20 novembre 2009

Le Colonel Sassi à l'honneur.

Le jeudi 3 décembre 2009 aura lieu le baptême de promotion du 4ème Bataillon de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.



Ce bataillon portera le nom de « Colonel Jean Sassi ».

Le grand soldat qu'il fut est ainsi honoré par cette prestigieuse école formant nos officiers; il ne méritit pas moins.
Le Colonel Sassi accompagnera ainsi ces futurs officiers de l'armée française, leur insufflant ces valeurs de toujours : Honneur, Fidélité, Nation et Discipline.


Nous relaterons ultérieurement sur ce blog cette manifestation.

Indonésie-Thaïlande : la croisée des chemins.

Dans la culture javanaise traditionnelle, la « quantité » de pouvoir est toujours constante ; lorsque l’un s’accroit, d’autre(s) s’amenuise(nt) nécessairement, comme dans le principe des vases communiquant (1).

Si l’on appliquait aujourd’hui cette approche à la situation de deux pays d’Asie du Sud-Est, la Thaïlande et l’Indonésie, l’on constaterait effectivement que si l’un est en phase critique et instable (en phase descendante), l’autre au contraire est nourrit de signes positifs, favorables (en phase ascendante).

Depuis environ cinq ans, tant sur le plan économique, politique qu’institutionnel, la Thaïlande et l’Indonésie sont sur des chemins divergents. Cette situation symétrique semble même échapper aux décideurs respectifs de ces deux pays et la tendance apparaît lors comme totalement inéluctable. C’est le fatum des Nations, comme ce fut le cas en Europe dans les siècles passés, avec le déclin du Portugal et la montée de l’Espagne, puis le déclin de cette dernière au profit des Provinces Unies, puis la montée en puissance de l’Angleterre, de la France, etc.

« Au Royaume de Siam »

Ce n’est pas moins de quatre crises qui frappent la Thaïlande aujourd’hui. Nous constatons en effet une crise économique tout d’abord, une crise politique ensuite, une crise insurrectionnelle également et enfin une crise institutionnelle. Le Royaume est dans une période instable mais peu d’observateurs le soulignent.

Dès les derniers moments de la période Thaksin Shinawatra, vers 2004, la Thaïlande connaît un déclin en terme économique, les investisseurs délaissant ce pays qui n’est plus le « petit dragon » des années 80/90. Les scandales politico-financiers touchant la famille de Thaksin n’ayant pas arrangé la situation, bien au contraire. Et bientôt, suite à la situation économique et politique chaotique - lors du deuxième mandat de Thaksin - l’armée prenait le pouvoir (septembre 2006) par un coup d’état « blanc » avec la bienveillance et l’accord du Roi, tant le pays s’enfonçait dans des dérives affairistes et autocratiques.

Un an plus tard, les militaires remettaient le pouvoir au verdict des urnes, tout en fermant l’accès aux partisans de Thaksin (2). Aujourd’hui, après une période transitoire civile, le calme n’est pas vraiment revenu dans le Royaume. Bien qu’il y ait de nouveau un Premier Ministre élu, en la personne de d’Abhisit Vejjajiva, Thaksin Shinawatra et ses partisans ont toujours le désir de revenir aux affaires, et de multiples manifestations ont lieu, essentiellement à Bangkok, semant le désordre dans ce pays qui a adopté une nouvelle Constitution.

Aujourd’hui, la situation politique thaïlandaise est encore dans une situation trouble, voire conflictuelle entre les « rouges » (partisans de Thaksin) et les « jaunes » (opposants à Thaksin et fervents royalistes), sans compter le rôle joué par l’armée royale.


