30 avril 2010

Le réveil de l’Asie au sein d’un monde multipolaire

Chine et Inde, acteurs phares d’une nouvelle géopolitique mondiale
NB: une version succincte de cet article est publiée dans le numéro de Mai 2010 du mensuel Le Spectacle du Monde.

« C’est uniquement lorsque la Chine et l’Inde se développeront que l’on pourra affirmer que le siècle de l’Asie est venu. Si la Chine et l’Inde renforcent leur coopération, l’unité de l’Asie, la stabilité et la prospérité seront au rendez-vous, le monde sera en paix et fera plus de progrès. »
Deng Xiaoping, cité par Sun Yuxi, Ambassadeur de Chine en Inde le 31 mars 2006, dans le People's Daily Online.


A vouloir rejeter l’Histoire, elle revient fatalement en pleine face. Quand au début des années 1990, Charles Krauthammer a popularisé la notion de « moment unipolaire » (1) - suivi, on s’en souvient, par Francis Fukuyama et sa théorie sur la fin de l’Histoire - c’était vite oublier que l’homme existait encore avec sa capacité à changer les choses du monde, l’ordre du monde. C’est ce qui est advenu, dans ce monde de l’après guerre froide, quand l’hégémon (américain) à perdu de sa superbe, dans cette éclosion d’acteurs géopolitiques jusqu’à lors étouffés dans les coalitions du monde bipolaire américano-soviétique.

Depuis la chute de l’URSS en 1991, nous sommes entrés dans une phase nouvelle dans les relations internationales, ce qui a pu faire accroire à certains que le temps de la paix perpétuelle, de la démocratie, des droits de l’homme et du libéralisme économique était arrivé. Très vite, nous nous sommes aperçus qu’il n’en était rien, que la marche du monde faisait éclore des forces régionales et nationales en dehors du monde occidental, en un mot que l’Histoire était toujours là, agissant de ses forces souterraines, souvent invisibles et irréfragables, que les civilisations n’étaient pas mortes, déployant dans le temps long - cher à Fernand Braudel - leurs tendances lourdes et fondamentales.

Ainsi, au sortir de la guerre froide, avons-nous vu les dragons du sud-est asiatiques s’emballer bien vite sur la route de la prospérité ; bientôt ce fut le tour de ce que l’on a appelé les pays émergeants ici et là et pas seulement en Asie. Mais, même à cette époque, le regard occidental était encore condescendant vis-à-vis de la plupart de ces pays ; puis, vint le temps d’une légère crainte (occidentale) face au développement rapide et spectaculaire de ces pays tout en bénéficiant des retombées issues de la production effrénées et à bas coût qui s’opérait au loin. Mais l’arrogance et la suffisance repris le dessus quand survint la crise financière - puis économique - de 1997 ; une crise foudroyant essentiellement les économies en plein essor de ces pays du sud-est asiatique. Mais le temps à passé. En moins de cinq ans, un grand nombre de ces pays se sont relevés - d’autres pas ou pas encore. Cependant, deux géants ont gardé de manière intangible le cap du développement, focalisant de plus en plus - et à force raison - les attentions : l’Inde et la Chine, l’éléphant et le dragon (2)…

Quand le Président Barack Obama a annoncé au sommet du G20 à Pittsburg que le G20 remplacera le G8, il reconnaissait implicitement que l’ordre mondial post seconde guerre mondiale avait vécu. Et c’’est un peu une billevesée aujourd’hui que de dire que l’Asie devient le centre des affaires du monde. Néanmoins, il faut regarder les faits et les apprécier en perspective - sans basculer dans un prospectivisme échevelé, tant la géopolitique « est un savoir segmentaire dont la première caractéristique est de s’interdire les prophéties », pour reprendre les termes de François Thual (3).

Un déplacement du centre de gravité géopolitique

De la même manière que l’on a pu parler du XXème siècle comme étant celui des Etats-Unis, le début du XXIème siècle peut être vu comme celui de la Chine et de l’Inde. Effectivement, la hiérarchie mondiale que nous connaissions depuis la fin de la seconde guerre mondiale et qui s’est surtout mise en place dans les années 60/70, la fameuse hiérarchie de la Triade Etat-Unis/Europe/Japon, est très fortement remise en question (4).

La montée en puissance de ces deux pays, et vraisemblablement d’autres comme le Brésil et même l’Indonésie, conduit immanquablement à une nouvelle donne dans les relations internationales, modifiant d’une manière définitive les institutions et les pratiques issues de la seconde guerre mondiale. Henry Kissinger constate ce glissement du centre de gravité des affaires internationales, de l’Atlantique au Pacifique et à l’Océan Indien ; un glissement qu’il qualifie tout simplement de révolution (5). Et paradoxalement, poursuit-il, cette redistribution de puissance s’opère vers une partie du monde où les nations conservent encore les caractéristiques des Etats traditionnels européens.

La Chine est dès à présent le troisième producteur de biens manufacturés au monde ; il va même dépasser le japon très prochainement. L’Inde de son coté, bien qu’en deçà de la Chine, recèle également déjà une potentialité économique considérable.

La demande croissante chinoise et indienne en matière d’énergie, amène ces deux pays à vouloir sécuriser de plus en plus l’accès à leurs fournisseurs. Ceci fait qu’ils passent d’acteurs régionaux au rang de puissances globales.

La politique énergétique extérieure de la Chine pourra être plus ou moins agressive par rapport aux autres grands pays consommateurs. Même si elle n’est pas agressive, elle bouleverse le jeu par sa masse et entraînera des effets « d’éviction ».

Leviers géopolitiques

En plus d’être un immense marché, la Chine possède un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU et son arsenal nucléaire est reconnu par le Traité de non-prolifération. Elle fait à présent partie de l’Organisation Mondiale du Commerce, jouant un rôle très important. Elle possède une des premières armées du monde (6).

La Chine est de plus en plus présente à l’échelle régionale asiatique. Lors du Tsunami de décembre 2004, elle a déboursée des sommes très importantes pour l’aide aux pays sinistrés, une aide dont le volume est du jamais vu dans l’histoire de la Chine, avec l’équivalent du montant de l’aide de l’UE. Ceci est un signal fort de la volonté chinoise de s’affirmer sa prééminence sur la scène asiatique.

L’Océan Indien charrie plus de la moitié du commerce énergétique mondial et la Chine et l’Inde sont les deux plus gros marchés en développement du monde en matière d’énergie, c’est donc là que résident les enjeux géopolitiques futurs et même déjà actuels. Cette demande en énergie est un facteur majeur dans la modélisation de la politique étrangère et de défense de ces deux pays ; cela ne pourra aller qu’en se développant.

En 1994, la consommation totale de pétrole des pays asiatiques est devenue équivalent à celle des Etats-Unis. En 2004, la Chine dépassait le Japon. Et comme l’Asie ne dispose pas des ressources énergétiques suffisantes, ni diversifiées (7), à son développement, amenant des changements géopolitiques majeurs. Déjà, cette volonté de diversification se traduit aujourd’hui par l’intéressement des Chinois au Venezuela, au Gabon ou encore au Congo, et tentent d’orienter une partie du pétrole russe vers leur pays.

