14 mars 2012

Pierre Scoendoerffer, in memoriam (1928-2012)

« Il disait en tout cas la vérité, la vérité libérée des oripeaux du temps. Que l’imbécile s’effare et frissonne ; l’homme digne de ce nom admet ces choses et peut les contempler sans sourciller (…) Pour affronter cette vérité il a besoin de tout ce qu’il y a d’authentique en lui, de toute sa force innée. (…) il faut une foi délibérée ».         

Joseph Conrad, Le cœur des ténèbres, chap.3.

Les amis de Pierre Schoendoerffer – « Schoen », comme l’appellaient ses intimes – sont bien tristes aujourd’hui 14 mars 2012. L'Académicien, le grand cinéaste et romancier nous a quitté.

Un homme de sensibilité et de retenue...

Peu de cinéastes, comme Pierre Schoendoerffer, ont si bien restitué l’histoire récente de notre pays, précisément depuis 1945. En quelques films, il a donné aux spectateurs, il a offert pourrait-on dire, une vision esthétique sur la guerre et les hommes de guerre ; toujours en partant du singulier pour atteindre l’universel, il a tracé une œuvre unique, non seulement en servant de modèle à nombre d’autres cinéastes – français et étrangers – mais aussi en laissant dans les toutes les mémoires, des modèles d’humanité.

Néanmoins, petite consolation, nous pourrons toujours renouer avec le plaisir de (re)voir ou de (re)lire ses œuvres. La dernière en date, nous fut livrée le 5 mai 2004, quarante-huit heures avant la célébration du cinquantenaire de la chute de Dien Bien Phu, avec la sortie du film : « Là-haut ».

Depuis 2002 ce film était terminé, mais il fut difficile pour « Schoen » de trouver un diffuseur. « Là-haut » est tiré d’un des derniers romans de celui qui est aussi écrivain, rappelons-le, avec plus de cinq romans-récits, presque tous récompensés par de vraies instances littéraires françaises telle l’Académie Française.

Que relate « Là-haut » ? Nous sommes en 1975, une équipe de cinéma est sur les hauts plateaux de Thaïlande, pour tourner des plans d’un film intitulé « Un Roi au dessus des nuages ». Un jour, le cinéaste, Pierre Lanvern (Jacques Perrin), annonce à son équipe qu’il part, seul, en repérage pour trois jours. Il disparaît sans aucunes traces. L’équipe repart en France, le film est arrêté. Causant tout autant le désarroi et la stupéfaction que la colère et l’indignation, cette disparition va conduire une jeune journaliste (Florence Darrel) à enquêter sur cet homme « pas vraiment comme les autres ». On apprend vite que le cinéaste a été arrêté par le régime communiste Laotien et qu’il est menacé de la peine de mort pour espionnage : en fait de repérages, Lanvern est allé vers la frontière Lao pour participer à la fuite de son ami, un prisonnier laotien, le Général Cao Ba Ky, ancien soldat de l’Armée Française, bête noire des marxistes de Vientiane.

Enquêtant en France, la journaliste rencontrera ceux qui ont connu Pierre Lanvern, à commencer par celui qui dirige le journal où elle travaille (Claude Rich). Au fur et à mesure que son enquête progresse, la journaliste rencontrera – souvent de manière moins volontaire qu’elle ne le croit – la plupart de ceux qui ont connu Lanvern. Ainsi, peu à peu, elle découvrira – tout comme nous spectateurs – l’itinéraire et l’histoire de cet homme à présent menacé de la peine capitale dans un pays à dix mille kilomètres de là. Par son enquête, la jeune femme va pénétrer plusieurs « cercles » composés d’anciens militaires, de cinéastes, de membres des services secrets (Bruno Cremer), tout un monde dont elle ignorait jusqu’à lors l’existence. Parfois manipulée ou seulement « conduite gentiment », la naïve journaliste découvrira par facettes le disparu, en empruntant les traces de Pierre Lanvern, de sa douce adolescence bretonne aux fureurs de la guerre d’Indochine.

Mais ce n’est pas seulement une banale enquête historique que la jeune journaliste entreprend : celui qu’elle cherche à découvrir est au même moment entre la vie et la mort ! Il y a donc une tension supplémentaire puisque le sort de Lanvern se joue alors même qu’elle dévoile le cinéaste dans sa complexité d’homme aux multiples facettes (reporter, cinéaste et espion ?). La journaliste finira-t-elle son enquête ? Lanvern sera-t-il sauvé ? Laissons aux spectateurs le plaisir de le découvrir.

Dans « Là-haut », Schoendoerffer nous conduit de témoignage en témoignage vers des « territoires » qu’il affectionne : l’Asie, les hauts plateaux indochinois mais aussi la guerre, les hommes d’Armes, l’honneur et la fidélité.

Un film de Schoendoerffer est toujours un événement. Avec seulement quelques uns, il a marqué l’esprit de plusieurs générations de français, ravivant la mémoire de notre passé colonial et la grandeur de celui-ci. « Schoen » ne regarde pas ce passé avec des lunettes idéologiques : il nous montre ce qu’il a connu, avec simplicité, authenticité ; il nous parle de la guerre et de l’humaine grandeur de personnages rencontrés.

« Schoen » sait de quoi il parle, lui. A un peu plus de vingt ans, il est en « Indo », volontaire comme reporter pour le service cinématographique des armées. Il partage le quotidien des hommes engagés dans une lutte âpre pour la sauvegarde de l’Empire ; il sera fait prisonnier à Dien Bien Phu, subira les affres de la captivité dans les camps Viets-Minhs. En Indochine, il découvre l’humanité de l’homme engagé dans des situations extrêmes. Mais ce n’est pas une aventure individualiste qu’il entreprend là ; non, il filme, il grave sur la pellicule ce qu’il voit. Il y a le souci de relater, de faire partager ce qu’il a vu, connu. Il veut témoigner. Au sens étymologique, c'est un martyr de l'Indochine... Cette guerre fut à la fois marquante et révélatrice pour lui ; elle l'a révélé à lui même, comme se révèle un film dans son bain chimique. L'homme n'est plus le même ; il a grandi, il a mûri, il est plus profond.

Témoigner, « Schoen » le fera avec maestria ; et quand il témoigne, il sert. "Servir est le plus beau mot de la langue que je connaisse" disait un Barrès. Schoendoerffer le fera d’abord avec des reportages : avec les français, jusqu’en 1954, au travers de courts métrages officiels sur la guerre d’Indochine ; puis avec les américains, engagés eux-mêmes dans le conflit du Sud-Est asiatique qui est devenu la guerre du Vietnam (La Section Anderson).

Mais Pierre Schoendoerffer aime aussi la fiction. Grand lecteur et admirateur de Pierre Loti, il adaptera deux de ses romans, « Ramuntcho » tout d’abord, puis « Pêcheur d’Islande » en 1959, avec Jean-Claude Pascal et Charles Vanel. Le cinéaste a malheureusement été conduit à « trahir » quelque peu le roman en donnant une fin heureuse au film ; alors que dans le livre nous apprenons que « (…) par une nuit d’août, au large de la sombre Islande, furent célébrés ses noces avec la mer », dans le film, Yann revient et retrouve les siens. Ayant posé un jour la question au cinéaste, il m’a répondu que des contraintes émanant de la production l’avait conduit à modifier la fin écrite par Loti et contrevenir à ses souhaits d’être fidèle à l’œuvre originale. Schoendoerffer en était lui-même meurtri, désolé de cet « écart ».