Par ailleurs, une longue et meurtrière situation insurrectionnelle, mettant en scène des mouvements islamistes, gangrène le pays. Pas un jour ne se passe en effet sans que des attaques, des assassinats, des sabotages n’aient lieu dans les provinces de Songkla, Narathiwat, Pattani, Satun et Yala - à majorité musulmanes - jouxtant la Malaisie. Depuis 2004, l’on a recensé près de 4 000 morts tant bouddhistes que musulmans et différentes stratégies ont été testées par les gouvernements successifs sans qu’aucune jusqu’à lors n’ait effectivement fonctionné. Si la Malaisie ne soutient pas ces mouvements islamistes et si elle s’est proposé pour servir de médiateur, Bangkok cependant refuse, ne voulant à aucun prix internationaliser le conflit du Sud en faisant intervenir un tiers dans ce qu’elle considère comme une affaire intérieure. Les années passent donc et rien ne semble aller pour le mieux dans ces cinq provinces du Sud thaïlandais, au point où l’on se demande quand et comment ce conflit pourrait bien s’arrêter.

Quant à la situation institutionnelle, elle n’est pas brillante avec les soucis que cause la question de la succession royale, tant la santé du Roi Bhumipol Adulyadej est de plus en préoccupante et compte-tenu que son fils, le Prince héritier Vajhiralongkorn, ne semble pas être le meilleur candidat désigné pour le trône.

Loin d’avoir le charisme, la popularité et l’ascendant de son père, le Prince héritier n’a pas de surcroit l’aval total de l’armée ni du Conseil Privé du Roi. Ce qui fait qu’après la régence – tenue par le Conseil – il se pourrait que la monarchie vacille, tant il semble qu’un mouvement remette en cause le principe de la Monarchie telle qu’elle existe actuellement, c'est-à-dire une monarchie constitutionnelle. Vraisemblablement, une grave crise institutionnelle se prépare dans ce pays, noircissant davantage la situation générale, déjà pas très brillante.

« Hidup Indonesia »

De son côté, de manière mystérieusement symétrique, l’Indonésie connaît une phase ascendante et florissante. L’année 2009 semble particulièrement être l’année de toutes les promesses pour cet immense archipel, quand bien même des signes précurseurs étaient apparus dès 2004, avec l’arrivée au pouvoir suite aux premières élections au suffrage universel direct (3) du Président Susilo Bambang Yudhoyono (SBY).

Economiquement, contrairement à nombre de pays, l’Indonésie n’a pas subit les affres de la crise mondiale de 2008 et certains indices économiques (4) sont pour la plupart encourageant et positifs. Les clignotants économiques indonésiens sont au vert et des investisseurs - anglo-saxons mais aussi japonais, coréens du Sud et chinois - l’ont déjà compris, lesquels se reportent sur ce pays.
Politiquement, la situation est également au beau fixe en Indonésie, depuis la réélection de SBY et de la mise en place de son second gouvernement en octobre 2009. Réélu à 60% dès le premier tour, le Président bénéficie d’une légitimité populaire et d’une stabilité parlementaire forte, situation nouvelle depuis la fin du régime Suharto en 1998. Ces élections générales de 2009 (législatives et présidentielles) ont braqué les projecteurs sur cette troisième démocratie du monde (après les Etats-Unis et l’Inde) et ont rehaussé sa stature internationale de ce pays comptant 230 millions d’habitants.

Avec la nomination du nouveau Vice-Président, Boediono - qui est un professionnel (5) et non un politique - c’est un autre signe positif qui fut envoyé, notamment à l’extérieur du pays. Par ailleurs, la composition du gouvernement - en dehors de quelques inéluctables nominations de compromis - révèle là aussi des points positifs. On soulignera par exemple, les ministères des finances et du commerce qui ont conservés leurs chefs (Mesdames Mari Elka Pangestu et Sri Mulyani Indrawati) et les affaires étrangères, qui ont vu arriver un brillant ministre en la personne de Marty Natalegawa (ancien ambassadeur à Londres et représentant de l’Indonésie au Nations Unies).

L’Asie du Sud-Est : là où il faut être

Dans le jeu des vases communiquant, force est de constater que l’Indonésie tient aujourd’hui une position flatteuse, pleine de promesses. Devant la montée de la Chine, le flanc Sud de l’Asie du Sud-Est se révèle de plus en plus stratégique et ceci d’autant plus que l’Indonésie - Etat archipélagique - est à la croisée de nombreux chemins et flux maritimes, culturels et commerciaux (Est-Ouest et Nord-Sud). Il serait bien dommage que les investisseurs et autres hommes d’affaires français loupent ce coche et laissent le terrain à leurs concurrents britanniques, américains, australiens et allemands, pour ne citer qu’eux.