Suite à la dernière crise économique mondiale, l’on a pu observer que la Chine et l’Inde avaient bien résisté. Les relations économiques entre les deux pays sont excellentes. Toutefois, ces relations économiques ne se reflètent pas encore au niveau politique. Le déficit de confiance entre les deux pays est à présent l’obstacle principal à une mutuelle coopération ; l’épine pakistanaise (Pékin soutient officiellement Islamabad (8)) rend encore impossible un authentique et total rapprochement entre la Chine et l’Inde.

Aujourd’hui, la Chine et l’Inde sont devenus les plus gros utilisateurs de téléphones portables et d’ordinateurs. Cependant les programmes qu’ils utilisent sont américains. Ensemble, Inde et Chine peuvent mettre un terme à ce monopole américain dans le domaine des logiciels ; c’est un axe de coopération qui est déjà évoqué par les deux pays.

Manifestement, la Chine et l’Inde sont amenés à se rencontrer de plus en plus dans l’Océan Indien ; et, de l’attitude qu’ils auront l’un par rapport à l’autre, se décidera la stabilité régionale et mondiale. La Chine, qui se développe plus rapidement que l’Inde, « manifeste une volonté de puissance plus déterminée (9) » ; on observe effectivement que « la Chine opère un retour important à la maritimité (10) ». Cela se manifeste, entre autre, par le fameux « collier de perles chinois » tout autour de l’Océan Indien.

Le collier de perles chinois des mers chaudes.

La Chine, depuis l’ouverture de 1978 et la libéralisation de l’économie de Deng Xiaoping, s’est concentrée sur sa croissance économique, en faisant le pari de la durée. En effet, les Chinois considèrent qu’ils ont le temps avec eux. De plus, la conscience de la supériorité de la civilisation chinoise est bien établie ; cela leur donne comme une sorte de sérénité. « Rome et la Chine présentent des caractéristiques similaires, notamment, d’une part, des structures économiques et politiques très sophistiquées et, d’autre part, une reconnaissance, largement admise, de la supériorité culturelle du centre, assurant cohésion et légitimité. (11)» En Chine, ce sont les Hans qui maintiennent cette cohésion depuis des millénaires. La civilisation chinoise, s’étant étendue « à partir de la base de peuplement des Hans, grâce à la solidité de sa structure étatique. (12)»

Des atouts chinois et indiens

En 2025, près des deux tiers de la population mondiale vivra en Asie. A la même date, la production mondiale aura doublé (par rapport à 2005) et la Triade USA-UE-Japon aura cessé de dominer le monde économiquement. Parallèlement, le groupe constitué de la Chine, de l’Inde et de la Corée pèsera alors aussi fort que celui de l’UE, mais l’UE ne sera plus toutefois le premier exportateur mondial.

La Chine est actuellement le plus grand créancier des Etats-Unis avec deux mille milliards de dollar, ce qui fait d’elle le plus grand actionnaire de l’économie américaine et, consécutivement, de l’économie mondiale. Chaque année, l’écart entre la Chine, les Etats-Unis et le Japon diminue. Dans moins de 30 ans, le PNB chinois dépassera le PNB américain, même si par habitant, il n’en représentera seulement que le quart.

Certains analystes tempèrent néanmoins ce formidable essor, disant qu’il « est loin d’être certain que la Chine parvienne à maintenir, pendant les vingt ans qui viennent, ses taux de croissance spectaculaires. (13) » Néanmoins, en termes de poids économique dans le système mondial, la Chine dépassera les Etats-Unis à l’horizon 2020.

L’Inde, de son côté, a pris son essor plus tardivement que la Chine, et n’a pas atteint le même poids économique. Son développement, son libéralisme économique, ont démarré dans les années 1980, mais ce sont surtout les réformes économiques entreprises par le Minuistre des Finances indien Manmohan Singh (14), à partir de 1991, qui ont propulsé l’Inde au rang des pays se développant les plus vite au monde.

La force de l’Inde réside dans le fait que c’est un Etat de Droit similaire à celui des pays occidentaux, c’est un état stable. Il est un membre ancien du GATT et de l’OMS. Si, tout comme la Chine, l’Inde sait attirer les investisseurs étrangers, elle favorise cependant davantage les entrepreneurs locaux. De plus, l’Inde a de nombreuses entreprises privées étrangères à haute valeur ajoutée sur son sol (Infosys, Ranbaxy, Bajaj Auto, Mahindra, etc.) et elle a su développer une Silicone Valley indienne (Bangalore). L’Inde a, par ailleurs, une des quatre armées des plus puissantes du monde.

Certes l’Inde ne bénéficie pas totalement encore, contrairement à la Chine, de la reconnaissance mondiale de sa puissance. Cependant elle cherche à y remédier. Le fait qu’elle cherche à avoir un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU est un bon exemple. De même sa présence régulière comme invité au G8. On observe, par ailleurs, que l’Inde puissance d’Asie du Sud, se transforme aujourd’hui en une puissance asiatique et qu’elle a des ambitions mondiales. La population indienne en âge de travailler continuera à augmenter jusqu’à l’horizon 2020 (contrairement à la Chine qui a des problèmes démographiques indéniables (15)).

Les faiblesses de l’Inde résident, entre autre, dans son conflit latent (il ne le fut pas toujours d’ailleurs) avec son voisin pakistanais. Elle est certes un partenaire de l’ASEAN et membre de l’East Asian summit mais ses liens institutionnels avec l’Asie orientale et du Sud-Est sont minimes ; l’Inde n’est pas encore un participant à part entière sur la scène régionale asiatique.

Il existe des facteurs de convergence entre l’Inde et la Chine, et ceci ne peut qu’inquiéter les américains. Indiens et Chinois sont d’accord pour défendre ensemble l’idée d’un monde multipolaire, pour affirmer le respect du droit international et donc de la souveraineté des états, pour refuser un « leadership » mondial américain. D’ores et déjà, depuis 2005, les deux pays ont opéré un rapprochement militaire et effectuent des manœuvres communes (16).

Les Etats-Unis vs Chine

« En Asie, deux types d’ajustements définiront la diplomatie du XXIème siècle : les relations entre les grandes puissances asiatiques (Chine, Inde, Japon et probablement l’Indonésie) et comment les Etats-Unis et la Chine interagiront ensemble. (17) »

« L’Eurasie demeure le seul théâtre sur lequel un rival potentiel de l’Amérique pourrait éventuellement apparaître.(18) » Et sur ce théâtre, à partir des années 1990, on a vu apparaître dans la littérature stratégique et géopolitique américaine, de manière centrale, la préoccupation de la Chine. La plupart des Think tanks américains (Rand, Harvard, Brookings, etc.) fourmillent de travaux en ce sens, tant la Chine apparaît bien comme le premier défi à leur suprématie mondiale. Cependant, si la Chine est sans conteste un rival, elle n’en n’est pas pour autant un ennemi inévitable.

Outre ceux de la diaspora, les chinois sont présents et actifs sur tous les continents (Afrique, Amérique Latine, Moyen-Orient). En conséquence, de nouveaux rapports géopolitiques naissent ou vont advenir, modifiant totalement l’ordre du monde. Aujourd’hui, où il est de plus en plus difficile de séparer l’économique du stratégique, la Chine apparaît comme le rival à la fois économique et militaire des Etats-Unis.

