15 juin 2013

TERREUR SUR INTERNET

« Ne pas subir » fut la devise d’un Maréchal vendéen d’origine, Jean de Lattre de Tassigny. Cette devise est de bon sens, surtout si on la considère sous l’angle du fait qu’elle peut maintenir en éveil notre capacité réflexive, qualité éminente qui permet d’être sujet et non d’objet des événements, de l’Histoire.

Et aujourd’hui, dans nos contrées occidentales et notamment européennes, alors que - par delà le consumérisme généralisé, le grand remplacement et la désagrégation du tissu social - nous sommes submergés d’informations, alors que pleuvent sur nous des images issues de toute la surface de la terre, il est bon de se rappeler, de faire sienne cette devise du « Roi Jean » (1).  


Barbarie en http (Hyper Text Transfer Protocol)

Depuis quelques temps, on voit fleurir ici et là, particulièrement sur un des vecteurs d’informations (Internet), à l’occasion d’un conflit au Proche-Orient (Syrie), des images de barbarie. Certaines personnes, tout comme des journalistes, usent et abusent de ces images pour dénoncer tel ou tel camp, pour « montrer la vérité », pour éveiller les consciences assoupies. La transmission se fait de manière épidémique, par courrier électronique. Il semble même y avoir, chez ces personnes-relais, une certaine jouissance dans le fait de partager ces images ; nous sommes presque à la limite du malsain.

Certes, cela peut partir d’un bon sentiment, tant il est vrai que les adversaires ou plutôt les ennemis de Bashar al-Assad ne sont pas de « gentils combattants », épris de liberté et de démocratie. Il faut en effet dénoncer cette mascarade, cette désinformation, cette erreur dans l’appréciation de ce qui se passe en Syrie. Rappelons que l’approche morale en matière géopolitique est une erreur absolue ; y succomber ne pouvant que conduire à des conséquences terribles, funestes.

Ce qu’il ne convient pas de faire, c’est de diffuser, de propager ces images de violence extrême. Ce qu’il faut critiquer, ce sont les pratiques de ceux qui - souvent de bonne foi -  servent de relais (inconscients et involontaires) aux djihadistes. Il faut chercher à convaincre autrement les incrédules que par ces images ; ce qui est sûrement plus difficile, c’est certain. Et ce n’est pas la violence et la barbarie qu’il faut dénoncer mais l’idéologie qui sous-tend, qui l’accompagne et qui risque de parvenir au pouvoir, à ses fins. Ne pas être aveuglé par les méthodes pour mieux lutter contre l’idéologie qui en est à l’origine. En effet, n’oublions pas que la violence et la barbarie ne sont pas l’exclusivité de cette idéologie là, à savoir celle de l’islamisme radical. Ce serait une erreur d’analyse dans l’approche et l’intelligence de ce conflit ; pire, c’est tomber dans le piège de l’idéologie même qui la met en œuvre, que de regarder ces images, de les diffuser.




Etat de choc traumatique

On sait la force de l’image ; l’on sait son impact sur les consciences. Les mots et donc les capacités réflexives s’évanouissent devant tant d’horreur. A l’issue, demeure dans nos esprits une marque quasi indélébile, imprimée par le choc subi : la peur. Et c’est là que réside le piège.

Quand on connait un tant soit peu cette idéologie de l’islamisme radical, du djihadisme, l’on sait que le but poursuivi par ses défenseurs, activistes et combattants est justement de répandre la peur, de terroriser leurs adversaires. Chez eux, la terreur n’est pas un moyen, c’est une fin en soi. Par son effet de sidération, la terreur paralyse l’ennemi, ne lui permet plus de réfléchir froidement, de reprendre le dessus et l’offensive. Une fois, la peur instillée, le combat est déjà en partie gagné.

Ainsi, dans Le concept coranique de guerre, du Général pakistanais S.K. Malik, peut-on lire noir sur blanc : « Frapper de terreur le cœur de l'ennemi n'est pas seulement un moyen, c'est aussi une fin en soi. Réussir à semer la terreur dans le cœur de l'adversaire, c'est déjà presque atteindre son but. C'est le point où la fin rejoint et se confond avec les moyens. La terreur n'est pas le moyen utilisé pour imposer notre décision à l'ennemi, c'est la décision que nous voulons imposer à l'ennemi » (2).


L'homme de la Terreur...

Généalogie

Historiquement, la Terreur est née dans le berceau de la Révolution Française. Cette Terreur organisée fut mise en œuvre par l’appareil d’Etat. La Vendée et ses habitants en furent les malheureuses victimes (3), tout en n’étant pas les seules, loin s’en faut…

Par ailleurs, en dehors d’être une politique de gouvernement, il faut prendre acte du fait que la terreur (avec un « t » minuscule, cette fois), tout comme la barbarie, existent et ont existé de tout temps, sous toutes les latitudes, lors des conflits, bien avant 1789. Toutes les guerres ont connu ces horreurs (non pas l’acte de tuer en tant que tel - c’est le propre de la guerre que d’anéantir son ennemi dans un acte de violence organisée - mais de mutiler vivant, de torturer, de faire souffrir des personnes innocentes ou non). Enfin, il serait totalement erroné d’attribuer ces pratiques horribles aux seuls djihadistes. Et si les islamistes combattants utilisent ces « techniques » (aujourd’hui comme hier d’ailleurs) et s’ils démultiplient leur impact par les biais des réseaux de l’Internet, il ne faut pas oublier que la barbarie est avant tout le propre de l’homme. Il doit être entendu aussi que l’idéologie (qu’elle soit islamiste ou non d’ailleurs) est venue structurer, planifier, théoriser la chose. Cependant, aucune civilisation n’est à l’abri de l’émergence de l’horreur, de la barbarie ; par ailleurs, elles ne sont pas exclusivement le fait de personnes malades mentales.