La France (tant le privé que l’Etat) aurait tout à gagner à se lancer dans cette région, d’autant plus qu’elle possède certains atouts non négligeables (6) : un bon capital sympathie et des aprioris positifs de la part des indonésiens en général, sans oublier aussi la présence dans le nouveau gouvernement d’un ministre ayant fait ses études (7) en France. Néanmoins ces atouts s’avéreraient fructueux si seulement nos entrepreneurs français (8) et si nos officiels du gouvernement avaient le sens de l’opportunité.

Notes :

(1) Benedict R. O'G. Anderson dans son ouvrage Language and Power; Exploring political cultures in Indonesia (Chap. 1 The idea of Power in Javanese Culture; pp22-23.) aborde ce trait javanais. De manière synthétique, retenons que : 1) Le pouvoir relève du concret; 2) le pouvoir est homogène; 3) La quantité de pouvoir dans l’univers est constant; 4) La pouvoir ne soulève pas la question de la légitimité.
(2) ce dernier évincé et toujours en exil aujourd’hui.
(3) Les dernières remontant aux années 50.
(4) Taux de croissance, exportations, etc.
(5) Economiste, ancien gouverneur de la Banque d’Indonésie, ancien ministre des finances et ministre coordinateur de l’économie, il est reconnu internationalement.
(6) Des atouts culturels, politiques et sur le plan technique/organisationnel, etc.
(7) A l’Université Sciences et Techniques de Montpellier.
(8) Un atout saisi déjà par Danone, Carrefour et Total, pour ne citer que ces entreprises.

22 octobre 2009

Marty Natalegawa, le nouveau visage de la diplomatie indonesienne

Le Président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono (SBY), élu à une grande majorité (plus de 60%) lors des dernières élections générales dans ce grand pays d'Asie du Sud-Est, vient de nommer son gouvernement. Ce mandat fixé à 5 ans par la Constitution, s'achèvera en 2014.

Parmi les personnalités présentes dans ce second cabinet "Indonésie Unie", figure Marty Natalegawa. Sans préjuger ici des actions futures menées par l'Indonésie en matière de politique étrangère, on peut souligner déjà par la mise en place de ce nouveau chef du DEPLU : 1) de la continuité et de la stabilité de la République Indonésienne; 2) de l'arrivée aux postes ministériels d'une nouvelle génération instruite aux meilleures universités; 3) des signes prometteurs et positifs pour ce pays archipélagique.
Notons que ce nouveau visage de la diplomatie indonésienne a pris forme en 1999 (au départ de Suharto) avec la nomination d'Alwi Shihab au poste de Ministre des Affaires Etrangères, lequel à complètement restructuré et modernisé ce ministère. Son successeur, Hassan Wirayuda, a pour sa part, poursuivi dans cette voie et cet esprit nouveau.

Restent les fondamentaux de la politique étrangères indonésiennes : "Bebas dan aktif", c'est-à-dire, "Libre et active". On peut tout à fait penser que cette orientation se maintiendra avec cette nomination et même qu'elle se renforcera, hissant la République Indonésienne au rang qu'elle mérite au sein des nations, tant l'Indonésie est un pont et un carrefour entre les continents, les civilisations, les peuples.

Arrêtons-nous un peu sur ce jeune et brillant ministre qui semblait désigné depuis au moins deux ans à ce poste et qui est totalement dans la lignée de ses prédécesseurs quant au rôle plus important que devrait jouer l'Indonésie au plan international.
 Photo : Marty Natalegawa et son épouse Sranya, au KBRI de Londres. (Source : KBRI London)

Né à Bandung le 22 mars 1963, Raden Mohammad Marty Muliana Natalegawa est le nouveau Ministre des affaires étrangères de la République d’Indonésie (DEPLU-RI).