Quand une puissance nouvelle apparait et que décline la puissance de celui qui dirigeait jusqu’à lors, une rivalité stratégique s’ensuit logiquement et un affrontement – pouvant conduit jusqu’à la guerre – devient inévitable. C’est ce qui s’est passé en Europe entre 1870 et 1903, entre la Grande Bretagne et l’Allemagne (la Mer contre la Terre), conduisant au premier conflit mondial. Mais toutes ces transitions entres puissances ne se terminent pas nécessairement par une guerre. Entre 1918 et 1945, la Grande Bretagne a ainsi passé le relai aux Etats-Unis, sans qu’il y ait conflit entre les deux puissances. De même, entre 1945 et les années 1990, le Japon s’est grandement développé économiquement au point d’inquiéter quelque peu les Etats-Unis sans que jamais Tokyo ne remette en cause l’ordre mondial existant.

Le Japon est l’allié des Etats-Unis depuis 1945, mais le développement de puissance chinois peut perturber les termes de cette alliance. Zbigniev Brzezinski précise que « les Etats-Unis doivent se prémunir contre l’éventualité d’un développement de l’axe sino-japonais (19) ». Et le membre de la commission trilatérale et ex-conseiller du Président des États-Unis Jimmy Carter de poursuivre : « un tel axe déstabiliserait la région et provoquerait le désengagement des Etats-Unis, subordonnant la Corée et Taïwan à la Chine, mettant le Japon à la merci de cette dernière. (20)»

Mais ce que les stratèges américains craignent surtout, c’est que l’interdépendance entre les pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient et la Chine ne favorise des rapprochements politiques. Pour prévenir une telle suprématie chinoise, les américains ont mis en place une stratégie s’articulant sur différents volets : le contrôle de la dépendance énergétique chinoise, bien sûr ; mais aussi, l’encerclement de Pékin par un développement des relations américaines avec des pays limitrophes de la Chine (une sorte de ceinture pro-américaine), d’une part, et la refondation d’une sorte de Moyen-Orient orienté vers Washington, d’autre part ; puis, le désir de rendre plus étroites les relations entre les Etats-Unis et l’Inde ; enfin, la volonté de neutraliser la capacité de dissuasion chinois par un bouclier anti-missile.

Quoiqu’il en soit, le moment unipolaire américain va inévitablement arriver. De la façon dont les Etats-Unis vont réagir à cette montée chinoise, en découlera le sort du monde, voire la paix mondiale. Et d’aucun observateur américain d’avancer que si l’affrontement du 21ème siècle se faisait entre les Etats-Unis et la Chine, cette dernière aura l’avantage ; par contre, si cet affrontement se faisait entre la Chine et un système occidental revisité, l’Ouest triompherait. Cependant, cette dernière option ne diffère en rien de la situation présente : les Etats-Unis restant le « pays phare » (21) du monde occidental.

La Chine renversera-t-elle l’ordre existant ou en fera-t-elle partie ?

« Le retour d’une Chine sûre d’elle-même (…) est certainement (…) l’un des facteurs géopolitiques les plus importants pour le 21ème siècle. (22) »

La montée de la Chine et de l’Inde renforcera déjà à moyen terme le rôle des nations dans les relations internationales, donnant, peut-être, un exemple à suivre aux pays de la vielle Europe. Les états resteront encore des acteurs géopolitiques majeurs, incontournables et, parallèlement, nous assisterons à un réajustement au sein des organisations internationales ceci à partir du poids géopolitique qu’auront atteint ces états. Ces puissances nouvelles feront alors entendre et valoir leur point de vue respectif.

Il en résultera une compétition, des défis nouveaux, « un monde que nous n’avons jamais encore vu (23) », en un mot, une nouvelle donne géopolitique. En effet, en prenant conscience du poids qu’elle représente, la Chine essayera naturellement d’utiliser son influence grandissante pour refonder les règles et les institutions du système international à l’aune de ses intérêts.

La Chine a sans doute la capacité de se hisser à la tête du monde mais comme le dit Aymeric Chauprade, cependant « elle n’a pas de programme de transformation des peuples, ni de projet universaliste, du moins à l’heure actuelle. » En cela elle diffère de l’hégémon américain. Ce que l’on a pu constater jusqu’à présent, c’est que la Chine joue parfaitement le jeu des instances internationales et elle ne les remet pas en cause. Elle ne menace pas l’ordre du monde, elle cherche juste à faire valoir ses intérêts, ce qui est parfaitement légitime. Pékin a déjà remporté des victoires, comme sur les réformes donnant plus de place et une voix plus importante au sein du FMI non seulement à la Chine mais aussi au Mexique, à la Corée du Sud et à la Turquie (24).

Ce que l’on observe aussi, c’est que la Chine mène déjà son commerce avec l’Inde, la Russie et le Brésil dans les propres devises de ses partenaires. De plus, avec la proposition du Gouverneur de la Banque Centrale chinoise de créer graduellement une unité de réserve « alternative », se dessine la question de la suprématie du Dollar dans les transactions mondiales.

Dans cette transformation du monde, la Chine et l’Inde ne seront pas les seuls à grimper dans l’échelle de la puissance géopolitique ; d’autres pays comme la Russie (25), le Brésil et vraisemblablement l’Indonésie seront de la partie. Ce dernier pays, par exemple, qui a déjà depuis quelques années un taux de croissance de 6 à 7%, va voir sa population, avant dix ans, passer de 226 à 250 millions d’habitants. De plus, compte-tenu de ses immenses ressources, l’Indonésie est potentiellement un des acteurs géopolitique majeurs des décennies à venir.

Comme le rapporte une étude (26) sur les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), aux alentours de 2050, les économies groupées de ces pays seront plus grandes que celles des pays du G6 à son origine (Allemagne, France, Italie, Japon, Grande Bretagne et Etats-Unis).

L’Asie du Sud-Est bénéficiera d’investissement de plus en plus important de la Chine. Alors qu’il y avait des rivalités importantes entre la Chine et la périphérie du Sud-Est asiatique, ces dernières années la Chine et l’ASEAN se sont rapprochées fortement. L’attractivité semble l’emporter sur les dynamiques de rivalité, d’affrontement. Il est clairement annoncé aujourd’hui (27) que le développement des relations entre l’ASEAN d’une part et la Chine et l’Inde d’autre part, « sera un jeu gagnant-gagnant, toutes les économies en bénéficiant ». Parallèlement, des changements se feront de plus en plus sentir dans les relations qu’entretient l’ASEAN avec les Etats-Unis, le Japon et les autres puissances.

L’ASEAN en tant que communauté veut parvenir à un équilibre dans ses rapports avec la Chine et l’Inde. Cette organisation souhaite d’ailleurs parvenir à la création d’une Communauté Economique de l’ASEAN (AEC) à l’horizon 2020.

Quant au Japon, il devra définir, dans un proche avenir, son attitude vis-à-vis de la Chine, son partenaire économique numéro un : agir contre ou avec elle. Un choix dans lequel les américains intervenir nécessairement, avec les implications stratégiques que l’on peut imaginer.

Un autre pays sera bientôt touché par cette montée chinoise : le Pakistan. En effet, Islamabad va se retrouver très bientôt à la croisée des chemins, devant opter soit pour la Chine avec laquelle il est en transaction économique et même stratégique ou les Etats-Unis, son allié traditionnel de la guerre froide. Le grand écart ne pouvant plus durer, Islamabad choisira plus vraisemblablement Pékin que Washington.