Il est aisé de faire des discours sur la guerre, ses horreurs, loin des bruits et des fureurs de la guerre ; mais il faut bien se rendre à l’évidence que même policé et instruit, tout individu, dans des circonstances particulières (conflits étatiques ou intra-étatiques) peut malheureusement en venir à de telles extrêmes. Des personnes « bien comme il faut », de tout âge, qu’ils soient mariés, pères de famille attentionnés, aimant leurs enfants, quelles que soient leurs croyances, qu’ils aient reçu ou non une bonne éducation et quelque soit leur niveau d’instruction, peuvent commettre les actes les plus horribles, les plus ignobles, les plus barbares. C’est ainsi ; ecce homo

 En Tchétchénie, l'horreur est au bout du chemin...
 
A présent effectuons un petit rappel de l’usage de la terreur à l’heure d’internet. Ces images d’horreur (égorgement, éviscération, mutilation de personnes vivantes ou non) ont été constatées lors des différents conflits qui ont eu lieu depuis la fin des années 90 (Irak, Bosnie, Libye, etc.). Mais ce qu’il faut savoir, c’est que la technique de diffusion de ces images - via le réseau mondial Internet - et mettant en scène de tels actes de barbarie dans le but de propagande est, elle, originellement issue de la guerre en Tchétchénie. C’est en effet lors de ce conflit que les djihadistes ont vu le parti qu’ils pourraient tirer de la chose. Depuis, partout où les djihadistes ont opéré et opèrent, ces pratiques ont été constatées, souvent d’ailleurs selon le même mode opératoire (en particulier pour les décapitations opérées en Irak). De l’Afghanistan aux Philippines (Mindanao), du Pakistan à l’Indonésie (Moluques), de Syrie à l’Afrique (Nigeria, Mali, etc.), par la facilitation due à l’évolution de la technique, ces scènes de barbarie se sont multipliées, propagées. En « rejoignant la caravane » (4), avec l’aide du réseau, l’horreur, la barbarie djihadiste s’est répandue dans l’espace géographique, bien au-delà même du lieu de leur réalisation ; et, à l’heure d’Internet, les caravanes circulent bien vite... En témoignent les récents faits divers inspirés de cette idéologie et qui ont été perpétrés en Europe occidentale (Grande Bretagne, France).

Maîtriser le pouvoir de l’horreur

« L’horreur, l’horreur… ». Ce sont les derniers mots du collecteur d’ivoire Kurtz, dans le roman de Joseph Conrad, « Le cœur des ténèbres ». Gardons nous d’être les victimes de l’horreur, et ce, dans tous les sens du terme : non seulement d’être les victimes premières, à savoir celles qui subissent ces horreurs, mais avant tout celles qui subissent le choc traumatique suite au visionnage de ces images. Il faut tenter de se prémunir de l’horreur, de la terreur, en ne se laissant pas dominer par elle, en l’apprivoisant en quelque sorte. Si elle prend le dessus, notre jugement s’obscurcit, nos actions sont paralysées ; alors nos ennemis ont gagné, avant même la fin du combat.

Tâchons donc de penser clair (et de marcher droit), nous qui sommes sans peur, pour « ne pas subir »...

Retour amont, vers la barbarie...

Notes :

(1) « Roi Jean » fut le surnom du Maréchal de Lattre lorsqu’il était en Indochine.
(2) Cf. p.59 de l’édition en langue anglaise de l’ouvrage publié originellement en Urdu en 1979, et réédité en Anglais à New Delhi en 1986 et en 1993.
(3) Cf. les travaux de Crétineau-Joly et ceux, plus récents et disponibles, de Reynald Secher.
(4) Cf. un des ouvrages théorisant le djihadisme, « Join the caravan » d’Abdullah Azzam (1941-1989).

22 mai 2013

"Dom" est parti...


Dans un geste digne des personnages qu’il admirait, Dominique Venner a mis fin à ses jours le 21 mai 2013 dans un lieu hautement symbolique. 

Un geste qui l’honore car il est resté fidèle à lui même, à ses idéaux, à son éthique, jusqu’au bout. 

Un geste d’une parfaite logique interne, presque prévisible même. 

Un geste à contre courant du relativisme ambiant, un geste pur, tranchant, définitif. 

Un geste ultime qui restera, tel l’acte d’un Mishima, « une tâche indélébile » (pour reprendre le mot d’Alain Leroy dans le roman Le Feu follet de Pierre Drieu La Rochelle).

