19 mars 2019


Entretien avec le Colonel Jean Sassi
(réalisé fin 1995 - début 1996).

Il est des hommes qui marquent leur temps, leur sphère d'activité, et qui laissent à la postérité l'image de "grands hommes". La plupart du temps, ces vrais héros, ces véritables hommes d'élite sont muets quant à leurs exploits, ils n'en font pas écho.

Le Colonel Jean SASSI n'a que trop rarement parlé ou écrit. Engagé très tôt dans les guerres de la deuxième moitié du siècle, il fut Officier du Service Action dès la seconde guerre mondiale dans les rangs des Jedburghs, tant en France qu'en Extrême-Orient, un des premiers Chef de Commandos au 11ème Régiment Parachutiste de Choc, puis Chef de groupements de maquis en Indochine de 1953 à 1955; il participa au conflit d'Algérie jusqu'à ce que la maladie ne l'empêche de poursuivre le combat. 

Il poursuivit sa carrière jusqu'au grade de Colonel et quitta l'Armée en 1971, avant d'entamer jusqu'à sa retraite une carrière dans le civil comme Directeur du Personnel dans une grande société nationale. Il consacra alors ses activités pour donner un élan formidable à l'Association des Anciens du 11ème Choc (Bagheera), faisant d'elle une des plus actives - sinon la plus active - association nationale d'anciens combattants.

Il a bien voulu s'exprimer sur son parcours d'homme du renseignement et d'opérations spéciales.


Le CNE Sassi à Khang Khai (Laos), 1954.


1) Quels sont les ennemis auxquels vous avez eu affaire au cours votre carrière ?

La France n'a pas en effet manqué d'ennemis au cours de ces dernières décades. De 1939 à 1961, nous nous sommes battus en Europe, en Asie et en Afrique contre, d'une part, les Allemands, les Italiens sans compter leurs serviteurs zélés de tous poils comme la Milice; nous connaissons trop leurs méfaits pour avoir à les rappeler ici. Ensuite contre les Japonais qui, après leur coup de force du 9 Mars 1945 en Indochine, aidés de leurs sbires, furent - on ne le dira jamais assez - d'abominables fanatiques auprès desquels leurs alliés de l'Axe n'étaient qu'enfants de cœur.

Après la reddition japonaise du 2 Septembre 1945, nous avons continué à nous battre en Indochine contre des ennemis d'autant plus pernicieux que la Paix était signée.

Ces ennemis furent alors:

- les Japonais toujours, lesquels refusaient de se rendre aux français, ces derniers n'ayant pas été conviés aux accords concernant la reddition des forces japonaises (les alliés Américains, Anglais, Chinois n'avaient pas daigné inviter les Français à la table de négociations sur la paix en Extrême-orient) 
d'autres japonais, irréductibles ceux-là, qui avaient décidé de poursuivre la guerre aux côtés de leurs anciens collabos indochinois, armés et encadrés par leurs soins
- les forces armées chinoises de Tchang Khaï Tchek, faites pour une grosse part de pillards professionnels sans foi ni loi, avec la bénédiction officielle de nos alliés des USA et de Grande-Bretagne.
- les traditionnelles bandes armées de pirates incontrôlés,
- des équipes d'officiers américains des Forces Spéciales de l'oss [ Office of Strategic Service ], bornés et farouchement anti-colonialistes français. Ces derniers, curieusement associés à nos anciens ennemis japonais, armaient, instruisaient, ravitaillaient et lançaient au combat contre nous, tous ceux qui, sous couvert d'un "nationalisme indochinois" pratiquement inexistant, devaient, au fil des années, devenir d'authentiques combattants de l'Internationale Communiste.

C'est au cours de ces combats du "temps de paix", sur notre propre territoire, que les Jedburgh français et leurs partisans enregistrèrent leurs plus lourdes pertes en Indochine.

Nous eûmes également comme ennemis le viet-minh qui, parti de rien et non représentatif fin 1945, obtint en 1954 une victoire politique totale, grâce à une nation française indifférente, soumise à des gouvernements successifs de tricheurs. C'est ainsi qu'à la signature des accords de Genève, Kroutchev et Mao Tsé Toung pouvaient se frotter les mains et adresser leurs plus vives félicitations à Pierre Mendès-France, alors président du Conseil.

Naturellement, tout au long de cette guerre, le viet-minh utilisa ses milices et autres Comités d'Assassinats. Il eut la possibilité d'utiliser tout un ramassis de ressortissants français, traîtres à patrie, déserteurs ou insoumis, "pacifistes" bêlants qui, chargés des basses œuvres, préféraient tuer de leurs mains leurs compatriotes ou, tel le Sieur Boudarel, présider à l'élimination physique de nos frères d'armes Indochinois, Français, Africains du Nord et du Sud....dans les camps de la mort viet-minh.

Il est indispensable de souligner que dans ces camps les 3/4 des prisonniers furent exterminés en quelques semaines, dans des conditions effroyables et impardonnables.

En Algérie enfin, de 1954 à 1961, l'ennemi FLN [Front de Libération Nationale], quoique partout éliminé par nos armes sur le terrain - dans les villes comme dans les campagnes - fut déclaré politiquement vainqueur aux accords d'Evian. L'Internationale Communiste - toujours présente - pouvait une fois de plus pavoiser en compagnie de tous les les français félons qui, impunément, aidaient les HLL [Hors-La-Loi] algériens à assassiner, massacrer dans le plus pur fanatisme nos populations musulmanes et françaises ainsi que nos jeunes appelés du Contingent. Les "porteurs de valises" ont bien mérité de la Patrie Algérienne.

Personnellement, je m'honore d'avoir eu l'occasion de combattre l'ensemble de ces ennemis de la France, et si c'était à refaire, je recommencerais. La défense de la France, de son Empire, de la Civilisation méritait bien tous les sacrifices. Et puis, mourir pour la Patrie n'est-il pas "le sort le plus beau, le plus digne d'envie" ? Aujourd'hui comme hier et...demain ?

En conséquence, tous ceux qui voudraient nous faire douter du bien fondé et de la salubrité des combats que nous avons mené sont à ranger dans la catégorie des ennemis sus-nommés.

II) Que pensez-vous de ces différents ennemis ? Avez-vous eu un "respect de l'ennemi" ?

Ils étaient tous différents par la nationalité, le langage, 1'uniforme, l'armement ... mais sur tous les autres plans, ils se ressemblaient comme des frères siamois!

Tous avaient un moral de vainqueur et, quand ils maniaient le poignard, pressaient sur la détente, faisaient donner l'artillerie, larguaient leurs bombes... tous faisaient leur devoir sans s'encombrer d'états d'âmes, de complexes, de remords d'aucune sorte. Ils le faisaient pour tuer (Femmes, enfants, innocents compris), pour détruire (Dépôts, industries, monuments historiques compris), pour terroriser, anéantir....tout ce qui pouvait leur résister ou ralentir leur marche vers la victoire.

Leurs gouvernements respectifs leur avaient commandé de faire la guerre et ils la faisaient consciencieusement, en bons citoyens, pour la gagner, dans les meilleurs délais, à n'importe quel prix.