Poursuivant dans la fiction, « Schoen » adapte bientôt, en 1965, son roman « La 317ème Section » ; ce sera un succès. Caméra à l’épaule, suivant jour après jour une petite section perdue dans la jungle souvent détrempées par les pluies de la mousson, le film a l’impact du documentaire authentique ; sans effets spéciaux (qui dans les films actuels font souvent office de scénario), sans moyens extraordinaires, c’est la réalité de la guerre d’Indochine que nous découvrons, brute, vraie : « Moi, j’l’aime bien c’pays. A c’dernier séjour au lieu d’vingt-sept mois, j’ai réussi à en tirer trente-trois, et j’ai aucune envie de rentrer en France ! », lance l'Adjudant Willsdorff au jeune Sous-Lieutenant Torrens.

Il fera une autre œuvre de fiction, assez peu connue malheureusement, avec en 1966 le film « Objectif 500 millions ». Une histoire de soldats perdus, de camaraderie, de fidélité et toujours de panache. L’acteur principal du film, le Capitaine Richau (ex-officier parachutiste, passé par les prisons de la république pour engagement OAS) est joué par Bruno Cremer, un autre disparu, une autre figure, une « gueule » du cinéma français. Tel un héros de Kipling, à un moment, le personnage principal du film lance : « Il n’y a que trois métiers pour un homme : Roi, poète ou Capitaine ; malheureusement, je ne suis pas poète… ». Il y a de la tragédie dans tous les films de Schoendoerffer, c’est d’ailleurs vraisemblablement un des fils rouges de son œuvre, celui qui révèle son classicisme, son universalité.

Quelques années plus tard, un autre film parlera d’Indochine mais aussi d’Algérie : « Le Crabe-Tambour », en 1977. Inspiré librement de la vie du regretté Lieutenant de Vaisseau Pierre Guillaume (son ami), « Schoen » nous parle de l’itinéraire d’un homme d’honneur, depuis les rizières tonkinoises jusqu’aux grands bancs non loin de terre-neuve, en passant par les geôles de la république (pour cause de fidélité à la parole donnée), sans oublier le départ de l’Indochine, à la voile, en solitaire sur une jonque : « Il faudra un jour quitter l’Indochine : quatre mois de mer ; après ça ira mieux », rappelle le médecin-capitaine évoquant la figure du Crabe-Tambour.

Puis, en 1982, viendra un film entièrement sur l’Algérie : « L’honneur d’un Capitaine ». Une veuve de guerre cherche à défendre la mémoire et l’honneur de son mari, tué dans le Djebel, accusé par un universitaire partisans, sur un plateau de télévision, de forfaiture et de torture. Mais de fait ce n’est pas seulement un homme qui est accusé, c’est l’Armée Française. Là encore, « Schoen », avec tact et justesse, relèvera le gant et livrera sa vérité, renvoyant les accusateurs à leurs fantasmes : « Torture, torture, vous n’avez que ce mot à la bouche ! A vous écouter en Algérie, l’armée française n’aurait fait que torturer », dit à la fin du film l'ex-Commandant Guilloux, excédé, lui-aussi passé par Fresnes.

Une illustration de la fidélité du réalisateur nous est donnée en 1989, avec Réminiscence, un documentaire. S'envolant vers les Etats-Unis, Pierre Schoendoerffer tente de retrouver les membres de la Section Anderson, vingt ans après... Au son de la septième symphonie de Beethoven (2ème mouvement - Allegretto), l'avion décolle pour le nouveau continent  ; en voix off, Schoendoerffer nous dit qu'il part retrouver ses "camarades, ses frères, ses amis"... Grâce à un énorme travail d'enquête, le cinéaste retrouve un certain nombre de survivants et les fait se retrouver autour de leur chef de section, Joseph B; Anderson Jr., alors cadre supérieur chez General Motors à Détroit (Michigan). Dans ce documentaire, Schoendoerffer met à l’œuvre ce qu'il affectionne particulièrement, ce qui l'intriguait en fait : l'impact de la guerre sur les hommes. Nous y voyons ces anciens GIs de la 1st Air Cav', pendant et après le conflit, et les scories de la guerre, les marques indélébiles qu'elle laisse, le creuset qu'elle fut, cette main de fer qui détruit mais aussi révèle les hommes ; en témoignent ces émouvantes retrouvailles entre les anciens membres de la section, autour de leur ancien chef de section, qui était vingt ans auparavant un jeune officier de 24 ans ("un Officier et un gentleman", comme il l'est dit dans le documentaire), un des premiers officier noir sorti brillamment en 1965, de West Point, l'équivalent américain de notre École Polytechnique et de Saint-Cyr. Une belle fresque sur l'homme et la guerre, un témoignage sur le temps qui passe, un beau documentaire sur la camaraderie, celle qui se forge dans le sang et la boue, celle qui demeure à jamais. 

Trois ans plus tard, « Schoen » sortait « Dien Bien Phu ». Avec des moyens qu’il n’avait jamais eu jusqu’à lors, le cinéaste reconstituait au Vietnam, avec l’aide des Vietnamiens, une bataille historique, la bataille ultime, celle qui restera dans les mémoires françaises comme Camerone dans celles des Légionnaires et de leurs amis. Souffrances, abnégation, courage, panache, nous trouvons dans ce film un véritable bréviaire des valeurs nobles, celles qui font la grandeur des nations et l’admiration de tous. Par delà la défaite de la garnison de Dien Bien Phu, l'incurie politique, malgré la tonalité « sombre » de ce film, sur une musique superbe de Georges Delerue, reste le souvenir d’hommes et de femmes admirables qui nous manquent tant aujourd’hui (je pense ici au Colonel Jean Sassi, ou encore au Commandant Pierre Guillaume, entre autres personnes). « Est-ce le châtiment Dieu sévère ? » entend-t-on au final, en voix-off (c’est d’ailleurs Schoendoerffer lui-même qui parle), alors que passent les colonnes de prisonniers se dirigeant vers les camps de la mort lente.

Avec sa dernière œuvre cinématographique, « Là-haut », les spectateurs retrouvent ce monde de Schoendoerffer.  Dans ce film, de multiples « flash-back » sont l’occasion de voir des extraits de toutes les œuvres du cinéaste, aussi bien ses reportages de guerre que ses films de fiction ou même personnels. Pierre Schoendoerffer semble alors boucler la boucle, clore, semble-t-il, le chapitre de l’Indochine et de l’Algérie. Il fallait peut-être cinquante ans pour pouvoir le faire. Il n’en demeure pas moins que tous ses films resteront dans les mémoires, et qu’ils serviront à restaurer une autre vérité, à sauver la dignité de ceux qui ont combattu pour l'Empire d'abord, puis pour l'Union Française ensuite.

Adieu Monsieur Schoendoerffer ; vous étiez unique et vos talents artistiques nous ont réchauffé le cœur, élevé nos esprits, nourri nos mémoires. Notre dette à votre égard est immense. Un grand merci pour ce que vous nous avez offert le long de votre vie au travers de toutes vos œuvres.

Nous pensons ici à sa famille, à ses proches, et nous leur adressons toutes nos condoléances.

Un passionné...