Honneur à lui !

16 janvier 2013

Une rupture historique dans la diplomatie indonésienne

Depuis sa création en 1945, l’Indonésie a toujours adopté une politique diplomatique propre, consistant à ne pas intervenir dans les affaires intérieures des états souverains, en droite ligne avec le Pancasila (les cinq principes fondateurs qui guident et orientent la Constitution indonésienne). Cette tradition diplomatique de sagesse, de mesure semble avoir volé en éclats avec le dernier discours en date du Président Susilo Bambang Yudhoyono (SBY).

Pour bien comprendre cette rupture, il faut s’arrêter quelque peu sur ces principes qui ont toujours guidé la diplomatie indonésienne. Ces principes furent établis dès 1948 par le Vice-président d’alors, Mohammad Hatta, et faisaient de l’Indonésie de Sukarno un pays ayant une diplomatie bebas aktif, c'est-à-dire « libre et active » ; des principes qui ne furent jamais démentis, faut-il le souligner, par-delà le changement de régime survenu avec l’entrée en scène de Suharto en 1965, son éviction de la scène politique en 1998 et les trois Présidents que l’Indonésie a connu par la suite, jusqu’à l’arrivée de SBY en 2004.

Le fait pour l’Indonésie d’avoir une diplomatie « libre et active » n’a jamais signifié pour autant que celle-ci fût neutre, indifférente et passive, tout au contraire. Le terme «libre» faisant référence à la liberté de l’Indonésie dans sa détermination d’avoir une position et un jugement propres au sujet des affaires du monde, et aussi libre vis-à-vis des blocs ainsi que  dans ses alliances militaires. Quant au terme «actif», il signifie que la diplomatie indonésienne est menée activement et de manière constructive, dans le désir de contribuer à la réalisation de la paix, de la justice, de l'amitié et de la coopération mutuelle entre toutes les nations du monde.

 Le premier président indonésien, Soekarno, en compagnie d'Eisenhower.

Par ailleurs, et pour prendre toute la mesure de la rupture, soulignons que jamais dans l’histoire indonésienne, il n’y a eu d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays tiers, même au sein de l’ASEAN dont l’Indonésie est un des membres fondateurs ; cette conduite  a toujours été une règle d’or. Ainsi, jamais jusqu’à ce jour, un représentant de l’exécutif (fut-il ministre ou chef de l’Etat) n’a demandé publiquement et explicitement la démission d’un président d’un pays souverain.

Mais voilà, le 7 janvier 2013, au Palais présidentiel de Bogor (Java), au cours d’une discussion avec des Oulémas de l’Université du Roi Abdul Aziz d’Arabie Saoudite en visite, une délégation conduite par le Syekh Muhammad Ali As-Shobuni, le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono a demandé à ce que son homologue syrien démissionne et que ce dernier laisse la place à de nouveaux responsables plus « populaires ». 

L’on peut se demander aujourd’hui, après cette déclaration de SBY, en quoi les principes diplomatiques de l’Indonésie - réaffirmés durant la Conférence de Bandung de 1955 - sont toujours valides, et si ce pays est encore vraiment libre dans ses jugements et prises de position, tant il semble rallier les vues les plus mondialistes. On se rappelle pourtant comment, dans une prise de position courageuse et éclairée, l’Indonésie avait décidé en 2008, à la fin du premier mandat de SBY, de ne pas reconnaître le Kosovo bien que celui-ci fut un pays majoritairement composé de musulmans et que l’Indonésie est le pays du monde qui compte le plus grand nombre de musulmans sans être pour autant un « pays musulman » (1), id est ayant l'Islam comme religion d’État et/ou ayant la Shari'ah comme principal ou unique fondement du droit.

L'actuel ministre des affaires étrangères indonésiennes, Marty Natalegawa (*).

Force est de constater aujourd’hui que la donne diplomatique indonésienne change, ceci en rupture totale avec ses principes fondateurs, sans susciter de réactions dans la classe politique indonésienne, ce qui est encore plus inquiétant. Cette tradition diplomatique, « libre et active », qui fut la fierté des indonésiens depuis la naissance de la République, laisse désormais la place à des orientations mondialistes bien décevantes. Cette rupture historique s’explique peut être par le fait qu’il s’agirait du prix à payer par l’Indonésie pour l’obtention d’une reconnaissance auprès des instances internationales, pour regagner le soutien des Etats-Unis et faire partie des « grands » parmi les pays ré-émergeants. Si les motifs de cette rupture restent inconnus officiellement, les faits, eux, sont assez marquant cependant pour attester d’une nouvelle voie (radicale) entreprise par ce géant de l’Asie du Sud-Est (2) dans la conduite de ses affaires étrangères.