Etant eux-mêmes sur le terrain, ils savaient que les expressions "humaniser la guerre" ou "respect de l'ennemi" étaient vides de sens, un luxe qu'ils ne pouvaient se permettre, un paravent derrière lequel s'embusquaient cœurs défaillants, couards, traîtres, félons, imposteurs en tous genres, tous ceux qui parlaient haut de leurs Droits sans se soucier de leur Devoir.

Nous savons tous, les combattants plus que les autres, que la guerre est le plus abominable des fléaux et le plus dégradant, mais comment l'éviter ? L'actualité en Europe, en Afrique, en Asie ... est là pour nous prouver que la Paix n'est pas pour demain. "Si vis pacem ... Para bellum"; c'est encore vrai aujourd'hui.

En ce qui me concerne, tout au long de ma carrière, j'ai tout fait pour ressembler au plus efficace de mes ennemis - j'avoue qu'il n'a pas été possible ni facile de demeurer un Chevalier en toutes circonstances. "It's the war !" avaient coutume de dire nos instructeurs britanniques pour justifier nos actions et les leurs.

Au sujet du "respect de l'ennemi" permettez-moi de dire ceci : quand un citoyen commence à philosopher sur la guerre, sur son bien fondé, sur ses raisons, ses risques.... c'est qu'il n'est déjà plus un bon citoyen et encore moins un futur bon soldat!

Au nom de quoi, de qui, voulez-vous respecter des individus qui passent le plus clair de leur temps, jours fériés compris, à trucider tous ceux que vous aimez, par tous les moyens ? En 1940, les avions italiens bombardaient et mitraillaient femmes, enfants, vieillards qui grouillaient sur les routes de la débâcle. De 40 à 45, les allemands inventaient la Gestapo, la torture, les camps d'extermination pour tous et les chambres à gaz pour enfants! Jusqu'en 1945, les japonais en Indochine, entre autres forfaitures, s'entraînaient à la baïonnette, au sabre, au karaté...sur leurs prisonniers bien vivants et jusqu'à ce que mort s'en suive ! De 45 à 54, etc ... Mais quel respect voulez-vous que nous ayons des viets dont les actions, d'un sadisme démesuré, resteront des modèles en matière d'abjection et d'abomination ? Populations indochinoises et frères d'armes de toutes races, de toutes religions peuvent en témoigner. Quant aux HLL en Algérie, de 54 à 62, ils prenaient plaisir à étaler leurs victimes, musulmanes pour la plupart, après les avoir égorgées, émasculées, étripées, ébouillantées ... par milliers. Comment donc oser parler de respect de l'ennemi, face à pareils massacres délibérément concertés ? Ceux qui parlent de ce respect à l'ennemi n'ont vraisemblablement fait la guerre que leurs doigts gantés de blanc, confortablement installés devant un du bout Pastis !

111) Comment êtes-vous devenu un professionnel spécialiste de guérilla ?

 Je déteste le mot "professionnel" quand il est appliqué à l'Armée Française. L'Armée ne peut être que nationale. L'Armée se compose des Armées de l'Air, de Mer, de Terre. Elle a ses Armes, ses Services, ses Spécialistes, ses Unités d'Elite... Ce grand ensemble, j'allais dire cette grande famille, est essentiellement composé de militaires d'active et d'appelés du Contingent, de réservistes toujours mobilisables, tous dès leur naissance, citoyens français à part entière dont la Mission sacrée est la défense de la patrie, en temps de paix comme en temps de guerre.

Les Légionnaires eux-mêmes, pourtant dits "étrangers" ayant de tous temps prouvé qu'ils étaient citoyens français par le sang versé, ne peuvent être classés dans la catégorie des professionnels. Les mauvais esprits auraient trop tôt fait de remplacer le mot "professionnel" par celui de "mercenaire" et pourquoi pas ... d' "affreux".

Je ne suis donc pas un professionnel, je suis avant tout un soldat, et "spécialiste" si vous voulez, mais pas spécialement en guérilla. Celle-ci n'est jamais et nulle part, régie selon les mêmes principes; il faut donc avoir "des" spécialités, "des" qualifications pour la mener, mais surtout la volonté et la force d'aller jusqu'au bout.Tout le monde ne peut pas dire qu'il a fait de la guérilla, tout le monde ne peut pas faire de la guérilla, et le monde ne veut pas faire de la guérilla.

IV) Comment avez-vous été amené à choisir la guérilla ?

Je suis entré en guérilla comme on entre en religion. Après mes campagnes de France, de Tunisie, quelques péripéties dont deux désertions pour continuer mon combat contre les forces de l'Axe, la guérilla est venue à moi sous la forme du CDT St Jacques [ de son véritable nom, Maurice Duclos; un des tout premiers volontaires aux FFL, organisateur du Service Action, Compagnon de la Libération ], grand ancien prestigieux de la France Libre, devenu occasionnellement recruteur du BCRA [ Bureau Central de Renseignement et d'Action ] de Londres.

Au cours de sa première séance d'information à Alger en 1943, il nous révéla, avec un grand flegme très "british", le secret de notre avenir:

"Vous aurez le Grand Honneur d'être dans les premiers à toucher le sol de France mais vous le paierez cher car 75% d'entre vous seront tués au combat. Vous n'aurez ni prime, ni galon, ni décoration, ni gloire et, quand vous serez tués, personne, jamais, ne saura ni où, ni quand ni comment!"

Suivaient quelques commentaires des plus indigestes et réfrigérants sur l'éventail des tortures qui présideraient à notre "Sacrifice Suprême".

Débarqués en Octobre 1943 en Grande-Bretagne, nous avons été reçus à bras ouverts successivement par les représentants de L'IS [ Intelligence Service ], des FFL, du BCRA. Tous tinrent à nous faire passer des séries de tests sur les plans : physique, intellectuel, psychologique, ... pour détecter nos faiblesses, nos qualités et aptitudes ... et la direction à donner à notre formation d'apprentis clandestins. Il y eut beaucoup de déchets à ces tests plus sophistiqués les uns que les autres, et les inaptes - quel que soit le grade, l'âge ou l'Arme des infortunés - étaient refoulés sans espoir de repêchage. Sélection avant tout !

Et c'est ainsi que, d'écoles spéciales en écoles de spécialistes, j'ai, un beau jour, eu l'honneur d'être consacré "JEDBURGH" des Forces Spéciales Interalliées.

V) Comment s'est déroulée votre formation de Jedburgh ?

Il me faut préciser qu'avant même cette formation, nous avions déjà, en nous-même, "l'indispensable", c'est à dire: santé, foi, enthousiasme, confiance en soi, expérience: nous étions déjà aguerris et nous n'aurions pas hésité à braver l'enfer pour aider à la libération de la France.

Notre formation, pendant près de six mois de stages divers, intensifs, nous a permis de prendre à bras le corps toutes les disciplines du combat - conventionnel ou non - sabre au clair, dans l'ombre et la clandestinité: radio, cryptographie, médecine de première urgence, survie, connaissance et utilisation de l'armement allié et étranger, explosifs, sabotage, guérilla, action et renseignement, P.T.[ Physical Training ], Silent Killing, close combat, judo, lancer de couteau, exercices individuels, collectifs avec "ennemis" réels (Home Guard, MP, Police, Territoriaux, Fanny's [personnel féminin de l'Armée britannique]...), sans compter nos séances de conduite sur deux, trois, quatre, six roues, se terminant le plus souvent en "Chevauchée fantastique".