Incertitudes géopolitiques

La montée en puissance de la Chine et de l’Inde ne peut être observée de façon neutre. Les Etats-Unis réagiront d’une manière ou d’une autre. Trois « modèles » (28) apparaissent devant les changements en cours et ce déplacement du centre gravité des affaires mondiales.

Le premier pouvant être qualifié de « réaliste classique », développé par Nicolas Machiavel dans ses Discours sur la première décade de Tite-Live. Machiavel avançait que lorsqu’un état est confronté à un tel défi, les régimes prospères n’ont empruntée qu’une seule voie, et cette voie est… la guerre préventive.

Le second est le modèle (réaliste conventionnel), est proche de celui de George Kennan et qui fut mis en place durant la guerre froide. C’est la stratégie du containment global. Il consiste à ne pas attaquer son adversaire, à ne pas opérer un travail de sape à son encontre car cela se révèlerait trop coûteux. A la place, il s’agit de créer un rideau de fer pour empêcher l’adversaire de vous perturber et, ceci, de « toutes les manières possibles ».

Le dernier modèle de réponse dans ce changement de gravité des affaires du monde est le modèle internationaliste libéral ; c’est le modèle kantien, développé plus récemment par Norman Angell au tout début du XXème siècle, lequel consiste à démocratiser les pouvoirs émergeants. Selon les inspirateurs de ce modèle, la démocratie assure la création d’une union pacifique et une absence de conflit. Il s’agit en fait de développer l’interdépendance économique des puissances émergeantes car cette interdépendance développe le coût d’un conflit éventuel au point où la guerre comme option ne peut plus être envisagée.

Toutefois, compte tenu de la multiplicité des antagonismes, des acteurs, des situations, aucun de ces trois modèles ne se manifestera de manière exclusive et pure ; c’est bien plutôt une réponse mêlant alternativement et/ou conjointement les différents éléments des trois modèles qui verra vraisemblablement le jour durant la première moitié du XXIème siècle ; mais le monde sera néanmoins autre, tout autre que celui dans lequel nous vivons. Par ailleurs, le fait qu’il n’y aura aucune réponse-modèle pure, fera que les dynamiques géopolitiques resteront bien vivantes, vivaces, ceci dans un monde immanquablement multipolaire.

Le tout étant de savoir si cela relève d’une chance pour nous que d’être les témoins de ces changements, puisque cela se déroule sans que les dirigeants européens - et français en particulier - ne semblent avoir la volonté d’être des acteurs de ce jeu mais plutôt des sujets. Dans ce dernier cas, si se poursuivait cette inaction européenne, est arrivé « ce qui de toute façon devait advenir et notre malheur a été de naître à ce moment où devait se produire un tel désastre » (29).


Notes :

1) Dans sa conférence du 18 septembre 1990 au Henry M. Jackson Memorial et peu après dans son essai paru dans Foreign Affairs, Vol. 70, No. 1, America and the World 1990/91 (1990/1991), pp. 23-33.
2) Pour reprendre le titre de l’ouvrage de Robyn Meredith, The Elephant and the Dragon : The Rise of India and China and What It Means for All of Us publié chez W. W. Norton (2007).
3) Géopolitique des conflits identitaires. Editions Ellipses (1995); 3ème partie, chapitre XX, p.169.
4) Cf. Aymeric Chauprade, conférence prononcée le 24 mars 2005, à l’Hôtel national des Invalides au profit du Trinômes de l’Académie de Paris.
5) The real debate we need, in Khaleej Times du 14 avril 2008.
6) Ceci est à tempérer car demeure la question de l’obsolescence technique du matériel utilisé par l’Armée Rouge.
7) Pour l’ensemble de l’Asie, 70% des importations viennent du Moyen-Orient et les projections à 2015 indiquent qu’il représentera alors 90% de leurs importations.
8) Officiellement car Pékin a révisé sa posture diplomatique de soutien indéfectible aux agissements pakistanais.
9) Ashley J. Tellis, dans son chapitre India in Asian Geopolitics in Rising India, p.122 in Friends and Foes. Essays in honnour of Prof. M.L. Sondhi; Prakash Nanda Editions (2007).
10) Aymeric Chauprade et François Thual, Dictionnaire de géopolitique, chapitre Chine ; Editions Ellipses (1999).
11) Zbigniev Brzezinski, Le Grand échiquier, p.41 ; Bayard Editions (1997).
12) Aymeric Chauprade et François Thual, Op. cit.
13) Zbigniev Brzezinski, Op. cit. p.207.
14) Devenu en 2004 Premier Ministre.
15) Ceci à cause de la désastreuse politique de l’enfant unique. Près de 400 millions de chinois auront plus de 65 ans en 2020.
16) Alors qu’en 1962, les deux pays se faisaient la guerre pour des litiges frontaliers.
17) Henry Kissinger, The real debate we need, in Khaleej Times du 14 avril 2008.
18) Zbigniev Brzezinski, Op. cit. p.67.
19) Zbigniev Brzezinski, Op. cit. p.85.
20) Zbigniev Brzezinski, Op. cit. p.235.
21) Pour reprendre une expression de Samuel P. Huntington.
22) Aymeric Chauprade et François Thual, Op. cit.
23) Ashley J. Tellis, Op. cit. p.110.
24) Réunion du FMI à Singapour en Septembre 2006.
25) Toutefois, un facteur crucial vient grever la Russie : la chute de sa population active d’ici dix ans.
26) Goldman Sachs Report, Cf. Foreign Affairs, Janvier/Février 2008.
27) Ce sont les termes même du rapport spécial consécutif au séminaire « East Asia’s New Stage of Economic Integration » de l’Organisation du commerce extérieur du Japon (JETRO) qui s’est tenu le 26 juin 2006.
28) Ashley J. Tellis, Op. cit.
29) François Guichardin, Avertissements politiques 189, p.125 ; Editions du Cerf (1988)

14 décembre 2009

Chant de la promotion « Colonel Jean Sassi » - 4e bataillon de l’ESM de St-Cyr

1.
Revenant de la campagne de France,
Vous vous redressez soldat Jean Sassi.
Préparant le jour de la délivrance,
Vous sabotez les armes de l’ennemi.

Refrain.
Courageux et toujours volontaire,
Quel qu’en soit le prix, servir la patrie.
Officier français, noble chef de guerre,
Colonel Jean Sassi, la promotion vous suit.

2.
Valeureux soutien de la Résistance,
Jedburgh, infiltré au coeur de l’action.
Parachuté aux bords de la Durance,
Vous libérez le pays de Briançon.

3.
Au 11ème Choc, combattant d’élite,
De simples soldats vous faites des héros.
Derrière Bagheera se forge le mythe,
De ce bataillon brandissant le drapeau.

4.
Dans Dien Bien Phu des soldats français meurent.
Dans la jungle vous partez les épauler.
Deux milles Méos suivant avec ardeur,
Vous secourez vos compagnons rescapés.

5.
Fidélité, force et sens de l’honneur,
La guérilla comme loi du terrain.
Audacieux vous défendez vos valeurs
« Qui ose gagne » tel sera notre destin.

8 décembre 2009

Promotion « Colonel Jean Sassi »

Poste de commandement de l'ESM et cour Rivoli.

Le 3 décembre dernier s’est déroulée à l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr, la cérémonie de baptême de promotion du 4ème Bataillon.

Ayant eu le privilège d’être présent (1), j’ai pu suivre les étapes de cette journée, circuler quelque peu dans l’enceinte de l’Ecole, rencontrer différentes personnes et évoquer le souvenir du Colonel Sassi.