Notes :
(1) L’Indonésie compte 250 millions d’habitants dont environ 85% sont déclarés musulmans.
(2) L’Indonésie est une des plus grandes démocraties du monde après l’Inde et les Etats-Unis, faut-il le rappeler.
(*) Pour un peu plus d'informations sur le ministre des affaires étrangères Marty Natalegawa, on pourra lire cet ancien "post" à cette adresse : http://philippe-raggi.blogspot.fr/2009/10/marty-natalegawa-le-nouveau-visage-de.html 


Iconographie : 
Soekarno et Eisenhower : http://rosodaras.wordpress.com/2010/06/04/
Marty Natalegawa : http://rustikaherlambang.files.wordpress.com/2008/11/marty.jpg

10 décembre 2012

Hexis, hubris et sophrosunè

Disposition, démesure et art de la mesure à propos de la « guerre civile ».

Il n’est jamais judicieux de faire de la surenchère ou de se laisser aller au superlatif, à l’inflation verbale, surtout lorsque l’on veut décrire une situation sociale et proposer une ou des solutions viables. S’il peut être en effet aisé de prendre ce travers lorsque l’on veut donner à son propos un maximum d’impact, il n’est jamais bon de travestir la réalité des faits tant une analyse fausse ne donnera jamais que des résultats faux. Viendra tôt ou tard un moment où l’erreur reviendra, tel un boomerang, sur son géniteur.

Certes, me direz-vous, mais des révolutionnaires ont, par le passé, utilisé à maint reprises et avec succès ce procédé de travestissement de la réalité ; le but recherché étant la fin téléologique révolutionnaire, peu importaient donc les moyens et la réalité des faits pour y parvenir.

C’est là justement où s’opère la distinction entre un propos purement politique que l’on peut tenir - tout à fait défendable au demeurant, si l’on se trouve engagé dans le principe de l’action politique - et un propos analytique, scientifique, prétendant à l’objectivité. A choisir l’un ou l’autre, nous ne sommes plus dans la même sphère. Usant du premier type de propos, on cherchera par réaction à mobiliser l’attention de ses lecteurs / auditeurs à fin de les conduire à une (ré) action relativement immédiate ; usant du second, l’on fera appel plus à la raison qu’à l’émotion, le but étant de donner à voir une réalité non immédiatement décelable, de décrypter un mécanisme plus ou moins complexe et de laisser juges les lecteurs / auditeurs.

On sait avec Esope, qu’à crier au loup trop souvent et trop vite, vient un moment où lorsque le danger est réellement là, plus personne ne vient finalement aider le jeune garçon de la fable, lequel finit dévoré. Par ailleurs, nos classiques nous enseignent également que Cassandre avait raison, qu’elle n’était pas « la bouche qu’il fallait aux oreilles » (1) de ses concitoyens troyens. Alors prévenir, alerter, dénoncer, oui, mais comment, de quelle manière ? En cette période où « des idiots dirigent des aveugles » (2), il peut être tentant de jouer sur l’émotion plus que sur la raison ; cela peut fonctionner très bien, c’est certain. Les résultats sont souvent plus manifestes, plus rapides. La quasi-totalité des médias s’y vautre d’ailleurs, en conscience. Mais faut-il s’y adonner pour autant ? Rappelons-nous que seule la vérité est authentiquement révolutionnaire et nous rendra libre.

 Scène de la guerre civile espagnole

« Nous sommes en guerre civile »

Mais prenons un exemple, assez prégnant ces temps derniers. Il est de « bon ton » dans certains milieux en France, en parlant de la situation gravissime dans laquelle se trouve tel ou tel quartier, tel ou tel portion du territoire national livré aux « racailles », d’évoquer le concept de « guerre civile ». Les thuriféraires de cette approche avancent que lorsque certains individus font usage d’armes de guerre ici ou là (de plus en plus souvent, il est vrai) cela s’inscrit immanquablement dans une logique de « guerre civile » ; nous serions ainsi en « guerre civile » mais d’aucuns refuseraient de l’admettre. Cependant n’est-ce pas aller trop loin dans le qualificatif ?

Qu’est-ce d’abord qu’une « guerre civile » ? Arrêtons-nous sur le premier terme, celui de « guerre ». La notion de conflit armé ne se trouvant définie véritablement dans aucune des conventions pertinentes du droit international (ainsi que dans les trois protocoles additionnels de 1977 et 2007), la jurisprudence en a donné la définition suivante: « Un conflit armé existe chaque fois qu’il y a recours à la force armée entre Etats ou un conflit armé prolongé entre les autorités gouvernementales et des groupes armés organisés ou entre de tels groupes armés au sein d’un Etat » (3). Il est généralement admis que la guerre est un conflit violent, mettant en scène deux ou plusieurs protagonistes, lesquels sont des Etats souverains, des organisations internationales mandatés ou encore des coalitions internationales, possédant tous une personnalité juridique reconnue. Le père de la polémologie, Gaston Bouthoul, définit pour sa part la guerre comme « un ensemble d’actes violents et sanglants, conduit avec méthode et organisation, limitée dans le temps comme dans l’espace ; par ailleurs, si la guerre suit des règles juridiques précises, celles-ci sont néanmoins variables en fonction des époques et des lieux » (4). 