Avant sa nomination en date du 21 octobre 2009, Marty Natalegawa fut le Représentant permanent de l’Indonésie auprès des Nations Unies ; il avait présenté le 11 septembre 2007 ses lettres de créance au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

Natalegawa a commencé sa carrière en 1986 au Département des affaires étrangères de l’Indonésie (DEPLU) ; il était, depuis 2005, Ambassadeur de l’Indonésie auprès du Royaume-Uni. De 2002 à 2005, il était Chef de cabinet du Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie et Directeur général pour la coopération avec l’ASEAN au sein de ce même département ministériel. Marty Natalegawa a aussi occupé le poste de Directeur pour les organisations internationales au DEPLU au début de la décennie écoulée. De 1994 à 1999, il était en poste à la Mission permanente de l’Indonésie auprès des Nations Unies à New York.

Natalegawa a un doctorat en philosophie de l’Université nationale australienne (ANU) en 1993. Il est également diplômé de la London School of Economics and Political science et de Corpus Christi College. Marty est le plus jeune fils de Sonson Natalegawa, ancien directeur de la banque d’Etat Bumi Daya. Il est marié à une femme d’origine thaïlandaise (Sranya) et père de trois enfants (Annisa, Anantha, and Andreyka). 

9 octobre 2009

Enquête sur un Zippo inconnu

J’avais depuis longtemps par devers moi un briquet de marque Zippo trouvé en Asie du Sud-Est.

Sur ce briquet, des marquages (un slogan, un insigne, une date, un lieu, un nom) mais surtout des incertitudes et des inconnues. Incertitudes sur le fait de savoir si ce briquet était un authentique Zippo des années 60 ; inconnues dans le fait de voir un insigne de l’armée que je ne connaissais pas du tout.

Après quelques recherches et de précieuses aides extérieures (1), j’ai finalement eu toutes les réponses que je souhaitais.

Ainsi puis-je présenter maintenant ce Zippo et donner quelques éléments d’explication sur celui-ci.

Le briquet

Sur le Zippo lui-même, il s’avère que c’est bien un Zippo authentique, datant de 1964. L’attestent, les deux points encadrant la marque « Zippo » sur le fond du briquet (un peu à gauche du « Z » et à droite juste au dessus du ®), ainsi que la concordance avec le numéro de modèle (Pattern 2517191).


Le contexte et les gravures

Nous sommes au Vietnam, dans les premières années de la guerre. Suite aux incidents survenus entre le 2 et le 4 août 1964 dans le Golfe du Tonkin (entre destroyers US et vedettes lance-torpilles du Nord Vietnam), c’est l’engagement massif des Américains ordonné par le Président américain d’alors, Lyndon B. Johnson.

Début février 1965, des bases US sont attaquées, dont celles de Pleiku et de Qui Nhon. C’est le début de l’escalade.

Entre 1964-1965 (date figurant sur le Zippo) les soldats US ne sont pas encore du contingent ; la plupart de ceux qui servent là-bas sont encore des conseillers, des formateurs du MAC/V (Military Assistance Command / Vietnam) et/ou des hommes de la CIA.

Parmi ces formateurs et spécialistes, des démineurs. Ils sont brevetés EOD (Explosive Ordnance Disposal), l’équivalent à peu près de notre NEDEX français (Neutralisation et Destruction d’Explosif). L’insigne présent sur le Zippo est celui du deuxième degré EOD (Senior EOD), que devait avoir le propriétaire du briquet. Ces spécialistes étaient regroupés en équipes EOD opérant aussi bien sur terre que dans l’eau, neutralisant tant des bombes non explosées, que des explosifs improvisés (IED). Ces techniciens appartenaient soit à l’armée de terre, à l’armé de l’air, à la Marine ou encore au corps des Marines.

Une EOD Team au Vietnam au milieu des années 60.
Qui Nhon (nom de lieu figurant sur le Zippo) est la capitale de la province de Binh Dinh, en Annam (Vietnam). Elle possède un grand port. Comme dans d’autres endroits du territoire du Sud Vietnam, les soldats US étaient stationnés dans de grandes bases. Dans cette ville un grand nombre d’explosifs y furent « traités » entre 1964 et 1967 par les services spécialisés. Dans cette base de Qui Nhon - où il allait y avoir bientôt aérodrome, hôpital, casernements, dépôts, etc. - furent basée un temps différents unités EOD (US Army, USN, USAF, USMC). Il y a donc congruence entre le lieu et l’unité.

