement état toutefois du cadre général dans lequel se déroule et se construit cette alliance (Modernité/Tradition), ni précisait les traits communs des protagonistes (puritanisme et l’idéologie du marché). Par ailleurs, l’auteur faisait remonter cette « alliance » à février 1945, date de l’accord passé entre les États-Unis et les Séoud pour l’exploitation du pétrole et du gaz présents dans la péninsule arabe (le fameux Pacte de Quincy, du nom du bâtiment de l'US Navy sur lequel il a été signé).

Mais qui sont ces salafistes modernistes ? Dans les médias, ils sont appelés « islamistes modérés ». Une façon de faire passer la chose plus aisément auprès des populations européennes occidentales encore un peu rétives à la question de l’Islam. En islamologie, le terme « moderniste » recouvre un sens bien particulier. Loin de caractériser un Islam débarrassé des scories du passé, le modernisme en islam est bien spécifique ; il signifie un retour à la pureté originelle de l’Islam, à ses principes premiers, c'est-à-dire s’appuyant sur le  seul Coran et aux dits du Prophète (précisément les hadiths d’Al Bukhari). Néanmoins, cet islam est bien ancré dans la modernité, ne rejetant rien de ce qui passe par le tamis de sa vision du monde. Par ailleurs, si l’Islam est une ortho-praxie, l’Islam moderniste est de surcroit une ortho-doxie ; il lutte sévèrement et systématiquement contre toute forme de mysticisme, contre le principe même d’innovation (bid'ah) et contre les superstitions (khurafat).

Ces « modernistes » s’opposent aux « traditionalistes », lesquels prennent en compte les traditions, les pratiques ancestrales, les coutumes locales, pratiquent souvent le culte des saints, bref, s’enracinant dans un terroir et dans une histoire particulière plus que dans un texte. C’est pourquoi les oppose-t-on généralement aux scripturalistes, qui sont en fait un autre nom pour désigner les modernistes en question.

akplogo 

L'AKP, c'est la Shari'ah, plus l'électricité, ... plus l'idéologie du marché.

Le pays emblématique aujourd’hui pour les musulmans modernistes est la Turquie et le modèle de l’organisation politique est l’AKP. Dans tout le monde musulman, du Maroc à l’Indonésie, l’AKP reste le modèle à suivre auprès des salafistes modernistes. Non seulement l’AKP est arrivé au pouvoir par les élections (légitimité "démocratique"), mais il est bien vu des « capitales occidentales », ne s’opposant pas du tout au nouvel ordre mondial économique. Il opère une réislamisation profonde de la société tout en étant bien ancré dans la logique de l’idéologie du marché, se retrouvant fort à l’aise dans la société de consommation et ses techniques de vente et de diffusion. Il est fort à parier que la plupart des gouvernements qui seront issus des « printemps arabes » auront cette coloration politique salafiste moderniste.

 Tradition vs modernité 

 Dans leurs sphères respectives, ces deux courants opèrent une lutte acharnée et totale contre leur ennemi commun : la tradition, le traditionalisme. Ainsi pourrait-on résumer cette guerre - car c’est une guerre - entre les forces modernistes (salafistes modernistes et occidentaux partisans du libéralisme et de l’idéologie du marché) et le camp des traditionalistes (nationalistes et hostiles au libéralisme et à l’idéologie du marché).

Rappelons que la tradition est un obstacle au marché. Par le passé, les gauchistes de la fin des années 60 furent les idiots utiles de l’idéologie du marché ; ils participèrent à la néantisation de ces traditions, facilitant l’influence du commerce de masse. Seuls les « baba-cools » représentèrent un courant différents, trouvant eux un intérêt dans le retour à la terre, à la tradition. Ils percevaient que cette société traditionnelle qui subsistait encore était menacée dans son existence même ; ils furent vite oubliés et néantisés, tant ils représentaient un obstacle au processus en cours. Par ailleurs, il est instructif de constater que la plupart des anciens dirigeants gauchistes ou « révolutionnaires » issus de la période de 1968, se retrouvent aujourd’hui les plus farouches partisans du mondialisme, de l’idéologie du marché. On trouve certains d’entre eux parmi les altermondialistes, lesquels ne sont pas anti-mondialistes, soulignons-le. D’autres se trouvent tout simplement aux commandes des organismes clefs européens diffusant et mettant en œuvre l’idéologie mondialiste ; le parangon étant, bien sûr, José Manuel Barroso.

barroso 

José Manuel Barroso :

"Du gauchisme de ma jeunesse à l'idéologie mondialiste que je prône aujourd'hui, il y a peu..."