Iconographie :
Dernière photo : http://www.ecransdelamer.com/wp-content/uploads/2011/05/PSchoendorfferParThGoisque.jpg
On ira voir avec un grand plaisir le site du photographe Thomas Goisque et suivre Pierre Schoendoerffer, là bas, à Hanoï et sur les hauts-plateaux du Tonkin. De superbes images.
Voir à cette page : http://www.thomasgoisque-photo.com/site.php?page=reportages&spec=avent&id=98
 
Photo du début : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/20/Pierre_Schoendoerffer_%C3%A0_la_Cin%C3%A9math%C3%A8que_fran%C3%A7aise.jpg

24 février 2012

Une autre réalité dans les relations internationales

Curieusement, la politique internationale ne semble pas passionner nos candidats à la présidentielle. Celle-ci est purement et simplement « zappée », à croire que ce qui peut se passer ici où là n’interroge pas la France et ceux qui aspirent à la diriger. La réalité, c’est que c’est tout le contraire qui est vrai. Ce qui se passe en Syrie, par exemple, doit être débattu ; car il y a à débattre, c’est le moins que l’on puisse dire...

Pour paraphraser un peu Descartes, nous pourrions dire que par les temps qui courent, l'équité, l'objectivité ne sont pas les choses du monde les mieux partagées. C'est bien simple, ne sont diffusé par les médias de masse que ce qui va dans « le bon sens idéologique » du moment ; tout est orienté dans un seul but : présenter une situation binaire, avec d'un côté « les bons », de l'autre les « méchants ». Tout est tellement plus simple après... Le seul problème c'est que la réalité n'est jamais aussi si simple que cela... Et prendre des décisions à partir d’une réalité tronquée, viciée, inadéquate ne peut conduire qu’à des actions erronées, néfastes, dangereuses pour la paix et la stabilité des relations internationales.


Une vidéo

Il y a une vidéo qui circule sur internet depuis quelques jours au sujet de la Syrie. On y voit une jeune femme française, journaliste au Figaro, (blessée au court d'un affrontement entre les forces de l'ordre syriennes et des insurgés) ; cette journaliste demande son rapatriement pour raison médicale. La vidéo en question, tournée par les insurgés, est purement et simplement "mise en scène". Certes, la jeune femme est sûrement blessée, et son état mérite vraisemblablement une évacuation vers la France.
The medium is the message : Savoir communiquer...


Mais regardez donc bien la vidéo. Observez le cadrage, observez la lumière (la vidéo est pourtant tournée à « presque 15H00 » dit la jeune femme). Tout est fait pour dramatiser la séquence. Ce n'est pas un hasard ; c'est juste de la manipulation. Ce qui ne veut pas dire que c'est faux ! Juste "arrangé"... 

Par une vidéo comme celle-ci, ce qui est visé, ce n’est pas la raison mais le pathos ; ce n’est pas l’intelligence mais l’émotion. La technique est connue : on prend un élément vrai au départ, et l'on y ajoute des "ingrédients" pour faire passer un « autre message », plus… subtil. Mais qui dit cela ? Dans quel média souligne-t-on ce fait ? Nulle part. Pourtant la presse est libre en France, dit-on.

Un appel téléphonique à l’Ambassade de France ne suffisait-il pas pour que les autorités françaises soient au courant de la situation d’Edith Bouvier ? Ces journalistes n’avaient pas de téléphone portable ? Ils n’avaient pas le numéro de l’Ambassade ? Le confrère photographe d’Edith Bouvier  - qui intervient, lui aussi dans la vidéo - dit qu’il a pu accéder à internet (certes difficilement précise-t-il). Par internet ne pouvait-il donc pas contacter la même Ambassade ? Internet ne marche « pas très bien », ajoute le journaliste ; mais ils ont pu néanmoins passer la vidéo sur Youtube.

Ces journalistes sont avec les insurgés ; la journaliste du Figaro est, dit-on, « actuellement soignée dans un hôpital clandestin tenu par l'opposition ». Même si ces journalistes ne prennent pas partie (ce qui reste à voir), le fait qu’ils soient dans l’un des deux camps, les rend particulièrement et nécessairement vulnérables aux assauts menés par l’autre camp. Ainsi entendre le (décevant) ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, dire «La responsabilité du régime syrien est pleinement engagée», et aussi le « boss » de celui-ci (Nicolas Sarkozy) qualifier jeudi 23 février «d'assassinat» la mort des deux journalistes, fait que nous ne sommes plus dans le discours rationnel et sérieux. Nous sommes, par ce genre de propos, dans le champ du récit fabriqué.

On se rappelle qu’un autre journaliste français, Gilles Jacquier, est mort à Homs le 11 janvier 2012 ; les autorités françaises avaient immédiatement incriminé les forces de l’ordre fidèles à Damas. Cependant, encore à ce jour, rien ne permet d’affirmer que les auteurs de cette mort soient les forces de l’ordre en question. Il semblerait même que ce soit le contraire (1), sachant que des policiers syriens ont été tués au même moment, au même endroit, par le même tir de mortier.

On le voit, tout est fait pour « axer » la réalité, tout est fait pour incriminer toujours le même camp ; nous sommes typiquement en présence de ce que l’on appelle un « story telling », un discours-écran de fumée (la réalité n'étant jamais monocausale), un récit (re)construit, pour masquer les faits et générer, induire une adhésion (forcée) du public.


Une multitude d’acteurs dans les relations internationales; et plus uniquement étatiques.
Nous sommes dans un monde post-Westphalien…


Les idées à l’endroit

Dans son dernier ouvrage, The future of Power (2011), Joseph S. Nye Jr., souligne qu’aujourd’hui, dans nos sociétés de l’information, « le récit devient la devise (currency) du soft power* » (p.104). L’expérience syrienne nous en apporte un bel exemple, si l’on peut dire. Les lignes de communication, l’information, nous dit également le professeur à la Kennedy School of Government de l'Université Harvard, ne circulent plus désormais en lignes droites (entre deux gouvernements) mais bien plus comme dans une structure en étoile (avec des lignes entre gouvernements, publics, sociétés, médias et organisations non gouvernementales). Les choses sont plus compliquées. Par ailleurs, ajoute-t-il, pour vaincre dans ce monde de réseaux, les acteurs doivent penser davantage en termes d’attraction et de co-option plutôt qu’en terme de commandement (p.101). Ainsi, l’on ne dit pas, brutalement, « nous allons renverser le pouvoir syrien (ceci  pour servir tel intérêt particulier) car tel est notre volonté » ; mais l’on tient un discours plus « sophistiqué » : les autorités syriennes répriment de « gentils insurgés », elles oppressent « le peuple syrien », font souffrir des journalistes qui font « honnêtement » leur travail, ce qui demande donc, de la façon la plus urgente, une intervention militaire extérieure pour venir en aide aux populations.

Une fois l’adversaire déshumanisé, il devient « légitime » et plus aisé de l’éliminer, l’opinion étant « formatée », les consciences anesthésiées. La rengaine est connue ; rappelons-nous la Serbie, l’Irak, la Libye, etc. Il ne s’agit pas de défendre tel ou tel chef d’État, tel ou tel régime ; mais simplement de tenir un discours réaliste et non idéologique sur les relations internationales. Une rude tâche !