 Gaston Bouthoul (1896-1980)

Quant à la « guerre civile », le « plus grand des maux » (5), elle est dénommée dans le droit international « conflit armé non international ». La guerre civile a lieu « à l’intérieur des frontières d’un Etat et oppose ses forces armées à des forces armées dissidentes ou à des groupes armés non étatiques dans le contexte d’opérations militaires continues et concertées » (6). Elle diffère donc du premier type en ceci que les acteurs ne sont plus les mêmes ; quant aux règles en usage (Jus in bello) elles sont souvent, faut-il le rappeler, bafouées par toutes les parties. Pour être considéré comme tel, un conflit non international (guerre civile) doit présenter une certaine intensité : les tensions internes, des troubles intérieurs tels qu’émeutes, violences isolées ou sporadiques et autres actes semblables, ne tombent pas sous le coup du droit international humanitaire ; ils ne relèvent donc pas de l’appellation de « guerre civile » et relèvent juridiquement non du Droit international humanitaire mais des Droits de l’homme.

Si l’on prend une autre définition (7), la « guerre civile » est une situation qui existe lorsqu'au sein d'un État, une lutte armée oppose les forces armées régulières à des groupes armés identifiables, ou des groupes armés entre eux, dans des combats dont l'importance et l'extension dépasse la simple révolte ou l'insurrection. Cette autre définition souligne, une fois encore, l’importance du degré d’intensité de l’affrontement pour retenir le qualificatif de « guerre civile ». Ce n’est donc pas le type d’arme utilisé qui fait la « guerre civile » mais la nature et le rythme des actions commises avec elles. Par ailleurs, la durée prolongée de ce type de conflit participe également à sa caractérisation.

Une « guerre civile » pourra avoir des origines diverses et multiples. Elle est un signe de « déliaison de la communauté », un signe « éminent et négatif du politique » pour reprendre les termes de Ninon Grangé (8) ; cette-dernière ajoute plus loin que « la guerre civile reste un dérèglement du système d’horlogerie de l’État, une société sens dessus dessous où les valeurs s’inversent ».

Enfin, nous dit Eric Werner, il ne peut y avoir « guerre civile » que lorsque nous sommes en présence de deux ou trois factions au plus. S'il n'y a pas « guerre civile » poursuit Werner, c'est paradoxalement parce que les antagonismes dans nos sociétés modernes sont multiples mais aussi et souvent artificiels (9), figeant toutes possibilités d'affrontements sur le « modèle » qu'est la guerre civile. C'est la raison pour laquelle justement, nous dit cet universitaire, nous sommes dans une situation « d'avant-guerre civile » (10).  

 Le jeune Eric Werner durant un cours, au printemps 1971. 
Portrait d'Eric, par Joseph Czapski, 1971 (détail).

Le sommes-nous vraiment ?

Ayant ainsi quelque peu déblayé la question des termes, l’on peut à présent voir si ce qui se passe en France sur certaines portions de territoire relève ou non de la « guerre civile ». Quels sont les actes commis, perpétrés qui attesteraient de l’état de « guerre civile » ?

Si l’on entend les utilisateurs de ce terme, voici quelques uns de ces actes : règlements de comptes à l’arme de guerre (fusil d’assaut), fusillades avec le même type d’arme sur des bâtiments symboles de l’autorité de l’Etat (essentiellement Commissariats), attaques de fourgons blindés transportant des fonds avec lance-roquettes anti-char et fusils d’assaut, attaques de bijouteries avec des armes de guerre, tirs sur des forces de l’ordre lors de manifestations (avec utilisation de fusils à pompe), etc.

Bref, aucun de ces actes dans leurs modalités ne relève en tout état de cause de la catégorie de « guerre civile » ni même de la révolte ou de l’insurrection, mais tout simplement du grand banditisme, de l’émeute sporadique organisée.   

Quant à l’organisation des groupes concernés, elle est celle de bandes criminelles de type malheureusement banal, certes hiérarchisée mais sans aucune commune mesure avec une faction armée, structurée, menant un but politique au travers d’actions concertées et constantes, violentes et sanglantes, contre un Etat souverain et pour se substituer à lui. Nous sommes donc loin du compte, de par la structure organisationnelle, pour qualifier les actions menées par les bandes criminelles d’actes de « guerre civile ».

Les motivations de ces actes perpétrés par ces bandes organisées sont d’ordre criminel et non politique, liés comme on le sait au trafic de drogue et au commerce illicite en tout genre (économie parallèle avec guerre des territoires) ; et l’on cherche donc en vain d’autres motifs (d’ordre politique, religieux, racial). Et ce n’est pas parce que certaines de ces bandes se regroupent par affinités d’origines (maghrébins, africains, afro-antillais, tamouls, tchétchènes, etc.) que nous sommes en face de factions armées défendant des intérêts politique, religieux, liés à cette communauté particulière, contre l’Etat français et pour se substituer à lui. Ce ne sont que de vulgaires bandes criminelles telles les maffias italiennes ; et à ce que l’on peut savoir, les nombreuses et sanglantes activités de la Ndrangheta, de la Camorra, de la Maffia, de la Cosa Nostra, etc. n’ont jamais relevé de la « guerre civile » mais uniquement du crime organisé.