Nous avons subi un entraînement féroce, sous le signe du plus grand risque, de jour, de nuit surtout, les yeux bandés. Nous avions bien des séances de repos, mais elles se faisaient au pas de gymnastique. Rien n'a jamais arrêté ni même ralenti le cycle forcené de notre progression.

Pour nos instructeurs, mort, maladie, blessure, évanouissement, etc. n'étaient que des motifs de rejet, de renvoi. Après des exercices exténuants, d'autres encore plus éreintants suivaient dans la foulée, et il nous était interdit de demander la moindre "grâce", sous peine d'aller en "enfer"! La résistance humaine n'a pas de limite!

Au fond, tous ces instructeurs admirables voulaient faire de nous des "Rambos" avant l'heure, les meilleurs de tous, infatigables invincibles, indomptables, increvables! Ils nous avaient si souvent mis en danger, que nous ne le redoutions plus, quelle qu'en soit sa forme.

Je crois que s'ils nous avaient demandé, pour la réussite de notre mission, de sauter sans parachute, nous l'aurions accepté. A cette constatation, nous avons compris que nous étions devenus des Jeds.

VI) Quels sont les événements qui ont présidé à la création des Jedburgh ?

Churchill, peu après Dunkerque, avait déclaré que pour gagner cette guerre contre Hitler et ses complices, il fallait "mettre l'Europe à feu et à sang". Son chef du S.O.E. [Special Operation Executive], le Général Gobbins pensait de son côté que "le port des gants blancs, en pareilles circonstances, ne se justifiait plus".

Compte tenu de ces sages réflexions, les stratèges alliés mirent au point les grands principes d'une guerre très spéciale dite "non orthodoxe" ou "non conventionnelle".

La guérilla gagnait ainsi ses lettres de noblesse et obtenait d'entrer, la tête haute, officiellement, dans l'Ordre de Bataille allié. La création des "Special Forces" du S.O.E. fut décidée, et fin 1943, celle des Jedburgh suivit.

vii) Qu'étaient les Jeds et en quoi consistait leur mission ?

Les équipes Jed - il y en avait une centaine - co-optés, autonomes les unes des autres, étaient composées des trois Officiers (un Américain, un Anglais, un Français, dont un Radio) et destinées à être parachutées sur l'ensemble des territoires occupés, de nuit, en uniforme, avant, pendant et après le débarquement allié du 6 Juin 1944 en Normandie et celui du 15 Août 1944 en Provence.

Représentants officiels du C. S. I. [Commandement Suprême Interallié] auprès des responsables locaux de la Résistance, les Jeds avaient pour mission de :

-          maintenir avec le CSI des liaisons radio permanentes de commandement,
-          estimer les besoins des maquis qu'ils supervisaient, en armements, explosifs, matériels divers, personnels, finances, etc...
-          demander par radio leur parachutage,
-          en faire la répartition convenable et appropriée,
-          instruire les partisans sur les armes et les nouveaux matériels,
-          leur inculquer une discipline rigoureuse de combat,
-          détruire, neutraliser, désorganiser l'appareil défensif des forces de l'Axe, en toutes circonstances, partout où elles se trouvaient.

C'est ainsi que les Jeds, spécialistes en guérilla urbaine et rurale, multipliaient de jour comme de nuit, embuscades sur routes et voies ferrées, sabotages d'installations téléphoniques et électriques, destructions diverses de matériels et de personnels.

Toujours jumelés avec leurs partisans, ils pratiquèrent l'intoxication, l'intimidation pour créer, à tous les échelons ennemis, un climat d'insécurité permanente, tous azimuts, de panique, voire de terreur.

Toutes ces opérations menées par la guérilla sur l'ensemble du territoire avaient interdit aux allemands de renforcer leur dispositif anti-invasion en Normandie, et permis aux troupes alliées débarquées en Provence de foncer vers le Nord et d'atteindre leurs objectifs lointains en brûlant les étapes. Et les historiens militaires s'accordent pour affirmer que la guérilla en France avait prouvé son extrême efficacité.

Rien d'étonnant à cela; le programme établi pour l'utilisation de la guérilla avait été, dans ses grandes lignes, respecté et les conditions de combat remplies pour une large part, à tous les échelons.

En effet, le jumelage Jeds-Partisans s'était effectué sans problèmes majeurs. Tous étaient pleins de foi, enthousiastes, généreux, parlaient la même langue, dans un pays qui était le leur et qu'ils connaissaient parfaitement. Animés du même Idéal patriotique, ils étaient heureux de combattre, au coude à coude, un ennemi abhorré, dans un environnement favorable, complice.

De plus, nous avons bénéficié, sur simples demandes radios, d'un magistral support extérieur indispensable pour maintenir le "moral des troupes" au plus haut.

Enfin, le Commandement, en la personne du CSI, faisait confiance à ses représentants sur le terrain et, par ses parachutages, nous permettait de poursuivre dans le "confort' un combat difficile, périlleux, exténuant, dans l'ombre puis au grand jour.

VIII) Quelles doivent être, dans les principes essentiels, les conditions pour un bon emploi de "I'Arme guérilla"?

Pour donner à la guérilla sa pleine efficacité, il lui faut avant tout faire partie intégrante de l'Ordre de Bataille et disposer de façon permanente de :

-          combattants volontaires aguerris, enthousiastes, farouches, (porteurs de gants blancs exclus),
-          Chefs situés au plus haut échelon, conscients de leurs responsabilités "guérilla",
-          support extérieur très attentif,
-          matériels adaptés à la tenue du combat "non orthodoxe".

Ces conditions, pourtant toutes indispensables, ne furent pas toujours remplies partout où j'ai pu opérer.

IX) Au cours de vos missions spéciales en Europe, avez-vous rencontré ces conditions ?

La guerre n'apporte le bonheur à personne mais, en ce qui me concerne, ma période "Guérilla-CSI" m'a laissé, en plus de souvenirs émouvants et de satisfactions profondes, une expérience riche en enseignements salutaires et précieux.

En France, les conditions en question furent totalement appliquées. Ma seconde mission qui devait avoir lieu en territoire allemand ne les a pas, elle, rencontrées.

Quatre anciens nazis retournés furent intégrés à notre équipe; ils s'entraînèrent avec nous et devinrent nos partenaires à l'instruction. Après quatre sauts en parachute ensemble, nous devions porter à tour la guérilla en Allemagne. Mais l'échec des équipes Jeds déjà parties en mission força le csi à annuler la nôtre pour cause d'insécurité. En cette occasion, il est prouvé que la guérilla ne peut être efficace n'importe où et à n'importe quelle condition.

x) Pourquoi vous êtes vous porté volontaire pour des missions en Extrême-Orient ? La France n'était pas en guerre contre Japon !

Pour plusieurs raisons que je ne renie toujours pas. Depuis des années, de loin, j'avais pris l'habitude de rêver d'une France belle, doulce, généreuse. Mais je ne reconnaissais plus celle la Libération avec ses vrais et faux résistants qui réglaient leurs comptes sordides, inventaient les tribunaux d'exception, outrageaient les femmes devant une populace réjouie, honoraient légalement des assassins à brassard comme autant de héros... J'ai préféré partir et attendre qu'elle retrouve la paix de son âme et l'amour de ses traditions.