Le slogan présent sur une des faces du Zippo est assez caractéristique de ceux utilisés par les unités allant au contact, qui risquaient souvent leur vie en opération, tels les parachutistes ou les démineurs. Le « Live it up ! » est typique de ces unités d’élite.

Reste encore une question en suspend, le nom « Ho Huu Dix » qui apparaît derrière l’insigne EOD. C’est sûrement la première gravure qui ait figurée sur le briquet. Il se pourrait peut-être qu'il s’agisse du nom de celui qui a réalisé la gravure. Néanmoins, compte-tenu de l’endroit où ce nom se trouve gravé, cela est peu probable. Alors, il y a une autre explication. Une hypothèse pourrait être avancée : le premier propriétaire de ce briquet aurait été ce « Ho Huu Dix », lequel fut - compte-tenu du patronyme - en toute vraisemblance, un soldat de l’armée du Sud-Vietnam ; par la suite, le Zippo changea de main et c’est à cette occasion que les autres gravures y furent apposées.

Conclusion

« Montrez-moi un briquet, je vous trouverai une histoire… » .
C’est un peu ce qui est arrivé. Et il est toujours plaisant de faire ce cheminement de la petite histoire à la grande, d’effectuer ce « retour-amont » comme dirait un René Char. Les choses se disent, prennent sens et finalement éclairent.

Il en va des briquets comme de ces tableaux chinois sur lesquels figurent les marques des différents propriétaires; l'on peut ainsi voir et retracer l'histoire du tableau depuis son premier acquisiteur.

(1) Je tiens personnellement à remercier ici chaleureusement : John Conway, Mark Bacon, Linda Meabon, Don Lenny et Robert Munoz. If you read this page, be sure that I’m deeply grateful for your help !

6 octobre 2009

Anniversaire et réforme des armées indonésiennes


Avec le départ de Suharto et l’avènement de la Reformasi, les forces de défense nationale (TNI, Tentara Nasional Indonesia) - comme d’autres institutions d’ailleurs – se sont engagées dans la voie des réformes. Ces réformes ont été lentes, laborieuses, mais le fait est qu’un certain nombre d’entre elles ont été effectuées, même s’il en reste encore d’autres à mettre en œuvre.

Parmi ces réformes, une semble particulièrement cruciale aux yeux des activistes les plus en pointe : celle de la fin de la structure militaire territoriale. Selon les personnes qui souhaitent que disparaisse au plus vite la fameuse structure militaire territoriale, l’argument avancé est que celle-ci est un héritage de l’Orde baru (Ordre Nouveau) et qu’elle aurait été utilisée par le passé comme un moyen d’oppression dans le but de réduire au silence toute forme de critique contre le gouvernement ainsi que la liberté d’expression.

A ces personnes, il faudrait rappeler que tout de même, depuis 1998, l’Indonésie est devenue la troisième démocratie du monde après les Etats-Unis et l’Inde, d’autant plus avec les élections au suffrage universel direct de 2004 et de 2009. Ainsi, un des « arguments » de ces zélotes ne tient-il plus du tout, car autant que l’on sache, Abdurahman Wahid "Gus Dur", Megawati Sukarnoputri et Susilo Bambang Yudhoyono ne sont pas des dictateurs, ne sont pas des Suharto-bis, ter ou quater : ils sont l’expression de la réelle volonté populaire, laquelle les a porté à diriger l’Indonésie. Ces « réformateurs échevelés » qui veulent tout mettre à bas et très rapidement, iraient-ils jusqu’à soutenir que ces Présidents élus depuis 1998 ont utilisé la structure militaire territoriale pour affermir leur pouvoir, éliminer leurs adversaire et museler le peuple ?