Notons juste que dans les zones grises du monde criminel, les frontières sont poreuses et que certains membres de bandes organisées se convertissent (dans tous les sens du terme) et s’adonnent à un nouveau type d’activité plus en rapport avec leurs nouveaux idéaux. Cependant, force est de constater en France que c’est un phénomène marginal (le gang de Roubaix, Khaled Kelkal, Mohammed Merah) et que cela n’est pas suffisant en intensité et dans la durée pour qualifier ces actes de « preuves de l’existence d’une guerre civile » sur le territoire français.

Enfin, à lire la littérature spécialisée sur les menaces criminelles contemporaines encourues sur le territoire national (11), l’on se rend bien vite compte que nous n’avons à aucun moment affaire à une « guerre civile ». Les seules personnes utilisant ce vocable en conscience le font dans un but publicitaire, sans aucune espèce de retenue, voulant marquer les esprits mais entretenant, à mon sens, seulement la confusion, laquelle ne profitent en rien à la compréhension de la situation et aux meilleurs moyens de lutter véritablement et efficacement contre les dites menaces.

 Ramsès II à la bataille de Kadesh.

Notes :
(1) Cf. Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Prologue, chap. 5.
(2) Cf. Le mot de Gloucester : « 'Tis the time's plague when madmen lead the blind », in Shakespeare, King Lear: Acte 4, Scène 1.
(3) Cf. ABC du droit international humanitaire, Confédération Suisse, Département Fédéral des Affaires Etrangères, Berne (2009).
(4) Gaston Bouthoul, Les guerres, éléments de polémologie, chapitre III, pp.32-33, édité chez Payot (1951). On consultera également avec intérêt ses autres ouvrages sur le sujet de la guerre.
(5) Lucain, La guerre civile (Pharsale), I, v. 1 et 2, p. 1.
(6) Définition du Droit international humanitaire, Cf. ABC du droit international humanitaire, Confédération Suisse, Département Fédéral des Affaires Etrangères, Berne (2009).
(7) Dictionnaire de la terminologie du droit international, sous la direction de Jules Basdevant, édition de Sirey (1960) p. 308.
(8) Cf. Astérion 2/2004 Barbarisation et humanisation de la guerre, article intitulé «L’état de nature, modèle et miroir de la guerre civile».
(9) Mises en œuvre par les instances étatiques, ces antagonismes sont créés dans une logique purement  machiavélienne, consistant à amener logiquement les populations victimes vers la seule entité sensée les protéger - même si ces victimes détestent cet État ; il en découle un  renforcement du rôle et de la prééminence de l’État.
(10) Cf. l'essai d’Éric Werner, L'avant-guerre civile, paru aux éditions de l'Age d'Homme (1999).
(11)  Littérature de tout bord politique, allant de Laurent Mucchielli (http://www.laurent-mucchielli.org) à Xavier Rauffer (www.drmcc.org/).


Iconographie : 
Guerre civile espagnole : http://2.bp.blogspot.com/_6jLjU-fvKyI/THCJ0dIuu5I/AAAAAAAAA8I/MO1jCqIYK-g/s1600/119657.jpg 
Gaston Bouthoul : http://www.babelio.com/auteur/Gaston-Bouthoul/89031/photos
Portrait d'Eric Werner : couverture de son livre éponyme, paru aux éditions Xénia (2010).

10 juillet 2012

Quelques réflexions sur la paix

« Une doctrine devient le plus utile dans la pratique,
plus elle facilite et simplifie la compréhension et l'analyse des faits. »
Gaetano Mosca, Elementi di scienza politica, Chap. XII, (1896).


Depuis le début des événements en Syrie, les médias nous rapportent les désirs de paix émanant des « Amis du peuple syrien ». Cependant, à y regarder de près, on se demande bien, d’une part, de quelle paix il peut bien s’agir, comment elle se construit et, d’autre part, qui sont vraiment ces « amis » et comment ils entendent le mot « peuple ».

Lorsque l’on veut aboutir à un accord de paix, les discussions et les tables rondes doivent nécessairement mettre en présence tous les acteurs en lisse, toutes les parties prenantes. Cela est logique, cela tombe sous le sens ; comme le disait Jacques Bainville dans son ouvrage magistral et visionnaire de 1920, dans ce processus qu’est la paix, il faut partir « de quelques principes tirés de l’expérience et du bon sens » (1) loin de toute approche technicienne, tant la politique est chose subtile. Une paix négociée se gagne, une paix négociée s’obtient uniquement de la sorte, par la confrontation dans un cadre diplomatique des parties, de toutes les parties, sous l’égide - si possible - d’un organisme international légitime, facilitateur et impartial. Le but de cette confrontation pacifique cette fois, étant de parvenir à la désescalade, par des mesures de renforcement de la confiance, de négociations, de pourparlers de paix. C’est en effet avec son ennemi que l’on fait la paix, pas entre soi !
Laurent Juppius et Alain Fabé
(ou l'inverse, tant leurs politiques sont siamoises)

La paix est un processus connu, éprouvé, à long terme, où il ne s’agit pas seulement de penser et de voir la fin du conflit, des hostilités, mais aussi de travailler à la réduction a minima de la possibilité de conflits futurs, tant une « mauvaise paix » est une « mécanique homicide » (Cf. Bainville), le germe d’une guerre future. On le sait, « dans les affaires humaines, la stabilité est artificielle et le changement naturel » (2). C’est pourquoi, parvenir à la paix n’est pas d’emblée chose aisée ; c’est une confrontation d’une autre nature que celle du conflit, exigeant une approche holistique, une intelligence politique, un recul historique, un éclairage sociologique, et non une posture partisane, des présupposés idéologiques, un esprit malveillant, un désir de vengeance.