Il faut aussi rappeler qu'à cette époque (mi 1945) la France ne se limitait pas à l'hexagone. La France, c'était l'Empire tout entier avec tout ce que cela représentait de Grandeur, de Gloire, de Sacrifice ! L'Indochine en était le plus beau fleuron et il ne pouvait être question de laisser le Mikado y faire sa loi au nom de la "Grande Asie" ni de laisser ses soudards parader à la terrasse de nos Cafés d'Hanoï, de Saïgon, de Vientiane, de Phnom Penh!

Enfin, la plus élémentaire décence nous obligeait à offrir à nos alliés qui avaient pris la plus grosse part dans la Libération notre Patrie, de participer au combat gigantesque qu'ils menaient dans le Pacifique contre les Japonais!

C'est ainsi qu'une trentaine de JED français se retrouvèrent en Extrême-Orient, volontaires pour être parachutés en mission spéciale JED sur le théâtre d'opération du SEAC [South East Asia Command]. Le 11 Janvier 1945 nous débarquions du "Battory" à Bombay puis deux semaines plus tard, en pleine jungle à Ceylan, pour y subir un complément de formation...

La guérilla, pour ceux qui veulent bien la faire et la faire bien, impose un long apprentissage, d'innombrables sacrifices librement consentis et une confiance en soi aveugle.

A peine arrivés dans nos nouvelles écoles [Military Establishment 25], il nous fallut:

-          faire la connaissance du "Jap", de son armement, de son matériel, de son mode de vie en général, de ses méthodes de combat.
-          apprendre à supporter le climat tropical, à survivre en jungle, à manœuvrer des pirogues, construire des radeaux, monter aux arbres ...

L'ensemble des stages fut couronné par un largage en forêt cingalaise où, pendant trois semaines, par équipes de trois Officiers français, nous avons joué les "Robinson Crusoé" sans autre barda que l'essentiel en armement, matériel radio, couchage ... sans guide, ni confort d'aucune sorte.

Compte tenu des missions qui nous attendaient, il était indispensable de nous familiariser avec une flore qui pouvait devenir notre seule source de ravitaillement, et une faune tout aussi diverse qu'agressive, faite, entre autres de ... buffles, éléphants, iguanes, tigres, panthères, antilopes, crocodiles, najas, moustiques ... tous d'autant plus dangereux que notre "odeur" et notre présence sur leur territoire les perturbaient très visiblement.

Début Mars 1945, nous étions enfin, presque tous, sacrés "spécialistes" en combat de jungle et déclarés aptes à affronter le "Jap", sous un climat qui n'était pas le nôtre, sur un territoire où l'homme blanc était a priori un intrus, une cible ... le prototype de l'ennemi à étriper à vue.

Notre formation avait été menée de main de maître par des moniteurs britanniques prestigieux, vétérans des combats de Birmanie, sans tendresse mais avec la conscience rigoureuse et permanente... en vigueur dans toutes les Ecoles de Grande-Bretagne, des Indes et de Ceylan. Pendant deux mois, ils nous avaient fait "bouffer du Jap", ce qui nous rendit plus invulnérables que jamais.

XI ) Quelle idée vous faisiez-vous du combattant japonais après cet apprentissage au combat en jungle?

En début de stage à Ceylan un officier supérieur français de l'Etat Major de la SLFEO [Section de Liaison Française en Extrême-Orient; représentation des Services spéciaux aux Indes en 1945] était venu de Calcutta, en voisin, pour voir de près à quoi ressemblaient ces "fameux" Jedburgh; "fameux" parce qu'il ne comprenait pas les raisons qui poussaient de jeunes Officiers français, n'ayant visiblement aucun intérêt financier en Asie, à se porter volontaires dans des conditions très peu orthodoxes pour combattre les japonais.

Après avoir tâté l'authenticité de nos convictions, il nous donna, doctrinal et un tantinet méprisant, son avis sur le japonais: "Le japonais est un petit bonhomme tout vêtu de vert clair, aux jambes torses emmaillotées d'énormes bandes molletières. Mauvais tireur, il rate un éléphant dans un couloir. Il a de plus un complexe d'infériorité congénital vis à vis du Blanc et particulièrement du Français!!"

De leurs côtés, nos instructeurs, à longueur de journée, avaient eu l'occasion de nous brosser le profil du parfait combattant japonais: "Le Jap est un combattant redoutable surtout en jungle, fanatique et féroce dont il faut se méfier en toutes circonstances. "Genève" pour lui n'est qu'un mot d'homme blanc, parfaitement intraduisible, et il ne vous faut pas trop compter sur sa connaissance des conventions qui y ont été signées!"

Plus tard, à Calcutta, des Officiers américains, qui avaient eu l'occasion de se frotter aux japonais, nous avaient confié : " ... le Nippon? Il faut le tuer au moins trois fois. La première parce qu'il faut le tuer, c'est un Devoir national; la seconde parce qu'il faut s'assurer de sa mort! la troisième, pour le plaisir, se faire plaisir! Et s'il vous en laisse le temps, écrasez-lui la tête à coup de talon parce que, mort ou vif, il restera toujours un salopard." Il n'y avait dans ces déclarations, pas la moindre marque de respect.

Plus tard, après avoir été parachutés au Laos en bordure de la chaîne annamitique, nous avons eu des détails sur la conduite, l'inconduite plutôt, des troupes du Mikado lors du coup de force du 9 Mars 1945 contre l'ensemble des unités françaises stationnées en Indochine: elles furent, partout, massacrées sans préavis, internées, dispersées.

A Thakek par exemple, ils avaient enterré vivants leurs prisonniers jusqu'au cou ... soldats, femmes, enfants, bonnes sœurs... avant de les décapiter au sabre, en grande cérémonie!

A Langson, deux mille soldats français rescapés héroïques de durs combats, ont été passés par les armes, puis décapités, débités tranches, membre par membre et enfin, le tout éparpillé sur terrain ... afin que les Dieux eux-mêmes ne puissent reconstituer les corps ... condamnant ainsi l'âme des suppliciés à une errance éternelle!

Partout ailleurs, la soldatesque nipponne s'entraînait au combat à la baïonnette contre leurs prisonniers, bien vivants et naturellement désarmés, jusqu'à ce que mort s'ensuive et, les plus experts se voyaient décorés sur le front des troupes.

En Europe, la férocité des Services de Renseignements Allemands spécialisés dans la torture avait conduit le SOE [Special Operation Executive], soucieux de la santé de ses ressortissant et aussi d'efficacité, à doter chaque Jed partant en mission d'une pilule de cyanure - remède miracle destiné, en cas de blessure grave ou d'arrestation, à nous rendre "définitivement muet" et de limiter ainsi tout risque d'indiscrétion, de trop grande souffrance aussi.

Nous n'étions pas obligés d'emmener avec nous en mission ainsi notre "mort foudroyante", mais j'avoue que la présence de notre pilule de cyanure, bien camouflée dans sa poche secrète, permettait dans les moments les plus tragiques de se surpasser et de trouver des solutions là où, pour le commun des mortels, il n'y en avait jamais eu!