Mais de quoi s’agit-il exactement ? La TNI possède depuis sa création en tant qu’armée révolutionnaire et populaire (non marxiste, faut-il le souligner, tant cela est un cas d’exception dans le monde) en plus d’éléments organiques éparpillés sur le territoire (et essentiellement à Java) des éléments qui « doublent » la structure administrative et qui fait qu’au total, du village à la province, du district à la région, des militaires sont présents, intégrés au sein d’unités territoriales (ce sont les Koramil, Korem, Kodam, Kodim, etc.).

Plusieurs éléments semblent défendre le maintien de cette structure militaire territoriale. Premièrement l’histoire et la culture de l’armée indonésienne. Armée révolutionnaire et populaire, la TNI dès sa création a opté pour cette structure souple et réactive, lui permettant - avec peu d’effectif - de défendre et de mener des actions contre le colonisateur hollandais mais aussi contre les japonais dans les derniers mois de la seconde guerre mondiale (on l’oubli souvent). Avec peu d’hommes, le Général Sudirman a pu ainsi maintenir le flambeau de la souveraineté proclamée par Soekarno et Md. Hatta, le 17 août 1945. Personne ne peut contester que sans la TNI l’Indonésie n’aurait pas eu son indépendance aussi rapidement. Est-il besoin de rappeler que lorsque les dirigeants politiques indonésiens ont été emprisonnés, seule la TNI était là pour poursuivre le combat et brandir l’étendard de l’indépendance. Ceci appartient maintenant à l’Histoire.

Aujourd’hui, la situation est différente, l’Indonésie n’est plus en guerre, elle ne lutte plus pour faire reconnaître son indépendance aux yeux des nations du globe. L’Indonésie est indépendante, certes, mais il n’en demeure pas moins que si l’on faisait un ratio du nombre de soldats par habitants dans tous les pays d’Asie du Sud-Est et même d’ailleurs, on s’apercevrait bien vite que l’Indonésie a un des taux existant le plus bas. Par ailleurs, compte-tenu du fait que la PolRI (la Police nationale indonésienne) n’est pas encore en mesure (du fait d’un déficit en effectifs et en matériels mais aussi en matière de compétence territoriale) d’assurer la sécurité intérieure, la TNI a encore un rôle à jouer avec sa structure militaire territoriale. Enfin, je pense que les civils indonésiens apprécient grandement de voir ces soldats relevant de cette structure militaire territoriale lorsqu’ils viennent les aider dans la construction de routes, d’hôpitaux, de bâtiments d’intérêt public, etc., ou encore lorsque ces mêmes soldats apportent leur concours en bras et en matériels lors de catastrophe naturelles (et Dieu sait que l’Indonésie est durement touchée ces derniers temps).

Un élément pourrait peut-être satisfaire et réconcilier non seulement les « activistes » de la réforme mais aussi les militaires indonésiens : la création d’une Gendarmerie Nationale : une force militaire dotée de pouvoirs judiciaires, maillant le territoire national, comme cela est le cas en France, en Hollande, en Italie, en Espagne et dans bien d’autres pays démocratiques, européens ou non. Et jusqu’à preuve du contraire, faut-il le souligner, ces pays ne sont pas des dictatures ; ainsi l’argument qui consisterait à lier 1) « militaire doté de pouvoir judiciaire », et 2) « pouvoir dictatorial ou répressif », ne tient pas.

Il faut ajouter, par ailleurs, que les BriMob (Brigades Mobiles) - unités spéciales relevant de la Police Nationale - ne tiennent pas actuellement ce rôle de Gendarmerie, compte-tenu d’une part de leurs maigres prérogatives en matière judiciaire et de leurs effectifs réduits, et d’autre part du fait que ce sont des unités « projetées » et non stationnées sur l’ensemble du territoire national.