Après le déjeuner au Cercle Wagram, les personnes (élèves, familles, parrains et autres invités) se sont dirigées vers l’amphi du Cour Marengo. Devant une salle pleine, après avoir été appelé à la tribune, Yves Sassi - fils du Colonel Sassi - intervînt sobrement pour parler de son père. Une évocation en retenue et finesse, brève mais solennelle.

Dans l'amphi lors de la présentation du parrain.

Quatre élèves-officiers évoquèrent ensuite la biographie du parrain de leur promotion ; à cette occasion de nombreuses photos de la vie tumultueuse et bien remplie du Colonel Sassi furent projetées sur le grand écran. Le petit film réalisé par l’ECPAD sur le GCMA-antenne Laos (2) fut également présenté à l’assistance.

Puis le Lieutenant-Colonel Michel David intervint pour parler d’un des aspects de la vie militaire du Colonel Sassi, à savoir les maquis dans la guerre d’Indochine et plus particulièrement des maquis Malo/Servan au Nord du Laos. A cette occasion, le LCL David parla des Hmongs (appelé communément Méos), communauté montagnarde à laquelle le Colonel Sassi s’était tant attaché. Ce lien fut réciproque. La preuve en était d’ailleurs par la présence dans l’amphithéâtre même, d’un groupe de Hmongs habitant en France, dont le fils de Touby Ly Phoung (3).

Puis ce fut le tour de l’intervention de Bob Maloubier. Figure des services spéciaux, Maloubier évoqua son parcours de « saboteur en chef » durant la seconde guerre mondiale et ses rencontres avec son camarade de combat « Nicole » (pseudo du LTN Sassi à l’époque), notamment à Napé au Laos en 1945 où ils combattirent ensemble contre les soldats japonais aidés du Viet Minh naissant.

La pucelle du 4ème Bataillon

L’insigne de promotion fut ensuite présenté à la salle, l’orateur en détaillant la symbolique (4). Le chant de promotion fut révélé également, chaque strophe relatant un épisode phare de la vie militaire du Colonel Sassi.

Une fois cette réunion achevée, le LCL David et Bob Maloubier dédicacèrent leurs ouvrages respectifs (5), tandis que d’aucuns pouvaient acheter du Champagne à l’effigie de la promotion.

Vers la fin de l’après-midi, un tour au Musée du Souvenir s’imposa. En dehors de l’exposition permanente à l’étage, l’on pouvait admirer les vitrines consacrées au Colonel Sassi, regroupant documents, photographies, armes, fanions, drapeaux et médailles.

Entrée du Musée du souvenir

A dix-neuf heures commençait la cérémonie sur les dalles mouillées du Cour Rivoli, derrière le poste de commandement des Ecoles, sous le commandement du Général Éric Bonnemaison, Commandant les écoles de Saint-Cyr Coëtquidan et en présence des autorités civiles de la région et du département.

Après la mise en place des troupes, le Cour Rivoli fourmillait d’uniformes bigarrés ; les Saint-Cyriens en Grand-U avec shako et casoar, les Polytechniciens en tenue noire et bicorne, les EMIA, EMCTA et le corps techniques des élèves-Ingénieurs des études et techniques de l'armement en tenue bleue et képi, et bien sûr le 4ème Bataillon en tenue « terre de France » et gants blancs, sans oublier les deux drapeaux et leur garde respective : celui de l’ESM et celui du CPIS (Centre Parachutiste d’Instruction Spécialisée).

Sous un grain breton « traditionnel », eurent lieu tout d’abord la cérémonie de remise des épaulettes d’officier par les parrains des élèves, puis la remise du sabre, symbole du commandement. Une remise de décorations, une revue des troupes eurent lieu également. Puis vint le moment tant attendu de l’Ordre du jour n°4, celui du baptême à proprement parler : Question : « Quel nom donnez-vous au 4ème Bataillon ? » Réponse : « Ce Bataillon portera le nom de Colonel Jean Sassi ! ». Quelques temps après, ce furent les dispositions préparatoires au défilé. Lumières éteintes, toujours sous le grain décidément tenace, du haut de l’avenue d’Austerlitz l’on entendit bientôt résonner pour la première fois le chant du Bataillon nouvellement promu. Le phare de poursuite éclaira alors la troupe qui descendit vers le Cour Rivoli pour se placer, après s’être scindé en deux, sur les dalles carrées, face aux tribunes.

Cour Rivoli et avenue d'Austerlitz

Sous un grain plus léger, la cérémonie s’acheva bientôt sous les applaudissements des personnes en tribune.

L’ensemble des personnes (plusieurs centaines de civils et militaires) se dirigea alors vers le Cercle Le Puloch, pour le cocktail offert par le Général Bonnemaison et ouvert, après une allocution rapide du Commandant des Ecoles, par une petite cérémonie musicale traditionnelle exécutée par quelques Hmongs aux colliers d’argent.

Groupe Hmong dont le fils de Touby Lyphoung (X sur la photo) et personnel du CPIS.

La collation fut l’occasion de discuter avec diverses personnes, dont les membres de Bagheera bien représentés et reconnaissables à leur tenue.

Le cocktail fut alors suivi d’une soirée dansante.

Ce 3 décembre 2009, le Colonel Sassi fut dignement honoré (6) et son nom est désormais lié à Saint-Cyr, gravé officiellement dans la mémoire de l’école.

Les officiers fraîchement émoulu du 4ème bataillon - essaimés aujourd’hui au sein de différentes unités militaires pour quelques mois - garderont, nous l’espérons, l’esprit combattif, l’abnégation, le courage ainsi que la foi en nos couleurs, autant de qualités qui animaient leur parrain jusqu’à ce jour de janvier 2009, lorsqu’il nous quitta.

Notes :

(1) je tiens ici à remercier le Lieutenant-Colonel Olivier le Segretain du Patis, Officier supérieur adjoint du 4ème Bataillon de l’ESM, pour son invitation.
(2) à partir des rushs des films 8mm couleur du Colonel Sassi lorsqu’il était Capitaine en Indochine au cours de son deuxième séjour. On peut visionner ce film à l’adresse suivante :
http://www.ecpad.fr/Ecpa/pagesdyn/data/asp/video.asp?ref=sassi
(3) chef spirituel des Hmongs et ami du Colonel Sassi.
(4) Sur fond rouge et bleu traditionnel de l’ESM ; collier Hmong entourant la tête de Bagheera ; ailes des US-SF pour symboliser les Jedburghs ; insigne laotien du Million d’éléphants avec passementerie ; Légion d’Honneur ; épée gravée pointe vers le ciel ; avec, en bas à gauche, la devise du Bat. Choc AP 11.
(5) Bob Maloubier (en collaboration avec Brigitte Rossigneux), Les coups tordus de Churchill, éditions Calmann-Lévy, septembre 2009 (ISBN-13: 978-2702140062). Michel David, Guerre secrète en Indochine : Les maquis autochtones face au Viêt-Minh (1950-1955), éditions Lavauzelle, 2002. (ISBN-13: 978-2702506363).
(6) De son vivant, le Colonel Sassi avait eu l’honneur de recevoir des autorités du CPES l’insigne de brevet de spécialité OR « n°1 » de Cercottes (Ailes US-SF, panthère noire, étoile, globe terrestre) lorsqu’il fut créé en 2002. Cet hommage lui avait fait alors bien chaud au cœur. Et il est certain que de voir son nom porté aujourd’hui par une promotion de l’ESM lui eut donné la même émotion.