Notes :
* Nous prenons l’option ici de ne pas traduire ce terme, sachant qu’il est assez complexe et qu’il va bien au-delà, dans son acception, de ce que peuvent nous dire tel ou tel vulgarisateur journaliste. Définir ici, en quelques lignes, ce concept serait non seulement ridicule mais aussi hors sujet. Renvoyons plutôt le lecteur intéressé, à l’ouvrage de Nye, Soft Power: The Means to Success in World Politics (2004) ou alors à son dernier ouvrage dans lequel il reprend et développe également le sujet.
Ajoutons néanmoins l'intelligence des québécois avec leur traduction du terme "soft power" par  "puissance discrète". Il n'y a pas mieux, à mon sens.

(1) Le journal Le Figaro dit que le grand reporteur aurait été la victime d’une « bavure » des insurgés. Cf. http://www.francesoir.fr/actualite/international/syrie-gilles-jacquier-a-t-il-ete-tue-par-des-rebelles-176416.html

16 février 2012

Comprendre les enjeux de la crise syrienne

Afin de ne pas subir la désinformation à l’œuvre au sujet de ce qui se passe en Syrie, un excellent rapport est à lire sur le site du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Ce travail a été accompli suite à un voyage effectué du 3 au 10 décembre 2011 en Syrie par une délégation internationale d’experts, non seulement du CF2R mais aussi du Centre International de Recherche et d’Études sur le Terrorisme & d’Aide aux Victimes du terrorisme (CIRET-AVT).

En plus de dénoncer la stratégie de désinformation, ce rapport développe avec clarté et impartialité le contexte, les enjeux de ce qui se passe à Damas. Eric Denécé (directeur du CF2R), qui parle de « libanisation fabriquée », souligne que le dossier iranien conditionne largement la gestion de la crise syrienne. Dans son compte-rendu, il décrypte les événements survenus depuis le 15 mars 2011, catégorise et détermine les acteurs de l’opposition au régime de Bachar al-Assad, critique les atermoiements, les rigidités et les erreurs de jugement du pouvoir syrien, donne les éléments sur la dimension internationale du conflit, et propose des pistes de réflexion sur ce qui pourrait advenir de la situation.

Avec ce rapport, nous avons enfin les éléments pour apprécier les enjeux de la crise syrienne ; ce qui n’était pas facile jusqu’à présent, il faut le dire, compte-tenu du bombardement médiatique intensif conjoint anglo-saxon, qatari et israélien (relayé avec zèle par les médias français).

Il faut souligner cet excellent travail, à la fois salutaire et nécessaire, lequel nous permet d'exercer notre jugement en toute connaissance de cause.

On peut lire le rapport en suivant ce lien :
http://www.cf2r.org/images/stories/RR/rr11-syrie-une-libanisation-fabriquee.pdf 



Post scriptum :
Parfois, lorsque l’on veut avoir un avis sur un film que l’on envisage de voir, on se tourne vers certains critiques bien précis. S’ils démolissent le film, s’ils l’éreintent, c’est que le film  est assurément bon, tant on connaît parfaitement les « goûts » de ces critiques et qu’ils sont aux antipodes des nôtres.
Ainsi, en va-t-il de ce rapport du CF2R sur la Syrie. Voilà qu’un affidé du journal Le Monde  - un ancien diplomate, Ignace Leverrier - l’attaque méchamment ce jour (16/02/2012) sur son blog ("blog invité", comme ils disent). Cette attaque est un très bon signe ; le rapport a touché juste, c'est certain. 
Est-il besoin de rappeler que Le Monde est le journal de la pensée unique, quintessence du politiquement correct, parangon de la vertu pharisienne, véhiculant ad nauseam la vulgate des élites mondialisées, porte-voix et relai de la vision américano-centrifugée du monde, le bulletin des ploutocrates antinationaux ?

Cf. pour les courageux :
http://syrie.blog.lemonde.fr/2012/02/16/un-nouveau-rapport-sur-la-syrie-partiel-partial-et-fabrique/

15 février 2012

La France perd 6 000 km² de territoire

A huit mille kilomètres de la métropole, la Guyane française. Région administrative, la Guyane est également le plus grand département français, avec un peu plus de 83 000 km².

La Guyane est bordée sur le flanc Est et Sud par le Brésil, pays avec lequel elle partage près de 730 kilomètres de frontière ; sur le flanc Ouest, la Guyane est flanquée par le Surinam, sur  plus de 500 kilomètres de frontière.

Si la frontière avec le Brésil est à présent fixée et reconnue par les deux parties et internationalement (1), celle du Surinam ne l’est pas du tout. Qui plus est, dans les cartes officielles du Suriname, une large portion de territoire français (2) est tout simplement annexée.


Blason de la Guyane française

La France ne semble pas réagir outre mesure, laissant les surinamiens revendiquer et fixer indûment une frontière qui entame sérieusement notre Guyane. Est-ce un argument que de faire aussi peu de cas d’une large portion du territoire national sous le prétexte que peu d’habitants y résident et que les enjeux ne sont pas importants ?

Il s’agit d’une question d’histoire, de géographie, certes, mais aussi de principes.

Le Suriname est devenu indépendant le 25 novembre 1975. Avant cette date, c’était un territoire colonial hollandais. C’est d’ailleurs avec ce pays que la France a cherché à délimiter les frontières exactes et ce depuis le dix-septième siècle. (3) En août 1939, les deux pays étaient d’accord sur le tracé. Toutefois, la rédaction définitive du projet de convention fut remise au ministère des Pays-Bas à Paris le 6 avril 1940 ; mais du fait de la guerre, cet accord ne fut jamais ratifié et l’on ne parla alors plus de cette frontière. Ce n’est qu’en novembre 1975 que sera signé à La Haye, un Protocole de conclusions et recommandations entre les délégations de deux pays (4). Ce document reprenait en grande partie les travaux d’avant-guerre, avec quelques modifications sur le point de tri-jonction Guyane hollandaise/Guyane française/Brésil.

C’est avec l’indépendance du Surinam, qu’advient la perte de territoire notée plus haut. Il y a bien eu, en février 1977, un projet de convention entre la France et le Surinam ; mais celui-ci ne fut jamais signé par les négociateurs et il reste encore aujourd’hui le dernier acte passé entre les deux pays.


L’annexion

Profitant de ce flou juridique, le Surinam a modifié unilatéralement sa frontière Sud avec la Guyane - d’Antécume Pata (5) à la rivière Marouini - avançant ainsi de plus de soixante kilomètres vers l’Est, amputant de facto pas loin de 6 000 kilomètres carré de territoire à la France.

Sur la question des principes à présent, l’on peut légitiment se demander ce que font les autorités françaises depuis plus de trente ans pour affirmer ses droits sur cette portion de  territoire national. Celui-ci est à juste titre et incontestablement un « territoire perdu de la République ». Rien n’a été fait pour faire valoir les droits de la France tant vis-à-vis des autorités de Paramaribo (la capitale du Surinam) qu’auprès des organisations internationales.


Ainsi, le temps passe, les pratiques s’instaurent et la carte officielle du Surinam avec ses tracés frauduleux ne sont pas contestés par la France. N’oublions pas que dans les instances internationales, le droit qui prévaut est plutôt de type anglo-saxon, ce qui veut dire, en l’occurrence, que pour les autorités de la justice internationale (ICJ) - si tant est que cette question était portée devant cette cour - le temps, l’usage et le fait seront autant d’arguments en faveur du Surinam qui pourrait donc, en définitive, avoir gain de cause.