L’Indonésie n’est pas un pays comme les autres : c’est un géant. Un géant physique, démographique et géopolitique (l'Indonésie pourrait très bien dans un futur proche apporter son initiale "I" à l'acronyme BRIC, désignant les pays porteurs du XXIème siècle, Brésil, Russie, Inde et Chine). Afin de maintenir son rang de géant d'Asie du Sud-Est, l’Indonésie se doit donc de penser en profondeur son identité et son corolaire, son intégrité ; et une intégrité cela se maintient non seulement vis-à-vis de l’extérieur mais par rapport aux éventuelles menaces intérieures. Il faut bien noter que le concept de « sécurité intérieure » n’est pas en lui-même synonyme de dictature ; c’est un axe de travail pour tout Etat qui se respecte lui-même et qui veille au bien être de ses citoyens. Est-il besoin de rappeler les différents attentats terroristes qui ont eu lieu sur le territoire indonésien pour prouver que ces menaces existent ? Sans oublier qu’il y en a d’autres, mais cela n’est pas notre propos ici.

La sécurité a un prix. Ainsi, (1) soit l’on augmente de manière très importante les effectifs de police (avec le matériel nécessaire) pour qu’elle soit présente de manière significative et satisfaisante sur tout le territoire indonésien, (2) soit l’on maintien la structure militaire territoriale telle qu’elle existe aujourd’hui (quitte à lui assigner des rôles plus stricts, plus cadrés et sur lesquels ces unités devront répondre devant la représentation nationale), (3) soit enfin, l’on créé une Gendarmerie Nationale Indonésienne avec les prérogatives inhérentes à ce genre d’unité : une unité militaire, relevant du Ministère de la Défense ou de l’Intérieur (ou des deux) mais ayant des pouvoirs judiciaires réels et bien précis (tels ceux de la PolRI), et opérant là où la police n’est pas ou peu présente, c’est-à-dire essentiellement dans les zones rurales.

Ce choix a faire est du ressort de l'exécutif après consultation auprès des représentants du peuple. Une décision doit donc être prise en ce domaine - et le plus tôt serait le mieux - afin, non seulement de faire taire ces "réformateurs extrêmistes", mais surtout de doter l'Indonésie d'une réelle et sérieuse capacité de résilience, dirons-nous (pour utiliser un terme en vogue).

Avant de « jeter le bébé avec l’eau du bain », nos « réformateurs professionnels » doivent penser à deux fois avant de demander ou d’exiger la fin pure et simple de la structure militaire territoriale. Réformer ne veut pas dire supprimer ; demander la fin de cette structure ne suffit pas : il faut proposer autre chose de tangible et de cohérent en remplacement, ceci pour poursuivre la fonction de sécurité intérieure du pays. Il en va de l’unité et de l’intégrité du territoire indonésien. Dirgahayu TNI ! [1]

[1] « Vive la TNI ! ». Cette institution a fêté récemment son anniversaire (64 ans), comme tous les 5 octobre.

2 octobre 2009

La nouvelle assemblée indonésienne

Suite aux élections générales de cette année, une des deux chambres - le DPR - a été pourvue dans les premiers jours d'octobre 2009.

23 septembre 2009

Le reniement de soi, c’est le début de la fin

Le Colonel Roger Trinquier en Algérie

Rien n’est anodin et surtout pas l’utilisation de procédures étrangères, de concepts étrangers dans la vie active quotidienne.

Au sein de l’armée française, dans le cadre de l’intégration européenne et américaine - sur les théâtres d’opération où l’OTAN sévit et la France obéit (1) - nous pratiquons des procédures élaborées par des anglo-saxons.

Une procédure n’a rien de banal car elle induit une façon de conduire les opérations, en un mot de conduire la guerre, avec ses concepts, ses approches, ses référents, ses pratiques. Dans l’excellent blog du journaliste Jean-Dominique Merchet, j’ai lu un post récent (23 septembre 2009) qui rapportait des propos d’un « colonel de l'armée de l'air (anonyme) qui a été, en 2008, French Senior Representative - Air Component Command, au sein de l'Alliance - d'abord à Kaboul puis au Qatar. Il détaille les règles d'engagement (ROE) lors des frappes aériennes en Afghanistan ».
Voici les propos de ce colonel :