Reste cependant quelques inconnues : le monde orthodoxe russe. Va-t-il basculer et rejoindre les conjurés ? Quant au monde confucéen et au monde hindouiste, ils restent les grandes inconnues. Pour ce qui est du monde chiite traditionnel (incarné par l’Iran, mais sans oublier l’Irak), il semble pour l’instant rétif au modernisme ; mais jusqu’à quand ?

*   *   *

Notre monde est à la fin d’un cycle et, pour passer au suivant (en gestation depuis quelques décennies), une déstabilisation manifeste est lancée par certains depuis quelques années afin d’accélérer son avènement. On ne peut expliquer autrement les axes choisis par les dirigeants des « pays phares » (Cf. Huntington) tant dans les relations internationales que dans la conduite de l’économie mondiale. Y a-t-il des possibilités de réaction face aux forces à l’œuvre ? N’oublions pas que celui qui ne conduit pas, celui-là même qui suit, porte en lui de la résistance. Alors, rien n’est encore perdu. Nous l’espérons.

Rappelons nous le mot d’ordre du Général de Lattre : « Ne pas subir » et faisons-le nôtre.

Galon de Maréchal 

Notes :

(1) Curieuse car elle survînt au bon moment et permit au gouvernement des États-Unis d'agir en écho et non en initiateur d'une manœuvre stratégique. N'oublions pas qu'en Amérique toute action militaire et stratégique est délicate et qu'il ne faut apparaître en aucun cas en belliqueux mais bien plutôt se faire valoir en défenseur des intérêts des États-Unis, de la démocratie, des Droid'l'Homme. Curieusement cet événement reprend le schème de la discorde en Israël ; en effet, il a été noté que souvent, lors de période de négociation entre les autorités palestiniennes et le gouvernement israélien, des "événements" survenaient et rompaient le processus de paix, comme l'installation de nouvelles colonies ou bien encore un "incident" plus sanglant mettant en scène les soldats de Tsahal et des palestiniens. Bref, ces "incidents" sont toujours opportuns, arrivant au bon moment pour la mise en œuvre d'une politique choisie de longue date...

(2) Un film (Fitna) que personne n'a vu en entier car seules 13 minutes et 51 secondes sont sur internet, mis à disposition sur les réseaux sociaux par Geert Wilders, député néerlandais. De cet extrait, l'on peut juger en premier lieu de la médiocre qualité de la réalisation ainsi que du piètre jeu des acteurs. Un mauvais film donc qui dénigre de manière grotesque et stupide une religion et qui participe à alimenter le choc des civilisations, vision du monde (exclusive et binaire) partagée tant par les islamistes salafistes que les mondialistes "occidentaux".


Iconographie :

Barroso : http://i.telegraph.co.uk/multimedia/archive/01482/barroso_1482590c.jpg

Enfants papous : http://afrochild.files.wordpress.com/2010/12/etonnante-tradition-24409161547.jpg

"Jeunes" de banlieue : http://www.librearbitre.com/_IMAGES/DLEKIC/repor_emeute_fr/default.jpg

 

 

  

Ostrakon

Propos d'un croyant : "Nous sommes en démocratie ! Voyons ! Regardez donc la liberté dont jouissent tels et tels. Ils peuvent parler et dire tout ce qu’ils veulent et sans encombre. Et cette contestation existe, sur l’ensemble de l’échiquier politique, à droite comme à gauche ! Alors, contesteriez-vous la réalité de la liberté de parole ? Vos propos sont au mieux ceux d’un insensé, au pire, ceux d’un ennemi de la démocratie…"

Un grand écrivain (Vladimir Volkoff) avait intitulé un de ses ouvrages : « Pourquoi je suis moyennement démocrate » (1) ; pour ma part, plus modestement, j’irai plus loin en disant que je n’y crois pas. Car, il faut le dire, c’est bien une affaire de croyance en définitive que la démocratie.