Le grand silence français

Le silence et le laisser-faire, en matière de litige frontalier, sont-elles vraiment les bonnes tactiques, on peut en douter. Mais personne ne s’émeut en France de ce problème, personne ne relève officiellement la chose et le temps joue contre nos intérêts...

Alors que les élections présidentielles françaises ne sont plus loin maintenant, il serait fort à propos que nos valeureux candidats s’inquiètent de cette question d’intérêt national, s’emparent de ce problème et tentent de le régler définitivement en faisant valoir notre droit et nos principes.

 

 NB : Les propos tenus ici n’engagent, bien entendu, que l’auteur.

Notes :
(1) Avec le Brésil, la France a renoncé à la frontière originelle de l’Orénoque après moult péripéties et négligence aussi, faut-il le rappeler. Mais tel n’est pas notre sujet.
(2) une superficie approchant les 6 000 km², soit l’équivalent du département de l’Eure.
(3) Soulignons que les concessions accordées par Louis XIII à la Compagnie de Rouen, et en 1663 par Louis XIV à la Compagnie de la France Equinoxale, vont de l’Orénoque à l’Amazone. En 1689, lors d’une guerre avec les Hollandais, la frontière est alors considérée sur le Maroni. Moins d’un siècle plus tard, en 1770, un traité d’extradition réciproque des noirs marrons (les nègres-marrons), confirme le choix du Maroni, la France renonçant officiellement et définitivement à l’Orénoque.
(4) Cf. Les frontières de la Guyane, pp.5-9. Pierre Frenay, IGN Paris, mars 1993.
(4) le village fondé par le célèbre André Cognat, lyonnais, indien d’adoption et chef coutumier.

Références :
On pourra se rapporter notamment aux ouvrages de l’ingénieur géographe Jean Hurault sur la Guyane, dont Le contesté du Maroni entre la Guyane Française et le Suriname, IGN Paris 1953 ; ainsi qu’au fascicule Sur la frontière Guyane-Brésil 1956-1961-1962-1991, Cahier Historique n°5, IGN, janvier 2005, établi par les ingénieurs géographes Pierre Frenay et Jean Hurault.


Carte : Cf. carte de la Guyane (Janvier 2009) réalisée par la Division géographique de la direction des Archives du ministère des Affaires étrangères et européennes. Les modifications, dont  le contesté frontalier avec le Suriname, sont de l'auteur de ces lignes.

2 février 2012

Un rapport « secret » de l’OTAN sur l’Afghanistan

Un rapport de l'OTAN, présenté comme secret, en date du 6 janvier 2012, et intitulé « State of the Taliban – Detainee perspectives » fait couler beaucoup d’encre.

Il a été établi suite à 27 000 interrogatoires menés sur près de 4 000 détenus talibans ou combattants étrangers pris les armes à la main, voire simplement de civils. Ce rapport  fait état, entre autres choses : des liens étroits entre les combattants talibans d’Afghanistan avec les services de renseignement et d’action pakistanais, l’Inter-Service-Intelligence (ISI), du fait que cette dernière sait exactement où se trouvent les chefs Taliban, les manipule à son gré, sans que lesdits talibans n’aient d’autres interlocuteurs et donc de marge de manœuvre ; ce document révèle aussi le soutien très étendu (profond) dont les Talibans afghans bénéficient auprès de la population afghane.

Le rapport en question a « fuité », fortuitement, et il a atterri sur les bureaux de journalistes de la BBC ; ces derniers l’ont, bien entendu, commenté et cité assez abondement sur leur site (1), déclenchant, par caisse de résonance, une cascade d’articles, de commentaires dans les médias du monde entier.

Mais que nous apprend ce document ? Rien  que nous ne connaissions déjà depuis dix ans ! On se demande donc pourquoi avoir estampillé « Secret » ce rapport, et l’avoir fait « fuiter », tel un document rare. Mais, comme le disait Leibnitz, nihil est sine ratione, rien n'est sans raison. La chose est donc mise en scène et elle semble un moyen de mettre – une fois de plus – les pakistanais face à leurs responsabilités, sans pour autant accuser ce pays de front. Depuis dix ans au moins nous connaissons le trouble-jeu des pakistanais dans l’affaire afghane (2), et l'on ne voit donc pas a priori l’impact que va avoir un énième rapport, une énième étude, sur les liens existants entre l’ISI et l’insurrection talibane contre Kaboul.

Vraisemblablement, avec ce rapport « secret », largement commenté dans la presse, il s’agit pour les États-Unis d’agir sur les pakistanais afin que ces derniers ne soient plus seuls à « traiter » (3) les chefs Taliban, sachant que les américains cherchent à mettre en place un accord avec eux dans la perspective non seulement d'un retrait total des troupes de l'OTAN prévu pour 2013, mais encore pour reprendre les discussions, avec les Taliban, en vue d'un accord sur la construction d'un pipe-line traversant l'Afghanistan du Nord au Sud, pour acheminer le pétrole de la mer Caspienne vers les mers chaudes (ici, l'Océan Indien).


Ce n’est plus un secret : le Président Karzaï n’est plus en odeur de sainteté à Washington depuis qu’il a fait montre d’indépendance et surtout depuis que les américains savent que la République Islamique d’Afghanistan n’est pas viable, fiable, qu’elle n’a aucune légitimité, ni  perspective d’avenir, qu’elle est corrompue, qu’elle fait du favoritisme ethnique, qu’elle n’a que peu de contacts avec les chefs tribaux (Malik) et les religieux locaux (Mollah) ; d'aucuns disent d'ailleurs du Président Karzaï, qu'il n'est que le « maire de Kaboul » (4). Depuis l’arrivée d’Obama au pouvoir en novembre 2008, la décision a rapidement été prise de penser un « après-Karzaï », de négocier avec les Taliban, et de voir avec eux les possibilités et conditions d’une paix en Afghanistan et aussi de trouver des accords pour des activités commerciales (il leur faut contrer l'activisme chinois en matière de business; Pékin se faisant une spécialité d'investir économiquement les pays à risque, dont l'Afghanistan).

Ce document de l’OTAN (ISAF) dont on parle, poursuit donc différents buts :

1) Faire pression sur Islamabad.
2) Faire indirectement sentir aux autorités de Kaboul et à Hamid Karzaï en particulier, qu’ils ne sont plus légitimes ou reconnus comme tel par Washington.
3) Tenter d’opérer une scission entre les Taliban qui combattent sur le sol afghan et le comité central Taliban (la Shura centrale) basé à Quetta, au Pakistan.

Mais surtout envoyer un signe aux Taliban actifs en Afghanistan, ceux du "terrain", pour leur signaler :

1) que les États-Unis veulent négocier avec eux, et non pas avec les responsables membres de la Shura centrale manipulée par l’ISI.
2) qu’ils cherchent à desserrer l’étau de l’ISI et ses paravents, afin que ces chefs Taliban sur le terrain aient une autonomie la plus grande possible et soient en mesure d’entamer
(avec les États-Unis) des négociations en pleine légitimité et liberté.

Le rapport « secret » de l’ISAF 

Passent les rapports « secrets », demeurent les objectifs stratégiques. Les ressources en hydrocarbures n'ont pas fini de nourrir l'histoire contemporaine, du moins pour quelques temps encore, et d'autant plus que, comme le disait Nicolas Berdiaev, « l'âme reste l'âme ancienne du vieil Adam, pleine de cupidité, d'envie, d'animosité et de vengeance » (5).