"L'essentiel du travail tend à limiter le collateral dommage estimate (CDE), poursuit l'officier français (sic !). S'il n'y a pas de CDE, on tape, si les dommages collatéraux sont possibles, ça dépend, notamment du troop in contact (TIC). Et sous feu ennemi, on s'autorisait, pour soustraire un groupe allié à casser un peu de maisons, pour autant qu'il n'y ait pas de risques pour la population civile". "Il existe une no strike list (NSL) comportant 15 à 20.000 points interdits de bombardements : école, mosquées... Quand les pilotes reçoivent les coordonnées, il vérifie si c'est ou non une NSL, ou si une NSL est à proximité. Une mosquée conserve son statut de NSL, sauf si elle est utilisée pour le combat. Si des anti-coalition militia utilisent la mosquée, elle a alors un statut de poste de tir".

On se demande déjà en un premier lieu pourquoi ce Colonel utilise tant de termes anglo-saxons (cela frise le grotesque) alors que des équivalents français simples existent. Vanité dans l'utilisation d'un jargon, peut-être ?

Deuxièmement, on se demande si ce Colonel a assez de recul sur son activité pour juger des aspects négatifs, nocifs, de l’utilisation de concepts et de procédures étrangères. A penser dans une autre langue, à évoluer dans des concepts étrangers, on en vient à penser la réalité avec des outils conceptuels qui ne sont pas issus de notre génie propre et inéluctablement on en vient à être bientôt dépossédé de soi-même.

Le problème c’est que ce genre de pratique existe non seulement au sein de l’armée de l’air mais aussi dans les deux autres composantes (Marine et Terre) de nos forces armées. La chose est grave et mérite que l’on s’en inquiète.

Notre culture nationale, et ici notre culture militaire, s’évanouit peu à peu pour faire place à une culture, à un mode de pensée de l’hégémon du moment.

Ceci est loin d’être banal car s’il est bon de posséder (au moins) une autre langue, il en va différemment quand on agit - quotidiennement - selon les injonctions de cette autre langue, les cadres de pensée et principes étrangers. On en vient à mener la guerre autrement, selon les règles et principes étrangers. Tout cela parce que l’on ne pense plus la guerre (en français), parce qu'on ne pense plus tout court. On agit tels des supplétifs décérébrés moyens, en bons petits soldats de l’hégémon, pour les intérêts, le bien et au service irréfléchi de celui-ci.

Pour maquiller cette défaite de la pensée, nos décideurs responsables et coupables de la chose, avancent des « nécessités pratiques conjoncturelles » (2), des économies d’échelle, etc. Il est bien connu que pour tuer son chien, il est bon de l’accuser d’avoir la rage…

Voilà par exemple que l’on redécouvre en France nos propres penseurs et stratèges militaires (après les avoir rejeté, banni) - tels Roger Trinquier et David Galula - pour la simple raison que les américains en font aujourd’hui l’éloge et en trouvent les mérites, au point même de mettre en pratique ces idées et principes (français d’origine) dans le conflit afghan.

Le Général US Petraeus sauveur de la pensée militaire française ? Il faut dire que le conflit indochinois (1946-1954) a confronté nos jeunes officiers - notamment les Capitaines, comme Trinquier (3) - à un type de guerre jusque là inconnu ; ces brillants soldats ont pensé le conflit qu’ils vivaient (la guerre révolutionnaire) et en ont tiré les enseignements (les RETEX comme on dit de nos jours) au point de théoriser ce que Trinquier appelait cette « guerre moderne », en mettant au point les principes de contre-guérilla, de contre-insurrection. Cet enseignement nous fut très utile en Algérie et il a porté ses fruits puisque le conflit fut gagné militairement par les français (4).

A ne plus penser par soi-même, on oublie très vite qui l'on est, d'où l'on vient et bien sûr où l'on va.


Notes:
(1) Parlons clair !
(2) practicle military necessity, comme dirait notre Colonel de l'armée de l'air anonyme...
(3) Il commença sa participation au conflit indochinois au sein des Commandos Ponchardier en 1946 pour ensuite devenir le chef des GCMA puis GMI.
(4) Politiquement, c’est autre chose… Ce fut une défaite dans laquelle nos soldats n’ont aucune responsabilité.