En Indochine, le sadisme exacerbé de nos ennemis donnait à la pilule toutes ses lettres de noblesse en nous permettant de rejoindre, rassurés, le Paradis des Soldats-Chevaliers sans peur et sans reproche.
En mission spéciale, il est indispensable de connaître parfaitement son ennemi et de savoir utiliser quand il le faut le moyen approprié, même le plus expéditif.

XII) Dans quelles conditions avez-vous été parachutés ?

Après le 9 Mars 1945, les trente Jed à l'instruction à Ceylan, furent dirigés d'urgence sur Calcutta et, après accords interalliés, affectés au S.A.[Service Action] de la S.L.F.E.O. pour intervention immédiate en Indochine.

La France en Inde n'était qu'une invitée assise sur un strapontin. Elle n'y disposait d'aucune infrastructure, d'aucun moyen pour mener sa propre guerre. Avions, équipages, parachutes, armement, matériels en tous genres, mise en place des missions et leurs supports ... tout, absolument tout, dépendait des Alliés et de leur bon vouloir.

Nous savions que nous ne pouvions compter sur la compréhension agissante de la G.B. mais nous savions aussi que les U.S.A. affichaient haut leur volonté d'interdire tout retour de la France en Indochine! Ce qui ne manquait pas de nous donner quelque inquiétude sur le déroulement de nos missions.

Après bien des tractations, des intrigues, des malentendus, ... le parachutage des équipes Jed, en alerte "IMME" [immédiate] depuis deux mois, fut enfin autorisé.

Le largage de notre équipe avait, depuis Avril 1945, été tenté à quatre reprises, en vain. Partie du terrain de Jessores, nous y étions revenus quatre fois, totalisant ainsi plus de cinquante heures (!) de vol de guerre sur Libérator [forteresse volante] au-dessus de la Birmanie, du Siam, de l' Indochine mais, pour des raisons "techniques" ( D.Z. [Dropping Zone] introuvable, temps bouché, navigation difficile, panne de ... radio, etc) nous avons dû rentrer au bercail. Au cours de ma longue carrière, j'ai pu constater que les aviateurs de tous les pays disposaient d'un très large éventail de "raisons techniques" inviolables, connues d'eux seuls et qui les laissaient toujours maîtres de la situation.

Rentrés quatre fois de mission, fourbus, frigorifiés et asphyxiés après seize heures (!) de vol à 21.000 pieds, mais toujours plein d'espoir, nous sommes repartis pour une cinquième tentative avec un pilote britannique qui, après huit heures de vol, parvenait enfin à nous larguer avec notre matériel dans un trou de nuage, en pleine jungle du Haut-Laos, à proximité de Nam Vat sur un groupe de partisans exact au rendez-vous.

En ce jour du 4 Juin 1945, dix-sept heures trente, à plus de 2000 kilomètres de toute base amie, une nouvelle grande aventure commençait pour l'équipe au nom de code "Véga", composée du CNE de Wavrant, du LTN Puget, du SLT Nicole [ pseudo du SLT Sassi ] et dotée d'un ensemble radio "ER" [émetteur-récepteur] à longue distance réparti en trois charges à dos. Les armes légères parachutées avec nous étaient réparties aux volontaires sur le terrain. Quant à nos sacs personnels pesant les quarante kilos chacun, nous étions, quelques jours après notre largage, dans l'obligation absolue de les "alléger" au cours d'une attaque surprise menée des plus brutalement par des forces japonaises.

XIII) Quelle était en cette occurrence votre mission ?

La mission Jed, toujours la même, civile et militaire, consistait en différents points:

-          assurer une liaison radiographique directe avec le Haut Commandement français,
-          réaffirmer la présence française officielle en Indochine, la maintenir coûte que coûte,
-          rechercher des D.Z. pour recevoir personnels et matériels,
-          prendre contact avec les populations et les motiver contre la présence et les prétentions japonaises,
-          créer des maquis, les armer, les instruire,
-          former des cellules itinérantes d'action et de renseignement,
-          désorganiser l'implantation ennemie en jungle, dans les villages et les villes,
-          instaurer un climat d'insécurité sur l'ensemble du territoire (embuscades, sabotages, noyautage...)
-          soulever les populations, les sortir au jour "J"de la clandestinité et les mener officiellement au combat contre les japonais.

XIV) Avez-vous pu réaliser un tel programme ?

Oui, dans sa presque totalité mais il nous a fallu bien souvent réaliser l'impossible. En fin d'année 1945, rapatriés sur Calcutta, puis Saïgon, nous laissions un Laos indépendant qui avait retrouvé son Roi, son Armée, son administration et un pays pratiquement vidé de tout ennemi réel ou potentiel.

Les Jedburgh, au cours de cette campagne d'Indochine (ceux qui en sont revenus) ont fait honneur à leurs instructeurs de G.B. des Indes, de Ceylan et prouvé aux Japonais que la France, même martyrisée, était toujours présente et victorieuse; prouvé aussi aux agents de la Kampétaï [Police secrète japonaise] et à leurs partisans de la Grande Asie, aux américains, aux chinois... que l'Empire Colonial français était toujours respecté et bien vivant.

Cette réussite est à mettre au compte de quelques poignées de Jedburgh français, pratiquement isolés du reste du monde, mais vivant "pacifiquement" au milieu des populations laotiennes souvent sauvages et parfois n'ayant jamais vu d'homme blanc! Et pourtant leur vie fut la plupart du temps un enfer ! Il leur a fallu, pour la Mission, marcher, marcher encore, à travers une jungle inhumaine, dans la chaleur torride ou sous la mousson, le ventre vide, pieds nus, dépenaillés, malades du paludisme, de la bourbouille, de la dysenterie, de la gale, de blessures purulentes qui ne se fermaient jamais ... Il nous fallu combattre le coupe-coupe d'une main et la carabine de l'autre...

Nos instructeurs nous avaient dit: "Vos jambes sont la seule arme vraiment indispensable, celle qui vous sauvera toujours. Prenez en bien soin!" Nous avons utilisé cette arme à outrance, sans pouvoir en en prendre soin, pendant des centaines sinon des milliers de kilomètres, de villages en caches secrètes, de D.Z. en D.Z., sur pistes à buffles ou vertigineuses de montagne ... Il nous a fallu plus d'une fois rompre le combat faute de munitions sans savoir où, quand, comment, le prochain parachutage s'effectuerait. 

En matière de parachutage, nous n'avons jamais pu recevoir en totalité ce dont nous avions le plus grand besoin comme armements individuels et collectifs en nombre, uniformes, médicaments, matériels légers de première nécessité - bien que dûment spécifié dans nos messages chiffrés à Calcutta.

Nous aurions pu lever toute une armée, l'habiller, l'entretenir ... Ce n'était pourtant pas faute de demander, d'exiger, de menacer, de supplier; mais la SLFEO ne s'est jamais laissée fléchir et pendant des mois elle a continué à nous alimenter au goutte à goutte.

Pour maintenir le moral de nos troupes nous en étions arrivés à promettre, à l'avance, aux meilleurs de nos partisans, les armes de ceux qui mourraient au combat!