Notes :

(1) Cf. http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-16821218
 et http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-16829368
(2) Cf. pour un écrit en Français, le chapitre de l'auteur de ces lignes, intitulé Le trouble jeu de l'Inter Services Intelligence, paru dans l’ouvrage collectif « Guerre secrète contre Al-Qaeda », aux éditions Ellipses (2001).
(3) Dans le vocabulaire du renseignement, une centrale est en relation avec des sources, des contacts par l’intermédiaire d’Officiers-traitants ; ces interlocuteurs sont ainsi « traités ».

(4) Cf. Epilogue Afghanistan and the Pax Americana, par Atiq Sarwari et Robert D. Crews, paru dans « The Taliban and the crisis of Afghanistan », Harvard University Press (2008), p.319.
(5) Cf. Démocratie, socialisme et théocratie, in « Le nouveau moyen âge », p.126. Ed. de L’Âge d'Homme (1985).

Iconographie :
http://www.bbc.co.uk/news/world-asia-16821218

16 novembre 2011

Syrie : un symbole politique n’est jamais anodin

Au sujet de ce qui se passe aujourd’hui en Syrie, toute personne dotée de la (télé) vision, n’a pas pu ne pas voir le drapeau que brandissent une grande partie des opposants au régime de Bachar Al-Assad. Ceci n’est pas anodin. Mais, l'écran fait écran, et les journalistes ne voyant rien et ne comprenant rien de ce qui se passent devant leurs yeux, des détails échappent souvent aux spectateurs, comme ce "nouveau" drapeau syrien. Il ne s'agit pas seulement de voir les images que nous déverse la télévision (1), il faut aussi les lire...

Le drapeau officiel de la Syrie est connu : rouge, blanc, noir, avec des étoiles vertes, au nombre de deux. En vigueur depuis 1980, il fut également utilisé durant les années 1958 à 1961. C’est le drapeau de la République arabe unie, créée de l'union de l'Égypte nassérienne et de la Syrie ; les deux étoiles vertes représentant les deux États constitutifs. Ces étoiles furent un temps au nombre de trois, lors de la tentative d’union entre l’Egypte, la Syrie et l’Irak (1963-1972) ; union qui ne se concrétisa jamais, faut-il ajouter. Quoi qu’il en soit, ces couleurs sont les symboles du panarabisme.
Le drapeau de la République Arabe Syrienne

Le drapeau actuellement brandi majoritairement depuis quelques mois par les opposants les plus actifs (et structurés), est sensiblement différent ; le rouge disparait au profit du vert ; les étoiles passant de deux à trois et du vert au rouge. Ces trois étoiles symbolisant les districts d'Alep, de Damas et de Deir ez-Zor. Hissé pour la première fois à Alep en 1932, il est officiellement adopté en 1936, suite au traité conférant une semi-indépendance à la Syrie. C'est également ce drapeau qui fut adopté lors de l'indépendance complète du pays, en 1946. Ces couleurs ont existé à deux reprises dans l’histoire de la Syrie : durant la période 1932-1958 et durant les années 1961 à 1963. Les manifestants actuels qui l’utilisent, le baptisent drapeau de la « Syrie libre ».
Le drapeau, dit de la "Syrie libre", brandi par les manifestants

Ce que l’on peut dire déjà avec cette reprise des anciennes couleurs, c’est la rupture manifeste d’avec le panarabisme, cette idéologie (nation, socialisme, laïcité) qui fut un ciment politique dans le Proche Orient ; une idéologie à l’opposé, faut-il le souligner, du panislamisme en expansion aujourd’hui, ici et là (Tunisie, Libye, Egypte, etc.), et bien sûr en Syrie. Avec ces nouvelles couleurs, nous revenons au statu quo ante, et surtout à la manifestation visible, nouvelle et flagrante des mouvements politiques salafistes à l’œuvre en Syrie : essentiellement le mouvement des Frères Musulmans et le Hizb-ut-Tahrir, le parti créé par Taqiuddin an-Nabhani (2).

Cela préjuge de ce que pourrait être la Syrie de demain, si le régime actuel tombait.

Note :
(1) Dans un petit opuscule, Pierre Bourdieu - qui n'est pas de ma chapelle, je m'empresse de le dire - disait des choses justes. Par exemple : "La télévision exerce une forme particulièrement pernicieuse de violence symbolique. (...) c'est une violence qui s'exerce avec la complicité tacite de ceux qui la subissent et aussi, souvent, de ceux qui l'exercent dans la mesure où les uns et les autres sont inconscients de l'exercer ou de la subir". Cf. Sur la télévision, suivi de L'emprise du journalisme, p.16 ; éditions Raisons d'agir (2008).
(2) Précisons toutefois que le drapeau du Hizb-ut-Tahrir est noir quant à lui ; en lettres blanches figure la phrase lā ’ilāha ’illa-llāh muḥammadun rasūlu-llāh (Il n’y a de dieu qu’Allah et Mohamed est le messager d’Allah). Notons que c’est la même phrase que l’on trouve sur le drapeau vert de l’Arabie Saoudite (agrémenté d’un sabre islamique) ; elle est également utilisée par les salafistes combattants partout dans le monde (ex-Yougoslavie, Tchétchénie, Irak, Afghanistan, Indonésie, Philippines, etc.), comme signe de ralliement idéologico-religieux (djihadistes, dirait un Gilles Kepel ou encore un Olivier Roy).

25 octobre 2011

Un peu de justice pour les Papous d’Indonésie...

Grasberg, Province de Papua, Département de Mimika, District de Tembagapura (Indonésie orientale). La plus grande mine d’or et de cuivre du monde. Il y a quatre mois, 8 000 ouvriers de la mine, sur les 11 000 employés, se sont mis en grève pour de meilleurs salaires. Une demande d’équité eu égard aux salaires octroyés par leur employeur dans d’autres mines situées dans d’autres pays du monde (Pérou, Chili, Bolivie, République Démocratique du Congo). Mais PT Freeport Indonesia (1) ne plie pas ; les Papous non plus. C’est l’impasse ; mais aussi la violence, tant les racines de ce tumulte sont en fait nombreuses...
Vue sur une partie de la mine de Grasberg.
Pas moins de douze personnes ont été tuées ces deux dernières semaines dans la province. Six personnes l’ont été suite à une répression policière pendant une manifestation pro-indépendance ; trois mineurs travaillant pour Freeport l’ont été au cours d’embuscade tendue par des tireurs inconnus; deux autres mineurs, quant à eux, ont été tués dans un affrontement avec la police ; enfin, le chef de la police du sous-district de Mulia Puncak Jaya, Dominggus Oktavianus Awes, a été abattu froidement d'une balle dans la tête par des assaillants inconnus. 