2 décembre 2009

Re-evaluating RI's military structure

Par Philippe Raggi et Faried Kei Lanur.

Since the fall of Soeharto's regime and the beginning of the Reformasi era, there have been numerous reforms in every governmental institution as well as in the national defense forces, also known as TNI (the Indonesian Military). Although these reforms have been slow and laborious, parts of them have been done but others still remain.

Among the ongoing reforms lies the crucial one for Reformasi activists: the abolition of the Territorial Command, more widely known as the Territorial Military Structure (TMS). According to these activists, the TMS should be shut down as a remnant of the Soeharto regime: It was used in the past as a means of oppression to cut short any form of criticism against the government.

Let us remind these reformists that since 1998, Indonesia has become the third-largest democracy in the world, right after India and the United States, with a direct presidential election system implemented since 2004.

So are these activists - who aspire to reform everything at all costs - willing to say that those presidents elected since 1998 have used the TMS to establish their power, eliminate their political rivals and muzzle the people?

In order to have a clear understanding of the issue, we have to recap that in addition to organic elements spread in the territory - mainly in Java - the TNI has other elements that double the administrative structure. Thus, from the village to the province, and from the district to the region, there is a military presence integrated within the command or territorial units.

Why then should we preserve this TMS?

First, because of its role in Indonesia's history; the TNI chose this type of flexible and reactive structure that allowed it to defend and take action against both the Dutch and the Japanese.

With a small number of men, Gen. Sudirman managed to keep alight the torch of sovereignty proclaimed by Sukarno and Hatta on Aug. 17, 1945. No one can deny that without the TNI, Indonesia would never have gained its independence so rapidly.

Second, in spite of a "not-at-war" context, we acknowledge that the ratio of military personnel to citizen is the lowest in the region (0.1 percent), compared to 1.6 percent in Singapore and 0.5 percent in Thailand and speaking of the defense budget, Indonesia's is considered very low (0.6 percent of GDP) as "the defense budgets of the countries in SEA are mostly above 1 percent *if not* 5 percent of their GDP." (See Connie Rahakundini Bakrie in Defending Indonesia, Gramedia, 2009).

Besides, as the Indonesian National Police are not yet able to totally ensure domestic security (due to a deficit in manpower, equipment and territorial competency), the TNI thus has an important role to play with its Territorial Military Structure.

Third, we can be confident the civilians are grateful for the involvement of the military in helping construct roads, hospitals and public buildings, and rescuing people from natural disasters.

Given those elements, there may be one thing that could satisfy and reconcile both activists of Reformasi and the military: the creation of what the French people call "Gendarmerie Nationale". It is a military force with judicial powers that bonds the national territory, which is the case in France, but also in the Netherlands, Italy, Spain and many other democratic countries.

In this point, the Brimob - Mobile Brigade, a special unit of the police - does not fit in the role of the Gendarmerie, precisely because of its insignificant prerogative in judicial matters, its limited manpower, and finally because it is a "projected unit", not a "stationary units", across the whole national territory.

Indonesia, as the largest country in Southeast Asia, must think profoundly of its identity and integrity. Remember that the notion of "internal security" is not synonymous with "dictatorship". It is a working line for any nation-state that respects itself and looks after the well-being of its citizens.

Should we hark back to the terrorist attacks that occurred on Indonesian soil to prove that the threat is still there?

Security thus has a price. That is the reason why we either raise significantly the number of our police servicemen with the necessary equipment so that they can maintain a presence in all the territory, or we maintain the TMS as it is today, but assign it a stricter role and an accountability toward parliament.

We can also create an Indonesian Gendarmerie Nationale with prerogatives that belong to such a unit, i.e. a military unit under the jurisdiction of the Defense Ministry or the Home Ministry (or both) with real and precise judicial power (as those of the police) and operating where the police are absent or have limited presence, i.e. in rural zones.

To reform does not necessarily mean to suppress. Seeking the dismissal of the TMS is not enough: One must propose something tangible and coherent as a replacement.

A choice has to be made by the executive in consultation with parliament. A decision has to be taken on this matter - the sooner the better - not just in order to shush the "Reformasi extremists", but to give Indonesia a real and serious capacity of resilience.

20 novembre 2009

Le Colonel Sassi à l'honneur.

Le jeudi 3 décembre 2009 aura lieu le baptême de promotion du 4ème Bataillon de l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.



Ce bataillon portera le nom de « Colonel Jean Sassi ».

Le grand soldat qu'il fut est ainsi honoré par cette prestigieuse école formant nos officiers; il ne méritit pas moins.
Le Colonel Sassi accompagnera ainsi ces futurs officiers de l'armée française, leur insufflant ces valeurs de toujours : Honneur, Fidélité, Nation et Discipline.


Nous relaterons ultérieurement sur ce blog cette manifestation.

Indonésie-Thaïlande : la croisée des chemins.

Dans la culture javanaise traditionnelle, la « quantité » de pouvoir est toujours constante ; lorsque l’un s’accroit, d’autre(s) s’amenuise(nt) nécessairement, comme dans le principe des vases communiquant (1).

Si l’on appliquait aujourd’hui cette approche à la situation de deux pays d’Asie du Sud-Est, la Thaïlande et l’Indonésie, l’on constaterait effectivement que si l’un est en phase critique et instable (en phase descendante), l’autre au contraire est nourrit de signes positifs, favorables (en phase ascendante).

Depuis environ cinq ans, tant sur le plan économique, politique qu’institutionnel, la Thaïlande et l’Indonésie sont sur des chemins divergents. Cette situation symétrique semble même échapper aux décideurs respectifs de ces deux pays et la tendance apparaît lors comme totalement inéluctable. C’est le fatum des Nations, comme ce fut le cas en Europe dans les siècles passés, avec le déclin du Portugal et la montée de l’Espagne, puis le déclin de cette dernière au profit des Provinces Unies, puis la montée en puissance de l’Angleterre, de la France, etc.

« Au Royaume de Siam »

Ce n’est pas moins de quatre crises qui frappent la Thaïlande aujourd’hui. Nous constatons en effet une crise économique tout d’abord, une crise politique ensuite, une crise insurrectionnelle également et enfin une crise institutionnelle. Le Royaume est dans une période instable mais peu d’observateurs le soulignent.

Dès les derniers moments de la période Thaksin Shinawatra, vers 2004, la Thaïlande connaît un déclin en terme économique, les investisseurs délaissant ce pays qui n’est plus le « petit dragon » des années 80/90. Les scandales politico-financiers touchant la famille de Thaksin n’ayant pas arrangé la situation, bien au contraire. Et bientôt, suite à la situation économique et politique chaotique - lors du deuxième mandat de Thaksin - l’armée prenait le pouvoir (septembre 2006) par un coup d’état « blanc » avec la bienveillance et l’accord du Roi, tant le pays s’enfonçait dans des dérives affairistes et autocratiques.