Enfin, l’on peut se poser quelques questions au sujet de ces « Amis du peuple syrien ». Qui sont-ils ? Quels intérêts « profonds » défendent-ils ? Quelle idéologie les sous-tend ? Recherchent-ils vraiment la paix ou bien alors la victoire d’un camp sur un autre, ou encore la néantisation pure et simple de cet « autre » ? Pensent-ils vraiment à l’avenir de ce pays et à la sécurité future des composantes ethno-religieuses qui le composent, au vrai « Peuple syrien » en son ensemble ? Bref, ce sont des « amis » assez curieux, voire suspects.
Basilique de Saint Siméon, au Nord de la Syrie (*) ; 
au centre de la photo, l'endroit où se trouvait la colonne du stylite (Coll. pers.)

Lors des dernières réunions et conférences « internationales » sur la Syrie, que ce soit celle de Turquie ou celle de Paris récemment, les participants étaient tous du même camp, sans parvenir d’ailleurs à un accord, ce qui est assez paradoxal ! En fait, il n’y a pas UNE opposition au régime de Bashar Al-Assad, mais DES oppositions. Et non seulement ils ne s’entendent pas entre eux, s’entredéchirent mais, de plus, toutes les parties ne sont conviées à ces « conférences ». N’oublions pas que le régime de Bashar Al-Assad n’est pas monolithique et qu’il y a, en son sein, différentes composantes, avec des durs, des intransigeants mais aussi des franges ouvertes, raisonnables, disposées à la composition. Ainsi, à polariser le tableau, l’on ne fait qu’envenimer la situation, développer les facteurs belligènes, comme si la situation présente de guerre civile et ses (trop) nombreux morts ne suffisait pas. Résumer n’importe quel conflit à un affrontement entre bons d’un côté et les méchants de l’autre, c’est adopter une posture morale, subjective et par là même inopérante, invalide (invalidante) pour l’analyse objective des faits.

Toujours dans le crédit à accorder à ces Conférences des « Amis du peuple syrien »,  il ne faut pas oublier la non participation d’acteurs de poids, pourtant partie prenante et légitime, ni les exclusions de fait et absolument sans fondement de tel ou tel pays. Ce que l’on constate ces derniers temps, c’est qu’il n’y a plus de table de négociation mais des conférences d’exclusion (3). A Paris, par exemple, lors de la Conférences du 6 juillet dernier, l’on notait l’absence des représentants du gouvernement syrien, l’absence des représentants de l’ONU, de la Russie, de la Chine, de l’Iran. Cependant, rien de sérieux ni de concret n’en est sorti, si ce n’est la même rengaine, qui est l’objectif des résolus Frères Musulmans : le refus de toute négociation, le renversement de Bashar Al-Assad et une intervention armée extérieure menée - comme il se doit - par la fameuse « communauté internationale » (4).

Et quand Kofi Annan, l’émissaire international désigné pour résoudre le conflit, se rend à Damas le 9 juillet pour poursuivre les négociations en vue d’un accord de paix, les « Amis du peuple syrien  » font état de leur « malaise », expriment leur colère, crient au scandale et dénonce la démarche (5).

L’approche médiatique de l’affaire syrienne est totalement biaisée par des présupposés idéologiques, lesquels emboitent celles des partisans salafistes (et ses diverses composantes) à l’œuvre et à la manœuvre dans le conflit, avec la bénédiction du Qatar, de l’Arabie Saoudite, ces belles démocraties... Rappelons à toute fins utiles, que la seule source d’information utilisée par ces médias en question pour traiter la question syrienne (6), est l’OSDH, l’observatoire syrien des droits de l’homme, lequel assène ses chiffres sur les morts et les blessés, chiffres absolument invérifiables et surtout des chiffres qui ne précisent jamais qui est l’agresseur, l’agressé, le tueur et le tué - ou plutôt si, les tueurs sont toujours les autres. Cet OSDH qui est une officine dirigée depuis Londres par des Frères Musulmans, agit à l’instar des officines qui avaient œuvré en ex-Yougoslavie, en Irak et ailleurs, tel un parfait bureau de propagande et de désinformation. Juste un point, à titre d'exemple ; non seulement les partisans de l'ASL tuent mais ils martyrisent, mutilent, torturent. Cela n'est jamais rapporté par les médias dominants car l'ASL est dans le camp des "gentils". Oui, toutes les vérités syriennes ne sont pas toutes bonnes à dire, pour paraphraser le titre d’un ouvrage écrit par un journaliste de télévision à propos de l’ex-Yougoslavie (7).