Plus particulièrement, le 10 octobre dernier, la Police indonésienne tirait sur les manifestants, tuant un employé de la mine, Petrus Ayamiseba. Une action de force très discutable, compte-tenu du fait que le droit de grève est reconnu en Indonésie et que celui-ci s’exerçait à Tembagapura en toute légalité ; les forces de l’ordre n’étaient aucunement en droit de faire usage de leurs armes à feu. Le mot d’ordre des grévistes depuis le 4 juillet 2011 est simple : les milliers de manifestants réclament toujours la même chose, à savoir une augmentation substantielle de leur salaire (2). Une exigence compréhensible, quand on sait que les employés de la mine de Grasberg sont les moins bien payés des salariés du groupe Freeport à travers le monde.
Mine de Grasberg, vue satellitaire (Google map).
Selon un rapport établi par l’évêque catholique de Jayapura, Munninghoff, la question des salaries n’est qu’un des éléments qui concourent à l’exaspération des Papous. « Violences et morts sont rampants depuis 1995 », date de la nouvelle concession (3) de la mine à Freeport-McMoRan, précise l’évêque (4). Si en 2007, des mouvements de revendication avaient été neutralisés autour de la mine de Grasberg, par différents artifices et actions ponctuelles, aujourd’hui la coupe semble pleine, les Papous ne veulent plus lâcher quoi que ce soit ; ils exigent une satisfaction à leur demande d’augmentation de salaire, souhaitant être payés davantage que les 2,10 ou 3,50 dollars l’heure. Le mouvement engagé par les Papous entame sérieusement les revenus de la société Freeport ; il est établi que chaque jour de grève lui coûte au minimum 20 millions de dollar (5). Par là-même, l’Etat indonésien perd de l’argent avec ces grèves à répétition (6). Aucune issue ne semblant poindre à l’horizon, le temps qui passe ne favorise en rien les intérêts des uns et des autres ; bien au contraire.
La Papouasie indonésienne (Cliquez pour agrandir)
Le contexte géopolitique est une donnée incontournable pour saisir l’ensemble du problème. En un premier lieu, les Papous n’appartiennent pas au même groupe ethnolinguistique que la majorité des indonésiens ; ils appartiennent aux austro-mélanésiens, alors que leurs compatriotes sont essentiellement issus du groupe indo-malais. Sur le plan religieux, les Papous sont majoritairement animistes ou chrétiens (méthodistes, évangélistes ou catholiques), contrastant avec les 87% de musulmans qui composent l’Indonésie. Un clivage ethnique, linguistique, culturel, religieux les sépare donc de leurs compatriotes. Par ailleurs, dernière province à avoir intégré la République indonésienne (7), la Papouasie occidentale compte plusieurs dizaines d’ethnies papoues (8), elles mêmes subdivisées en tribus (elles sont au nombre de 312), souvent peu en symbiose entre elles. Parmi celles-ci, les Amungme, qui comptent parmi les plus nombreux ouvriers de la mine de Grasberg. Et, s’ils occupent tous les emplois subalternes, les postes de direction et d’encadrement de la société par contre sont tenus soit par des étrangers (américains en majorité), soit par des personnes issues des autres ethnies de l’archipel indonésien (de Java, Sumatra, de Célèbes, etc.) ; les Amungme travaillant à Grasberg ont peu de perspective professionnelle, ne pouvant quasiment pas atteindre le statut de contremaître.
 
Des papous lors de la manifestation du 10 octobre 2011.
Depuis le rattachement à l’Indonésie - contesté toujours par certains - les Papous indonésiens n’ont pas bénéficié des mêmes traitements que leurs compatriotes des autres îles de l’archipel. Parents pauvres de la République indonésienne et de ses années de développement, considérés par beaucoup d’indonésiens comme des citoyens de seconde zone, voire tout bonnement comme des « sauvages », souvent victimes de racisme, les Papous voient différentes statistiques économiques et de développement confirmer cet état de déréliction par rapport au reste de l’Indonésie (taux d’alphabétisation en dessous de la moyenne nationale ; niveau vie se situant très en dessous du seuil de pauvreté ; indice de développement de leurs deux provinces extrêmement bas ; développement de maladies infectieuses comme la malaria, la tuberculose, le SIDA ; etc.). Mais rien, depuis 1963, n’a vraiment changé, hormis un statut d’autonomie spéciale acquis en 2001 ; malgré cela, à ce jour, les Papous n’ont pas entamé la même courbe de développement que leurs compatriotes.
Un Amungme de Grasberg.
Néanmoins, cette mine de Grasberg produit de très larges bénéfices, lesquels (taxes et royalties) partent en quasi-totalité vers Jakarta, la capitale indonésienne, et bien sûr à Phoenix en Arizona (Etats-Unis). Cette autonomie spéciale (OTSUS) aurait dû apporter - sur le papier du moins - des bénéfices substantiels à la Province ; mais l’on cherche en vain depuis dix ans ce qu’ils sont devenus, et où ils ont bien pu atterrir. Par delà ces querelles, concrètement donc, il y a le statut et le salaire des ouvriers de la mine, des ouvriers sans qualifications majeures ; à la mine, les Amungme qui peinent à la tâche, semblent parfois plus proches de forçats que d’ouvriers salariés.  

A ce problème de salaire, s’ajoute les atteintes aux droits élémentaires de l’Homme, la question de la protection des terres ancestrales et sacrées des Amungme. En effet, la mine géante détruit progressivement ce territoire (c’est une mine à ciel ouvert) et, de plus, les rejets de la mine (souvent toxiques) polluent et défigurent grandement et inexorablement l’environnement alentour. Pour apaiser les tensions, PT Freeport s’est bien lancé dans la mode du CSR (Corporate Social Responsabilities) mais, comme on le sait, il ne s’agit là que de remèdes davantage cosmétiques que curatifs, ou même préventifs, contre les dégradations diverses (9) qui s’opèrent sans discontinuer et à une échelle gigantesque dans cette région de Papouasie.

N’ayant pas voix au chapitre, car souffrant d’un déficit de représentativité politique, n’ayant aucune unité fonctionnelle, les Papous ne peuvent se faire entendre (tant à Jakarta que du reste du monde) et faire valoir leur point de vue, souvent légitime. Ainsi ces Papous, en tout cas, un certains nombre d’entre eux, sont-ils exploités, sans voix et sans défense. A cela, il faut ajouter l’attitude souvent violente de l’Armée indonésienne à leur égard ; notons ici que ces unités militaires indonésiennes sont rétribuées par trois sources : l’Etat, la Province mais également par Freeport, officiellement pour « assurer la sécurité du site de la mine », compte tenu de l’activité de guérilla menée dans la province par l’OPM, le mouvement autonomiste papou (10). Il y a 14 842 militaires pour 3 661 000 habitants en Papouasie (11) ; soit un taux de soldat par habitant de 1 pour 246, bien supérieur à celui relevé dans le reste du territoire indonésien, à savoir 1 pour 594. L’armée nationale indonésienne (TNI) semble, dans ces actions contre les papous, dépasser le cadre de ses missions de défense du territoire, même s’il existe effectivement une activité sécessionniste armée. De surcroit, l’attitude du gouvernement indonésien est plus que discrète au sujet de cette iniquité dont souffrent depuis des années les membres de ces tribus papoues concernées, pourtant citoyens indonésiens de plein droit. Depuis le début de la grève à Freeport, en Juillet, Jakarta est restée bien silencieuse ; les derniers événements en date n’ont pas modifié cet atermoiement.
Un groupe armé de l'OPM, le mouvement indépendantiste papou.
Les Papous ne sont pas nombreux sur leurs territoires ancestraux, et ils subissent, en plus, depuis plusieurs dizaines d’années maintenant, une politique de transmigration (12) ; ainsi pourraient-ils bientôt se trouver en minorité sur leurs propres terres (13). A Jayapura, la capitale de la province de Papua, les non-papous sont nombreux et ont un train de vie incommensurablement supérieur à celui des autochtones ; non seulement le contraste est flagrant, mais il s’accroit. Le ressentiment papou également.
L'usage du drapeau indépendantiste (Morning Star) est strictement interdit par la loi indonésienne.
Le gouvernement indonésien actuel, ou celui qui lui succèdera en 2014, se grandirait à régler cette question papoue. Peu de choses suffirait à cela : mettre en œuvre une politique d’équité dans la redistribution des richesses ; respecter, autant que faire se peut, le mode de vie traditionnel papou ;  défendre l’intérêt des Papous - qui sont des ressortissants indonésiens à part entière -  face aux grandes compagnies industrielles et minières étrangères ; mettre fin à aux mauvais traitements et à la discrimination des Papous par les forces de l’ordre et l’administration indonésienne en générale. Seulement, les élites de Jakarta ne se préoccupent pas du sort des Papous ou du peuple en général, ne cherchant dans leurs stratégies politiques - quand elles en ont une… - que la satisfaction de leurs intérêts propres. Ces élites, pour être respectées, devraient retrouver le sens de l’intérêt général.
Garuda Pancasila sur les couleurs indonésiennes.
Le gouvernement de Jakarta devrait prendre conscience du fait que c’est en faisant respecter la dignité des Papous (face à une société comme Freeport-McMoRan) qu’il se fera respecter lui-même, tant par ses administrés que par les Nations et les grands groupes étrangers.