Un an plus tard, les militaires remettaient le pouvoir au verdict des urnes, tout en fermant l’accès aux partisans de Thaksin (2). Aujourd’hui, après une période transitoire civile, le calme n’est pas vraiment revenu dans le Royaume. Bien qu’il y ait de nouveau un Premier Ministre élu, en la personne de d’Abhisit Vejjajiva, Thaksin Shinawatra et ses partisans ont toujours le désir de revenir aux affaires, et de multiples manifestations ont lieu, essentiellement à Bangkok, semant le désordre dans ce pays qui a adopté une nouvelle Constitution.

Aujourd’hui, la situation politique thaïlandaise est encore dans une situation trouble, voire conflictuelle entre les « rouges » (partisans de Thaksin) et les « jaunes » (opposants à Thaksin et fervents royalistes), sans compter le rôle joué par l’armée royale.


Par ailleurs, une longue et meurtrière situation insurrectionnelle, mettant en scène des mouvements islamistes, gangrène le pays. Pas un jour ne se passe en effet sans que des attaques, des assassinats, des sabotages n’aient lieu dans les provinces de Songkla, Narathiwat, Pattani, Satun et Yala - à majorité musulmanes - jouxtant la Malaisie. Depuis 2004, l’on a recensé près de 4 000 morts tant bouddhistes que musulmans et différentes stratégies ont été testées par les gouvernements successifs sans qu’aucune jusqu’à lors n’ait effectivement fonctionné. Si la Malaisie ne soutient pas ces mouvements islamistes et si elle s’est proposé pour servir de médiateur, Bangkok cependant refuse, ne voulant à aucun prix internationaliser le conflit du Sud en faisant intervenir un tiers dans ce qu’elle considère comme une affaire intérieure. Les années passent donc et rien ne semble aller pour le mieux dans ces cinq provinces du Sud thaïlandais, au point où l’on se demande quand et comment ce conflit pourrait bien s’arrêter.

Quant à la situation institutionnelle, elle n’est pas brillante avec les soucis que cause la question de la succession royale, tant la santé du Roi Bhumipol Adulyadej est de plus en préoccupante et compte-tenu que son fils, le Prince héritier Vajhiralongkorn, ne semble pas être le meilleur candidat désigné pour le trône.

Loin d’avoir le charisme, la popularité et l’ascendant de son père, le Prince héritier n’a pas de surcroit l’aval total de l’armée ni du Conseil Privé du Roi. Ce qui fait qu’après la régence – tenue par le Conseil – il se pourrait que la monarchie vacille, tant il semble qu’un mouvement remette en cause le principe de la Monarchie telle qu’elle existe actuellement, c'est-à-dire une monarchie constitutionnelle. Vraisemblablement, une grave crise institutionnelle se prépare dans ce pays, noircissant davantage la situation générale, déjà pas très brillante.

« Hidup Indonesia »

De son côté, de manière mystérieusement symétrique, l’Indonésie connaît une phase ascendante et florissante. L’année 2009 semble particulièrement être l’année de toutes les promesses pour cet immense archipel, quand bien même des signes précurseurs étaient apparus dès 2004, avec l’arrivée au pouvoir suite aux premières élections au suffrage universel direct (3) du Président Susilo Bambang Yudhoyono (SBY).

Economiquement, contrairement à nombre de pays, l’Indonésie n’a pas subit les affres de la crise mondiale de 2008 et certains indices économiques (4) sont pour la plupart encourageant et positifs. Les clignotants économiques indonésiens sont au vert et des investisseurs - anglo-saxons mais aussi japonais, coréens du Sud et chinois - l’ont déjà compris, lesquels se reportent sur ce pays.
Politiquement, la situation est également au beau fixe en Indonésie, depuis la réélection de SBY et de la mise en place de son second gouvernement en octobre 2009. Réélu à 60% dès le premier tour, le Président bénéficie d’une légitimité populaire et d’une stabilité parlementaire forte, situation nouvelle depuis la fin du régime Suharto en 1998. Ces élections générales de 2009 (législatives et présidentielles) ont braqué les projecteurs sur cette troisième démocratie du monde (après les Etats-Unis et l’Inde) et ont rehaussé sa stature internationale de ce pays comptant 230 millions d’habitants.

Avec la nomination du nouveau Vice-Président, Boediono - qui est un professionnel (5) et non un politique - c’est un autre signe positif qui fut envoyé, notamment à l’extérieur du pays. Par ailleurs, la composition du gouvernement - en dehors de quelques inéluctables nominations de compromis - révèle là aussi des points positifs. On soulignera par exemple, les ministères des finances et du commerce qui ont conservés leurs chefs (Mesdames Mari Elka Pangestu et Sri Mulyani Indrawati) et les affaires étrangères, qui ont vu arriver un brillant ministre en la personne de Marty Natalegawa (ancien ambassadeur à Londres et représentant de l’Indonésie au Nations Unies).

L’Asie du Sud-Est : là où il faut être

Dans le jeu des vases communiquant, force est de constater que l’Indonésie tient aujourd’hui une position flatteuse, pleine de promesses. Devant la montée de la Chine, le flanc Sud de l’Asie du Sud-Est se révèle de plus en plus stratégique et ceci d’autant plus que l’Indonésie - Etat archipélagique - est à la croisée de nombreux chemins et flux maritimes, culturels et commerciaux (Est-Ouest et Nord-Sud). Il serait bien dommage que les investisseurs et autres hommes d’affaires français loupent ce coche et laissent le terrain à leurs concurrents britanniques, américains, australiens et allemands, pour ne citer qu’eux.

La France (tant le privé que l’Etat) aurait tout à gagner à se lancer dans cette région, d’autant plus qu’elle possède certains atouts non négligeables (6) : un bon capital sympathie et des aprioris positifs de la part des indonésiens en général, sans oublier aussi la présence dans le nouveau gouvernement d’un ministre ayant fait ses études (7) en France. Néanmoins ces atouts s’avéreraient fructueux si seulement nos entrepreneurs français (8) et si nos officiels du gouvernement avaient le sens de l’opportunité.

Notes :

(1) Benedict R. O'G. Anderson dans son ouvrage Language and Power; Exploring political cultures in Indonesia (Chap. 1 The idea of Power in Javanese Culture; pp22-23.) aborde ce trait javanais. De manière synthétique, retenons que : 1) Le pouvoir relève du concret; 2) le pouvoir est homogène; 3) La quantité de pouvoir dans l’univers est constant; 4) La pouvoir ne soulève pas la question de la légitimité.
(2) ce dernier évincé et toujours en exil aujourd’hui.
(3) Les dernières remontant aux années 50.
(4) Taux de croissance, exportations, etc.
(5) Economiste, ancien gouverneur de la Banque d’Indonésie, ancien ministre des finances et ministre coordinateur de l’économie, il est reconnu internationalement.
(6) Des atouts culturels, politiques et sur le plan technique/organisationnel, etc.
(7) A l’Université Sciences et Techniques de Montpellier.
(8) Un atout saisi déjà par Danone, Carrefour et Total, pour ne citer que ces entreprises.

22 octobre 2009

Marty Natalegawa, le nouveau visage de la diplomatie indonesienne

Le Président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono (SBY), élu à une grande majorité (plus de 60%) lors des dernières élections générales dans ce grand pays d'Asie du Sud-Est, vient de nommer son gouvernement. Ce mandat fixé à 5 ans par la Constitution, s'achèvera en 2014.