Je vois déjà mon nom sur les ostraka...

 
g ostrakon of themistocles

Ostrakon de Thémistocle

Comme en URSS, aujourd’hui en Europe occidentale et plus particulièrement en France, ne pas être démocrate et le dire, ou encore rejeter l’idéologie des Droid’lhommes ou bien celle du marché, c’est basculer dans un au-delà, c’est relever soit de l’hitlérisme (la fameuse reductio ad hitlerum), soit de l’hôpital psychiatrique (psychotique lent disaient les soviétiques, pour désigner « ceux qui ne voulaient pas comprendre les bienfaits du système »). Nous ne sommes pas si loin aujourd'hui de rejoindre pleinement un totalitarisme à la soviétique, certes plus finaud, mais tout aussi pervers.


Notes

(1) https://www.amazon.fr/Pourquoi-je-suis-moyennement-d%C3%A9mocrate/dp/2268042677

Iconographie : http://ancient-greeks.webnode.com/album/photo-gallery-greek-pictures-/#g-ostrakon-of-themistocles-jpg

 

 

Leur morale et la nôtre (sic) (1)

S’il est, je crois, une bonne façon de distinguer le chrétien du païen, c’est dans la relation qu’ils entretiennent respectivement avec le divin. De cette relation en découle une anthropologie bien distincte et aux conséquences innombrables, capitales - et notamment sur le plan de la morale.

Cette distinction, présente dans la Bible (2), fut notée et commentée par Saint Augustin (3). L’évêque d’Hippone posa, en effet, la question de savoir si nous aimions Dieu parce qu’il nous aimait, ou bien alors si nous l’aimions pour qu’il nous aime. A cela, l’auteur des Confessions de dire que le chrétien se rattachait irrémédiablement à la première proposition, car « Dieu nous a aimés le premier. Celui que nous avons aimé s’est lui-même donné : il s’est donné pour que nous l’aimions ».

Être dans l’une ou l’autre disposition marque un complet « renversement des valeurs », pour reprendre le terme nietzschéen. Le païen, par exemple, cherchant une reconnaissance et voulant satisfaire Dieu par tous les moyens, aura une morale subordonnée au(x) « bénéfice(s) », s’inscrivant dans une démarche d’appel, d’ « achat », il ira ainsi jusqu’au pire pour attirer et quémander l’amour de Dieu (des Dieux) – pensons aux sacrifices humains. Le chrétien, lui, sera dans une tout autre disposition et relation dia-logique. Il aimera son Dieu car il est aimé de lui. La morale chrétienne verra ainsi poser ses bases (don et contre-don, dirait un Marcel Mauss). C’est ainsi une anthropologie bien spécifique qui en découle, aux antipodes de celle du païen.

celtcross

« ἐν τούτ νίκα »


Notes :

(1) Une ironique référence, bien sûr, à l’ouvrage éponyme de Trotsky, qu’il faut lire, tout comme le "Que faire ?" de Lénine.

(2) 1 Jean 4:19

(3) Sermon 34, sur le psaume 149.


Le sang

Aisne, après l’attaque du 16 avril 1917. 


La ruée sauvage eut lieu.

Les cadavres, trop nombreux pour être comptés, se coudoient.

Au dire des chefs, le résultat est heureux.

Quelques mètres de terrain ont été conquis.

C’est un peu de la grande victoire espérée.

C’est aussi une page de gloire.

L’histoire s’enrichit.

Le sol, lui, n’a plus soif.

On l’a saoulé de sang. 

(…) 

Les minutes rouges

Illustration de Paul Doll pour Les minutes rouges.

in Lucien Linais, Les minutes rouges (1926).