Si rien n’est fait pour améliorer la situation des papous indonésiens, il ne serait pas étonnant dans un avenir proche, si cette question s’internationalisait. Certains acteurs étrangers non-étatiques pourraient, par exemple, alimenter le conflit en fournissant des armes à la rébellion, voyant une issue favorable à leurs "affaires" dans une Papouasie indépendante ; par ailleurs, les différentes ONG très actives dans la province - souvent anglo-saxonnes (australiennes, évangélistes américaines) - participent à cette surenchère, envenimant le conflit.

Notes :
(1) PT Freeport Indonesia est détenue à 90,64% par la société américaine Freeport-McMoRan Copper & Gold.
(2) Les grévistes exigent davantage que les 22% promis par la direction sur deux ans. Il est à noter qu’au même moment, dans les autres mines du groupe Freeport-McMoRan, que ce soit au Chili, en Bolivie ou au Pérou, des grèves ont également lieu, gênant considérablement les activités du consortium minier.
(3) Freeport-McMoRan opère dans cette région en fait depuis 1967, date de la première concession.
(4) Cf. http://www.utwatch.org/corporations/freeportfiles/broeck.text
(5) Ce sont les chiffres donnés par l’agence de presse indonésienne Antara (18 Sept. 2011). Pour sa part, The Jakarta Globe (du Sept.15, 2011) avance d’autres chiffres, plus importants : « The Phoenix-based company lost production of 4 million pounds of copper and 7.5 ounces of gold per day, analysts say, or about 30 million US dollar daily ».
(6) La République Indonésienne touche 3% des profits récoltés par Freeport.
(7) C’est en 1969, suite à un referendum (« Acte de choix libre », en Indonésien Penentuan Pendapat Rakyat, ou PEPERA), que le rattachement eu lieu. D’aucuns contestent toujours ce rattachement, au titre que seuls les chefs de tribus ont voté au cours de ce référendum et non l’ensemble des Papous. Un argument qui manque de solidité toutefois, compte tenu de la structure traditionnelle de la société papoue ; en effet, ces chefs sont les portes parole reconnus et incontestés de leur tribu respective.
(8) Très disparates les unes des autres, les tribus papoues ont toujours eu du mal à se fédérer. A titre d’exemple, le mouvement autonomiste Papou d’Indonésie, l’OPM (Organisasi Papua Merdeka) utilise pour se nommer - paradoxalement - la langue Indonésienne nationale (celle du supposé occupant) et non un dialecte papou… Cette disparité culturelle, linguistique, fait qu’il n’y a pas d’unité papoue, pas de dynamique politique papoue. Il n’en demeure pas moins qu’il existe bel et bien, depuis plusieurs dizaines d’années en Papouasie indonésienne, un conflit de faible intensité.
(9) Acculturation, dégradation du mode de vie traditionnel, de l’environnement naturel (déforestation), de la structure sociétale papoue elle-même.
(10) La question de l’allégeance des soldats indonésiens en Papouasie est posée ; agissant comme ils le font envers les Papous, les militaires servent-ils bien les intérêts du peuple indonésiens ou bien ceux d’une compagnie minière. L’armée nationale indonésienne, la TNI (Tentara Nasional Indonesia) est née « armée populaire », ceci  au temps de la Revolusi (la guerre contre les Japonais et contre les Anglo-Hollandais) ; il serait temps que cette institution s’en souvienne. Il serait opportun que le semangat (cet état d’esprit traditionnel, ancestral et guerrier) ne soit pas qu’un vain mot au sein des armées, mais bien ce qu’il doit être, à savoir cette étincelle du moment fondateur de l’institution militaire et du sentiment national, ce mouvement premier qui commence et commande la marche des nations.
(11) Dont 13 000 de l’armée de Terre (TNI-AD), 1 272 de la Marine (TNI-AL) et 570 de l’armée de l’Air (TNI-AU).
(12) Mouvement de population des îles indonésiennes les plus peuplées (Java, Sulawesi, Madura) vers les moins peuplées (Kalimantan, Sumatra, Papouasie indonésienne). C’est une politique qui fut mise en œuvre par l’ancienne puissance coloniale (la Hollande) puis poursuivie sous l’ère Sukarno et Suharto. Officiellement abolie, ces mouvements internes de population s’effectuent toujours néanmoins, mais à titre individuel.
(13)  C'en est fait, selon un rapport établi par le LIPI research team (2008). Cf. Papua Road Map ;  Negotiating the Past, Improving the Present and Securing the Future ; Short version, pp.11 et 12. Ce document nous dit qu'en 2005, la population immigrée était estimée à 41 % de la population de Papouasie et qu'elle devait passer à 53,5 % en 2011. En 1959, elle était de 2% ; en 1971, de 4% ; et en 2000, de 35%.

Iconographie :
Mine de Grasberg : http://faculty.kutztown.edu/friehauf/indonesia/grasberg/grasberg_mine_08.jpg
Manifestation papoue : (Tjahjo Eranius/AFP)
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/En-Indonesie-les-papous-luttent-contre-la-multinationale-Freeport-_NG_-2011-10-18-724630#
Membre de l'OPM branche armée : https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgppBuarp60ZcMr2r3Kx6QQxAls8KQFQ2zC2exR-y9wv2F2UH_zxizE9_kT-j5IH3AsTdL6Qf94lUuMvhcFeJPxXTVphwzi6D_RCk6Sw3LNqHgwwauSiJKiJGOIa06LbL4L1PYRv10RhyphenhyphenX4/s1600/WEST+PAPUA+ARMY.jpg
Morning Star rally : http://www.asia-pacific-action.org/node/206
Papou amungme de Grasberg : http://faculty.kutztown.edu/friehauf/indonesia/people/ertsberg_people_20.jpg