Lors de notre formation à Ceylan, nous avions expérimenté grand étonnement et succès un système d'enlèvement, d'évacuation avec de personnel ou de matériel par "pick-up" aérien, essentiellement réservé aux patrouilles perdues en jungle! Mais nous n'en avons jamais bénéficié en opération et il nous a fallu parfois abandonner sur les pistes au cours de marches infernales - japonais aux fesses - des amis, des frères, connus ou inconnus que la jungle devait tôt ou tard dévorer, digérer, pourrir.

Nous avons dû accomplir mille "choses" qui n'étaient pas à faire, qui étaient interdites. Nous avons vécu comme des bêtes mais nous avons tout fait avec Foi, Grandeur et Fidélité. Nous l'avons fait, et cela fut un grand bonheur, avec la collaboration de tout un peuple fier, fraternel, désintéressé, courageux qui nous avait adoptés, choisis, suivis, protégés, sans rien demander en échange.

Nous avons tout fait ensemble, la main dans la main, Jed et partisans laotiens, très conscients que nous œuvrions tous pour le bien du pays Lao et de notre Empire commun. Nous avons naturellement infiniment regretté que le Commandement français de Calcutta ait tant lésiné sur des moyens qui nous étaient pourtant indispensables. Je regrette tout aussi infiniment que les Services Spéciaux des USA se soient à l'époque trompés d'ennemi.

Mais, en conclusion de cette première expérience indochinoise, je crois encore aujourd'hui que ces missions JED en Extrême-Orient se justifiaient largement et que les conditions de "combat guérilla" avaient été respectées.

XV) Quelles ont été vos affectations après vos missions spéciales ?

A mon retour d'Indochine, j'ai poursuivi en France et en Algérie une carrière militaire parachutiste pour enfin, en 1949, servir dans une unité très spéciale dépendant directement du 1er Ministre et rattachée au SA [Service Action] du SDECE [Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage] pour emploi: le 11ème Para-Choc. Le Colonel Yves Godard, héros du Plateau des Glières en était le Patron prestigieux, admiré de tous.

Au 11ème nous incorporions tous les six mois des centaines de jeunes français pour la plupart appelés du contingent, tous triée sur le volet et recrutés par nos soins sur pièces. Il y en avait des gros, des petits, des grands, des tourmentés, des effarouchés ... Il y avait des étudiants, des ouvriers, des paysans ... mais tous physiquement aptes et semblaient bien décidés à Servir étaient la France dans l'Honneur, la Fidélité et la Foi! Nous avions heureusement les moyens et la ferme volonté de les contenter au-delà de leurs espérances.

En fin d'une formation rigoureuse distillée au fil des mois sans tendresse apparente, nos recrues pouvaient se vanter d'être devenues des soldats d'élite aptes à tous les combats, orthodoxes ou non, en civil ou en uniforme, en unité constituée comme par équipe ou en solitaire. Tous, titulaires de brevets para, skieur, nageur...

Ils savaient aussi, les yeux fermés, décortiquer et utiliser la plupart des armes légères, manipuler les explosifs, monter des embuscades. Ils savaient encore comment survivre en montagne l'été comme l'hiver, en jungle, dans le désert, sur mer. Ils avaient appris à maîtriser la faim, la soif, la fatigue, la peur, l'émotion... Au cours de nombreux raids et manœuvres en France et à l'étranger, ils avaient attaqué des aérodromes, des casernes, des convois de blindés et d'artillerie, fait prisonniers EM [Etat-Major] et PC [Poste de Commandement] à la barbe de leurs défenseurs, ils avaient détruit des ponts, des trains, des navires... le plus souvent revêtus de leur uniforme, mais parfois déguisés en pompier, en bonne sœur, en policier... Ils avaient ainsi prouvé aux Etats Majors de Terre, de l'Air, de la Marine que l'armée conventionnelle était des plus vulnérables, dans tous les domaines.

En quelques mois, nos para-choc du 11ème, étaient devenus des hommes responsables, redoutables et pleins de réflexe, d'initiative, d'autorité... Conscients de leur valeur et bien dans leur peau, ils donnaient une magnifique image de ces "chevaliers-citoyens-soldats" aux qualités essentielles et peu courantes, indispensables à la Nation.

Tous en parlent avec nostalgie et avouent sincèrement que la formation qu'ils y ont reçue a été et restera un atout incomparable tout au long de leur vie. Ce qui prouve que le Service Militaire est indispensable à la formation générale de tout citoyen.

XVI) A quel moment êtes-vous reparti pour l'outre-mer ?

En 1953, estimant avoir gagné largement mon retour en Indo, je demandais à y rejoindre mes frères d'armes qui continuaient à s'illustrer pour la défense de 1'Empire mais semblaient ne pouvoir s'en sortir sans mon concours. Dans les Paras, les périodes de formation, de permission, de convalescence, d'hospitalisation sont difficilement supportables quand les "copains" sont dans la peine!

Affecté dès mon arrivée à Saïgon au GCMA [Groupement de Commandos Mixtes Aéroportés] dépendant directement du SA-SDECE, je participais dans un premier temps à une série de raids commandos sur les côtes d'Annam tenues par le viet-minh; puis le Colonel Trinquier, en Octobre 1953, m'affecta dans le Haut-Laos pour y relever le Capitaine de Bazin, grand spécialiste des populations montagnardes, appelé à d'autres fonctions.

Il me laissait en héritage quelques 1500 guérilleros bien armés, répartis dans une douzaine de maquis, sur un vaste terrain de chasse composé des provinces de Xhieng Khouang et de Sam Neua avec regard sur la province de Vientiane.

XVII) Quelles furent alors en ces circonstances vos missions ?

Sur le terrain les missions de la guérilla sont toujours les mêmes, normales avec tout ce que cela sous entend d'anormal:

-          occuper le terrain clandestinement, à peu de frais pour le commandement,
-          faire sentir à l'ennemi qu’il n’est nulle part chez lui, saper son moral,
-          détruire ses bases, son infrastructure logistique, politique, militaire,
-          lui interdire tout mouvement individuel ou en force,
-          renseigner directement par radio le Haut Commandement,
-          collaborer avec les forces régulières amies pour leur propre sécurité en dehors de toute espèce de subordination,
-          remplacer l'aviation, l'artillerie, le gros des troupes partout où ces armes ne pouvaient intervenir efficacement,
-          renforcer les maquis, recruter de nouveaux partisans, multiplier les activités de guérillas sur un territoire toujours plus vaste,
-          créer enfin le moment venu, au jour J, en pleine zone d'insécurité, une plate-forme à l'abri des coups pour permettre au Généchef [Général en Chef : en ce temps là, Navarre] d'envisager des opérations d'envergure.

Ma mission principale était naturellement de protéger le CRPJ [Centre de Résistance de la Plaine des Jarres] sur un rayon de plus de 200 kilomètres contre les infiltrations du VM et d'enlever au Général Giap toute idée d'invasion du Laos.

Il est quand même indispensable de souligner que nos activités de guerre nous imposaient par ailleurs une multitude de Devoirs en faveur des populations. Notre amitié envers elles devait être agissante.

Il nous fallait les protéger, les soigner, procéder à des évacuations sanitaires ou administratives. Il nous fallait les ravitailler par parachutage ou "poser ventilo" [hélicoptère] en sel, riz, médicaments, lait, tissus ... et autres matériels de premières nécessité.