 

La fin d'un monde

L’on dit communément que le XXème siècle a commencé en 1914, de même que le XVIIIème, lui, s’est achevé en 1789... Notre XXIème aurait ainsi commencé en 2001, le 11 septembre. Sans jouer les Cassandre (rappelons-nous qu’elle avait raison), nous pouvons déjà parier sur la fin prochaine, non du siècle en cours, mais d’un monde.

end-world | Génie-Inc

Un philosophe (1) a dit un jour, « La fin d’une chose dure souvent plus longtemps que la chose elle-même (die Sache selbst)». Ainsi, notre monde ne finit pas d’en finir en quelque sorte. Quoiqu’il en soit, il est bien moribond, et ce que l’on tenait pour acquis, pour pérenne, ne l’est pas. Un peu comme lorsque Valery disait que nos civilisations étaient mortelles, en 1919, on a du mal à croire (du moins les esprits du temps) que notre monde actuel pourrait toucher un jour à sa fin.

Il y a des signes de cela, ils sont nombreux, et l’on sent que les dirigeants du monde cherchent encore, malgré tout, à le sauver alors qu’il est irrémédiablement perdu, agonisant et délétère. En un sens, il est compréhensible que ceux qui sont aux commandes - ayant parfaitement conscience de la chose - cherchent à défendre leurs intérêts et à maintenir le statu quo. Mais ils le font au détriment de leurs administrés (nous) qui en pâtissent. Reculer l’échéance ne rendra la chose que plus terrible. « Est-ce le châtiment, cette fois, dieu sévère… » (2).

L’oligarchie mondialiste tente de faire durer le plaisir, leurs plaisirs ; un peu le fameux « encore un instant, Monsieur le bourreau » de la comtesse du Barry. Malheureusement pour eux, leur guillotine est déjà là, en vue. Ne voulant pas faire un pas de plus vers le couperet, ces dirigeants vont vouloir, sans scrupule (3) ni espèce de retenue, amener avec eux le plus de monde possible.

C’est la fin d’un monde - et non du monde - qui pointe à l’horizon. Il semble que les rapports entre Etats, entre zones d’influence, entre pouvoirs et administrés, entre les individus même, vont changer ; radicalement (4). Nous ne savons encore ce qu’il sera, mais en tout état de cause, il ne sera vraisemblablement pas tel que nous l’imaginons, ou - c’est bien dommage - tel que nous le rêvons.

Pour que cette aube nouvelle advienne, il nous faut, dit Nietzsche (5), « la nécessaire transmutation de toutes nos valeurs ». Mais personne n’est véritablement préparé à ce changement, même ceux qui le souhaitent, le désirent, l’attendent…

Ce changement est nécessaire, mais il sera en tout état de cause douloureux.

Je pense au poème de Robert Desnos, Histoire d’une ourse (6) :

(…)

J’entends des pas lourds dans la nuit,
J’entends des chants, j’entends des cris,
Les cris, les chants de mes amis.

Leurs pas sont lourds
Mais quand naîtra le jour
Naîtra la liberté et l’amour.

Qu’il naisse demain ou dans cent ans
Il sera fait de lumière et de sang
Et renouvellera les quatre éléments.

Plus lourdes que l’ourse dans la cité
Par le monde je sens monter
La grande invasion, la grande marée.

Grande Ourse au ciel tu resplendis
Tandis que j’écoute dans la nuit
Les cris, les chants de mes amis.


Notes :

(1) Je crois qu'il s'agit de Georg Lukács.

(2) Cf. Victor Hugo, L’expiation, § II, in Les châtiments (1853).

(3) ils ne connaissent pas ce sentiment.

(4) Radicalement, c’est-à-dire avec un retour aux racines. Un retour du refoulé…

(5) Cf. : La volonté de puissance (trad. d’Henri Albert, au Mercure de France).

(6) in recueil État de veille, 1942.


Iconographie :  

https://www.genie-inc.com/wp-content/uploads/2018/10/end-world.jpg