***

Les mensonges au sujet de la "révolution roumaine" (comme les "charniers" de Timisoara), les mensonges de la guerre pour la libération du Koweït (comme la fable des couveuses détruites par la soldatesques irakienne), les mensonges de la guerre d’Irak (comme les armes de destruction massives - toujours introuvables d'ailleurs...), les mensonges de la guerre en ex-Yougoslavie (avec les "méchants serbes" martyrisant les "gentils kossovars") et tous les autres mensonges, n’ont-ils pas suffit pour comprendre qu’en temps de conflit la moraline coule encore plus à flot que de coutume dans les médias ? que l’information est propagande ? que le vocabulaire y est pervers ? que les images sont travesties ? que des forces - jamais nommées, ni présentées - jouent en profondeurs pour défendre et promouvoir leurs intérêts idéologiques et financiers ?  Comment encore être dupe ?

Que ceux qui ont des yeux voient !

Notes :

(1) Jacques Bainville, Les conséquences politiques de la paix, utilement réédité aux éditions Godefroy de Bouillon en 1996 (http://www.amazon.fr/cons%C3%A9quences-politiques-paix-Jacques-Bainville/dp/2841910229).
(2) Cf. Gaetano Mosca, Elementi di Scienza politica, chapitre XV, in The Ruling Class, McGraw-Hill Book Company, p.424. Au sujet de ce livre, on se demande bien pourquoi il n’existe aucune traduction française à ce jour, alors que cet ouvrage majeur de sociologie fut publié en Italie en… 1896. Pour information, en 1939, les Etats-Unis publiaient une traduction anglaise de l’ouvrage.
(3) Il suffit de se rappeler les propos d’Alain Juppé lorsqu’il fut MAE et ceux – du même tonneau - de son successeur, Laurent Fabius, au sujet de l’Iran, pays exclu a priori, sans explications rationnelles ; ceci en contradiction totale d’ailleurs avec les propos de Kofi Annan (Cf. http://www.france24.com/fr/20120709-kofi-annan-syrie-rencontre-bachar-al-assad-onu-ligue-arabe-negociations-morts-conflit).
(4) Une fumisterie parée des atours « démocratiques » et droits-de-l’hommistes.
(5) Cf. http://www.metrofrance.com/info/syrie-la-visite-de-kofi-annan-sous-le-feu-des-critiques/mlgi!0fdnFCP9IskQ/
(6) Rien que le nom de cet organisme est signifiant au plus haut point. A quoi avons-nous affaire ? A un "Observatoire Syrien des Droits de l'Homme".
C'est tout d'abord sensé être un "observatoire"; entendez donc, qu'il est neutre, impartial, scientifique. Un observatoire, renseigne, décrit, compte, en un mot il ne prend pas part aux faits qu'il décrit.
Et puis, c'est un observatoire des "Droits de l'Homme"; alors là, c'est l'onction suprême, la touche qui place les propos et les prétendus objectifs de cet organisme hors de toutes les attaques possibles.
La qualification "Droits de l'Homme" a cet avantage - aujourd'hui où cette idéologie est consubstantielle à la doxa mondialiste - de permettre à l'OSDH de se prémunir d'éventuels détracteurs, car les critiquer placerait immédiatement son (ses) auteur(s) dans le camp des "méchants", des non-politiquement corrects.
On ne critique pas un "observatoire" et encore moins un observatoire des "Droits de l'Homme". Bref, critiquer l'OSDH, c'est basculer irrémédiablement, de facto,  dans le "camp du mal et de la barbarie".
A mon humble avis, l'intitulé de cet organisme est le produit d'officines spécialisées - agences d'influence, privées ou non - tant il est parfait dans ses caractéristiques de paravent/masque et de  réflecteur/déflecteur.
(7) Cf. Jacques Merlino, Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire, édité chez Albin Michel en 1993 (http://www.amazon.fr/v%C3%A9rit%C3%A9s-yougoslaves-sont-toutes-bonnes/dp/2226066632). Immédiatement après la parution de son ouvrage, le journaliste était remercié et disparaissait des écrans de télévisions…
On lira avec attention, au sujet de la Yougoslavie (mais l'on peut tout à fait extrapoler, bien sûr),  l'interview que réalisa le journaliste Jacques Merlino, il y a quelques années de cela maintenant, in http://www.horizons-et-debats.ch/0709/20070310_05.htm

(*) Les trésors archéologiques de la Syrie sont en danger ; n'oublions pas ce qui s'est passé en Irak ! Dès à présent, des sites sont dégradés et pillés en Syrie. Les deux camps sont responsables.
(Cf. En Syrie, le patrimoine meurt aussi, in http://www.slate.fr/story/59093/syrie-patrimoine-sites-menace ).


Iconographie :  
Image tirée et modifiée des "Aventures de Buck Danny", album intitulé Pilote d'essai, Charlier et Hubinon, Dargaud éditeur, 1953.
Laurent Fabius et Alain Juppé :
http://photo.parismatch.com/media/photos2/actu/politique/laurent-fabius-et-alain-juppe/4781398-1-fre-FR/Laurent-Fabius-et-Alain-Juppe.jpg