En France, au temps de la résistance, villageois et paysans se plaignaient souvent des "exactions" commises par les maquisards et craignaient par dessus tout - avec raison - les représailles exercées par les allemands. Au Laos, il en était de même!

XVIII) Comment agissiez-vous vis à vis des populations indigènes ?

Pour conserver la confiance des populations fidèles, il était indispensable de tout faire pour empêcher nos guérilleros de se conduire en pays conquis. Édicter des règles strictes, les faire respecter, refréner les abus, intervenir dans les relations inter-villages, arbitrer des conflits domestiques ... Toutes ces activités de père nourricier d'administrateur, de Patriarche, quoique hors guerre, entraient dans les attributions des chefs de maquis.

Pour donner un éclairage plus précis sur la vie d'un maquis, je vais vous lire quelques messages authentiques:

Reçu le 08.01.54 à 0900 d'un maquis du Tranh Nin:

«Larguer le 10 - 1 tonne riz - 1 tonne sel - Munition Mauser- PM - FM - Explosifs, fumigènes - Rations FOM [France Outre-Mer] - 10 Nescafé - 50 laits- Sucre - Pénicilline - Seringue - 40 pelles et pioches - 50 tenues - 50 ceintures femmes Méo - 50 brosses à dent - 500 mètres tissu noir - Balisage T6 - Fréquence avion.»

Il n'était naturellement pas possible de réunir en 24 heures cette masse de matériels divers: nos correspondants d'Hanoï, de Vientiane n'en avaient ni les moyens ni le temps, mais il fallait quand même veiller avec une extrême vigilance à ce que satisfaction soit donnée à l'essentiel de ces exigences, tôt ou tard.

En matière d'évacuation sanitaire, le manque presque absolu d'hélicoptère se faisait cruellement sentir. La plupart des blessés ou malades intransportables étaient pratiquement voués à la mort. Témoin, ce mes- sage reçu le 04.02.54, toujours d'un maquis du Tranh Hin :

«Ban Poun lassé d'attendre évacuation a rejoint le Seigneur - Ba Son moins pressé est à Pak Boun - le faire prendre ce soir - Urgent.»

Faire de la guérilla est un ... "métier d'enfer" ou presque. Le guérilleros, par exemple, ne peut jamais être considéré comme un déserteur. Il faut se contenter de l'utiliser lorsqu'il n'obéit pas à ses rites, ses pulsions, son clan, ses augures, ses makouis [les esprits]; ces deux messages reçus d'un maquis de Sam Neua en sont une confirmation :

Reçu le 24.11.53 : «Partisans demandent tous à partir sur Xhieng Khouang pour Nouvel An Méo (le 14.12.53).»

Reçu le 25.11.53 : «Partisans et chefs de groupes descendent plaine avec ou sans permission - Déjà partis sans ordre 80 environ.»

Toutes ces difficultés n'empêchaient pas le groupement de maquis Malo-Servan de neutraliser l'ennemi et de mettre hors de combat, mensuellement, une à deux compagnies VM.

XIX) Comment avez-vous appréhendé Dien Bien Phu ?

La présence d'unités françaises mobiles au Nord de mon dispositif ne pouvait que renforcer la protection du pays Lao contre d'éventuelles incursions viet-minh. Mais, au fil des semaines, j'ai très vite compris que le Piège tendu au viet-minh par nos stratèges de notre Haut Etat-Major s'était retourné contre nous.

Douze mille hommes parmi les meilleurs du C.E. [Corps Expéditionnaire] étaient tombés dans une gigantesque embuscade et résistaient héroïquement à des nuées d'ennemis invisibles qui voyaient tout, agressifs, fanatiques, supérieurement armés! Toute une garnison assiégée dans d'épouvantables conditions, privée de son terrain d'aviation [à partir du 26 Mars 1954], de tout espoir de secours, de repli, de recueil..

Concerné à plus d'un titre par cette bataille mais très inquiet de 1'optimisme affiché par un Haut Commandement qui semblait avoir oublié l'existence du GCMA Nord-Laos et persuadé que rien n'était perdu, je décidais de prélever sur l'ensemble des maquis de Xhieng Khouang  et Sam Neua, deux mille de mes partisans qui acceptèrent de combattre hors de leur territoire et de porter la guérilla sur un terrain qui appartenait en propre aux viet-minh.

C'est ainsi que, fin Avril 1954, près de deux mille montagnards Méos convergèrent vers Dien Bien Phu, à marches forcées sur plus de 200 kilomètres, en coupant au plus court. Pieds nus et dans un dénuement matériel total mais armés jusqu'aux dents, par douze itinéraires différents, ils taillèrent leur chemin au travers d'une jungle inextricable. Leur mission était d'arriver au plus tôt, dans un endroit convenu d'avance au plus près de DBP et, par leurs actions de guérilla, d'attirer sur eux un maximum de forces VM.

Dirigés par une poignée de cadres français pour la plupart Sous-Officiers ils devaient opérer par petites équipes, baliser les pistes d'un repli devenu indispensable et servir de recueil pour une éventuelle sortie en force des unités assiégées. C'était un magnifique et vaste programme qui, appliqué à temps, aurait pu changer le cours événements.

Dien Bien Phu tombé, les résultats de l'opération "D" (D comme Désespérée au départ et comme Déception au retour) ne furent pas moins spectaculaires.

Mes partisans récupérèrent plus de deux cents évadés isolés qu'ils guidèrent de villages en villages hors de portée des VM. Ils prouvèrent ainsi aux communistes que la route du Laos leur était interdite même après la chute de DBP. Ils profitèrent aussi de l'occasion, à l'aller comme au retour, pour liquider sur un vaste territoire toute présence ennemie.

Et je voudrais, avant de poursuivre plus avant, rendre un hommage particulier à l'encadrement du GCMA composé en grande part de Sous-Officiers Paras, qui ont choisi de vivre pendant de longs mois en compagnie de leurs partisans, comme des partisans, avec tout ce que cela comporte de permanence dans la solitude, l'inconfort, le danger sous toutes ses formes. Ils ont combattu à la tête de leurs guérilleros, administré territoires et populations. Tous ont eu un commandement d'Officier et n'ont jamais failli.

Les Services Spéciaux du SDECE avaient crée le GCMA mais danger le Haut Etat-Major malheureusement ne sut pas ou ne voulut pas l'utiliser.

Il en fut de même à Genève au cours des pourparlers qui devaient conduire à la fin de la guerre et à l'abandon des populations étaient restées fidèles : Nos négociateurs "oublièrent" de faire état des activités du GCMA, de son implantation ... ! Calculs de politiciens aveugles qui voulaient la paix à tout prix ??...

Ho Chi Minh, Tchou En Laï et Kroutchev n'ont sans doute jamais compris pareille générosité car eux savaient que les hommes du GCMA avaient été, étaient et resteraient les maîtres incontestés sur tout le territoire du Laos et en particulier du Nord-Laos.

XX) Avez-vous la nostalgie de l'Indochine ? Le "mal jaune" ?

Mon "mal jaune" à moi, je l'ai contracté dans la jungle, au cours de mes deux séjours en Indochine profonde, dans des villages heureux composés de garçons et de filles gais, indépendants, courageux, conquérants et volontaires pour combattre à nos côtés. Pendant dix ans ils nous ont prouvé en toutes circonstances, leur fierté d'appartenir à l'union Française. Nous étions tous français œuvrant pour la grandeur de l'Empire.

Aujourd'hui, il me paraîtrait incongru, indécent, de retourner dans ce pays en spectateur attendri pour y découvrir mes anciens frères d'armes en phase de rééducation depuis plus de vingt ans et réduit à l'esclavage, courbant l'échine devant leurs "maîtres" communistes qu'ils ont toujours combattu et qu'ils continuent à mépriser.

J'ai été un des derniers à quitter le Nord Laos en Mars 1955 et jusque là nous nous étions battus ensemble (européens, Lao, Méo, Thaï) contre les VM. Sur le terrain d'aviation de la Plaine des Jarres, Touby Ly Phoung [Chef spirituel des Méos] accompagné de Vang Pao [à cette époque Capitaine, formé par le GCMA] croire que vous nous abandonnez. me déclara : " Nous nous refusons à croire que vous nous abandonnez. Vous étiez la France parmi nous. Nous sommes prêts à tout admettre, que le soleil va s'éteindre, que le ciel va se fendre et les étoiles tomber sur nos têtes. Nous sommes prêts à reprendre la guerre contre les communistes, à mourir ou à combattre. Mais jamais nous ne pourrons croire que notre mère nous rejette dans notre misère. Vous ne pouvez pas vous en aller!"

XXI) Que retenez-vous de votre vie de guérilleros ?

Le travail clandestin à l'intérieur des lignes ennemies est toujours payant et mérite d'être vécu. Par contre il faut accepter d'être traité par les ennemis de façon déshonorante.

Pour les Allemands, nous avons été d'abominables terroristes; pour les Japonais, des bandits de grands chemins; pour les Chinois, des pirates apatrides; pour les Américains de la CIA, des colonialistes assassins; pour le Viet-Minh, d'infâmes suppôts de l'impérialisme.

Certains de nos officiers d'Etat-Major, partisans forcenés de la guerre orthodoxe, nous tenaient pour des soudards sans foi ni loi, capables du pire ... Ils n'avaient pas entièrement tort. Nous considérions ces insultes comme des hommages et elles prouvaient que l'ennemi nous tenait en considération. Ne l'oublions pas, une seule chose compte dans le combat - orthodoxe ou non -: l'efficacité!

Nous étions les meilleurs garçons du monde, volontaires, enthousiastes, généreux, amoureux de !'Empire, sans peur comme sans reproche, au même titre que d'authentiques Chevaliers.

Aujourd'hui, il est bien dommage que la Guérilla reste confinée dans le confidentiel alors qu'elle devrait être enseignée dans toutes dans nos Ecoles Militaires d'officiers et de Sous-officiers, au même titre et à pied d'égalité avec les autres Armes (artillerie, aviation, génie...).

xxii) Quels conseils donneriez-vous aux Officiers de la nouvelle génération ?

La jeunesse d'aujourd'hui, tout comme la nôtre en son temps, n'accorde que peu de crédit aux conseils des Anciens. Je ne donnerai donc pas de conseil mais si elle veut créer son avenir il indispensable quelle connaisse l'Histoire de son Pays.

Je rappellerai que la France, il n'y a pas très longtemps, était belle, grande, généreuse et considérée comme telle dans le monde entier. Elle était forte, respectée, enviée et le soleil ne se couchait jamais nulle part sur l'étendue de son Empire.

J'ose avouer que je suis resté un nostalgique inconditionnel de cet Empire qui comptait plus de 100 millions d'habitants, à part entière à plus ou moins brève échéance, fiers et heureux de pouvoir déclamer à la face du monde qu'ils descendaient de "nos ancêtres les Gaulois".

Les jeunes doivent savoir que nous avons tout mis en œuvre, les armes à la main, des années durant, pour que cela reste vrai. Nous l'avons fait avec enthousiasme, foi, amour ... avec rage parfois, sans tenir compte des larmes, des risques, des sacrifices, des cris de nos blessés, du silence de nos morts.

Nous savions qu'en défendant la France et son Empire nous défendions la Civilisation toute entière avec ce que cela représentait de fraternité, d'entraide, de progrès, de traditions respectables, de valeurs irremplaçables et nos armes, sur le terrain ont toujours triomphé... même à Dien Bien Phu selon le propre aveu de Khrouchtchev en personne dans ses mémoires.

Mais triompher sur le terrain n'a pas été suffisant. La subversion veillait, s'organisait dans l'indifférence générale. Elle inventait le "vent de l'Histoire" et lui donnait un "sens" qui toujours soufflait contre les intérêts nationaux ... une façon comme une autre de "justifier" l'incompétence, la couardise, la trahison, le reniement, le sabotage des matériels militaires et la diffamation contre notre Armée qui pourtant se sacrifiait sans compter, par idéal et sur ordre de ses gouvernements successifs.

L'Histoire de France devra, tôt ou tard, reconnaître que certains de nos frères d'armes, les meilleurs, n'ont pas hésité, par amour de la Patrie, à se rebeller contre l'inacceptable : en 1940, par exemple, pour ceux qui ont refusé la défaite, puis en 1961, pour ceux qui n'ont pu supporter l'idée d'abandonner le dernier lambeau de l'Empire. Ils n'étaient pas nombreux dans les deux cas, et nous devons leur en être d'autant plus reconnaissants car ils ont pris à leur compte l'Honneur de toute l'Armée qui, grâce à eux, a pu conserver tête haute.

Après avoir voté en 1958 à une écrasante majorité pour une Algérie Française, la France votait à nouveau en 1961, toujours à une écrasante majorité mais cette fois pour une Algérie Algérienne et l'abandon de l'Empire tout entier. La décolonisation suivait, au grand galop, le plus souvent contre l'avis des "bénéficiaires" eux même, comblant ainsi de bonheur tous les marginaux professionnels de l'anti- France et autres marchands d'illusions, minorité agissante à la solde de l'Internationale Communiste.

Tous ces valets pitoyables ont bien mérité de l'impérialisme Soviétique et que le diable les emporte.

En fait, la décolonisation, pour ces populations magnifiques et fidèles d'Asie et d'Afrique que nous aimions viscéralement et qui nous le rendaient bien, n'a été qu'un retour progressif et inéluctable à la famine, l'esclavage, la barbarie, la tyrannie, le génocide, ... l'enfer quotidien dans lequel seuls les potentats et les morts sont heureux.

Je suis persuadé que l'Histoire, tôt ou tard, jugera cette décolonisation, telle qu'elle a été décidée et imposée, comme un authentique crime contre l'Humanité, peut-être le plus monstrueux car il aura un effet sur l'univers tout entier.

L'avenir est sombre et je sais que nous nous dirigeons vers des lendemains qui ne seront pas chantant mais nous devons refuser, quoiqu'il arrive, d'entrer dans la désespérance car la France a toujours vu engendrer les élites nécessaires à sa survie.

Avec ou sans Empire, la France a, de tout temps, rayonné sur l'univers tout entier. Même réduite à l'état d'Hexagone, elle doit continuer la tradition et nos anciens comptent aveuglément sur les jeunes générations d'officiers, élites d'aujourd'hui et de demain pour qu'il en soit ainsi!


Jean Sassi, le 2 mars 1959 à Niort,
peu avant son départ pour l'Algérie.