Parmi les personnalités présentes dans ce second cabinet "Indonésie Unie", figure Marty Natalegawa. Sans préjuger ici des actions futures menées par l'Indonésie en matière de politique étrangère, on peut souligner déjà par la mise en place de ce nouveau chef du DEPLU : 1) de la continuité et de la stabilité de la République Indonésienne; 2) de l'arrivée aux postes ministériels d'une nouvelle génération instruite aux meilleures universités; 3) des signes prometteurs et positifs pour ce pays archipélagique.
Notons que ce nouveau visage de la diplomatie indonésienne a pris forme en 1999 (au départ de Suharto) avec la nomination d'Alwi Shihab au poste de Ministre des Affaires Etrangères, lequel à complètement restructuré et modernisé ce ministère. Son successeur, Hassan Wirayuda, a pour sa part, poursuivi dans cette voie et cet esprit nouveau.

Restent les fondamentaux de la politique étrangères indonésiennes : "Bebas dan aktif", c'est-à-dire, "Libre et active". On peut tout à fait penser que cette orientation se maintiendra avec cette nomination et même qu'elle se renforcera, hissant la République Indonésienne au rang qu'elle mérite au sein des nations, tant l'Indonésie est un pont et un carrefour entre les continents, les civilisations, les peuples.

Arrêtons-nous un peu sur ce jeune et brillant ministre qui semblait désigné depuis au moins deux ans à ce poste et qui est totalement dans la lignée de ses prédécesseurs quant au rôle plus important que devrait jouer l'Indonésie au plan international.
 Photo : Marty Natalegawa et son épouse Sranya, au KBRI de Londres. (Source : KBRI London)

Né à Bandung le 22 mars 1963, Raden Mohammad Marty Muliana Natalegawa est le nouveau Ministre des affaires étrangères de la République d’Indonésie (DEPLU-RI).

Avant sa nomination en date du 21 octobre 2009, Marty Natalegawa fut le Représentant permanent de l’Indonésie auprès des Nations Unies ; il avait présenté le 11 septembre 2007 ses lettres de créance au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

Natalegawa a commencé sa carrière en 1986 au Département des affaires étrangères de l’Indonésie (DEPLU) ; il était, depuis 2005, Ambassadeur de l’Indonésie auprès du Royaume-Uni. De 2002 à 2005, il était Chef de cabinet du Ministre des affaires étrangères de l’Indonésie et Directeur général pour la coopération avec l’ASEAN au sein de ce même département ministériel. Marty Natalegawa a aussi occupé le poste de Directeur pour les organisations internationales au DEPLU au début de la décennie écoulée. De 1994 à 1999, il était en poste à la Mission permanente de l’Indonésie auprès des Nations Unies à New York.

Natalegawa a un doctorat en philosophie de l’Université nationale australienne (ANU) en 1993. Il est également diplômé de la London School of Economics and Political science et de Corpus Christi College. Marty est le plus jeune fils de Sonson Natalegawa, ancien directeur de la banque d’Etat Bumi Daya. Il est marié à une femme d’origine thaïlandaise (Sranya) et père de trois enfants (Annisa, Anantha, and Andreyka). 

9 octobre 2009

Enquête sur un Zippo inconnu

J’avais depuis longtemps par devers moi un briquet de marque Zippo trouvé en Asie du Sud-Est.

Sur ce briquet, des marquages (un slogan, un insigne, une date, un lieu, un nom) mais surtout des incertitudes et des inconnues. Incertitudes sur le fait de savoir si ce briquet était un authentique Zippo des années 60 ; inconnues dans le fait de voir un insigne de l’armée que je ne connaissais pas du tout.

Après quelques recherches et de précieuses aides extérieures (1), j’ai finalement eu toutes les réponses que je souhaitais.

Ainsi puis-je présenter maintenant ce Zippo et donner quelques éléments d’explication sur celui-ci.

Le briquet

Sur le Zippo lui-même, il s’avère que c’est bien un Zippo authentique, datant de 1964. L’attestent, les deux points encadrant la marque « Zippo » sur le fond du briquet (un peu à gauche du « Z » et à droite juste au dessus du ®), ainsi que la concordance avec le numéro de modèle (Pattern 2517191).


Le contexte et les gravures

Nous sommes au Vietnam, dans les premières années de la guerre. Suite aux incidents survenus entre le 2 et le 4 août 1964 dans le Golfe du Tonkin (entre destroyers US et vedettes lance-torpilles du Nord Vietnam), c’est l’engagement massif des Américains ordonné par le Président américain d’alors, Lyndon B. Johnson.

Début février 1965, des bases US sont attaquées, dont celles de Pleiku et de Qui Nhon. C’est le début de l’escalade.

Entre 1964-1965 (date figurant sur le Zippo) les soldats US ne sont pas encore du contingent ; la plupart de ceux qui servent là-bas sont encore des conseillers, des formateurs du MAC/V (Military Assistance Command / Vietnam) et/ou des hommes de la CIA.

Parmi ces formateurs et spécialistes, des démineurs. Ils sont brevetés EOD (Explosive Ordnance Disposal), l’équivalent à peu près de notre NEDEX français (Neutralisation et Destruction d’Explosif). L’insigne présent sur le Zippo est celui du deuxième degré EOD (Senior EOD), que devait avoir le propriétaire du briquet. Ces spécialistes étaient regroupés en équipes EOD opérant aussi bien sur terre que dans l’eau, neutralisant tant des bombes non explosées, que des explosifs improvisés (IED). Ces techniciens appartenaient soit à l’armée de terre, à l’armé de l’air, à la Marine ou encore au corps des Marines.

Une EOD Team au Vietnam au milieu des années 60.
Qui Nhon (nom de lieu figurant sur le Zippo) est la capitale de la province de Binh Dinh, en Annam (Vietnam). Elle possède un grand port. Comme dans d’autres endroits du territoire du Sud Vietnam, les soldats US étaient stationnés dans de grandes bases. Dans cette ville un grand nombre d’explosifs y furent « traités » entre 1964 et 1967 par les services spécialisés. Dans cette base de Qui Nhon - où il allait y avoir bientôt aérodrome, hôpital, casernements, dépôts, etc. - furent basée un temps différents unités EOD (US Army, USN, USAF, USMC). Il y a donc congruence entre le lieu et l’unité.

Le slogan présent sur une des faces du Zippo est assez caractéristique de ceux utilisés par les unités allant au contact, qui risquaient souvent leur vie en opération, tels les parachutistes ou les démineurs. Le « Live it up ! » est typique de ces unités d’élite.

Reste encore une question en suspend, le nom « Ho Huu Dix » qui apparaît derrière l’insigne EOD. C’est sûrement la première gravure qui ait figurée sur le briquet. Il se pourrait peut-être qu'il s’agisse du nom de celui qui a réalisé la gravure. Néanmoins, compte-tenu de l’endroit où ce nom se trouve gravé, cela est peu probable. Alors, il y a une autre explication. Une hypothèse pourrait être avancée : le premier propriétaire de ce briquet aurait été ce « Ho Huu Dix », lequel fut - compte-tenu du patronyme - en toute vraisemblance, un soldat de l’armée du Sud-Vietnam ; par la suite, le Zippo changea de main et c’est à cette occasion que les autres gravures y furent apposées.

Conclusion

« Montrez-moi un briquet, je vous trouverai une histoire… » .
C’est un peu ce qui est arrivé. Et il est toujours plaisant de faire ce cheminement de la petite histoire à la grande, d’effectuer ce « retour-amont » comme dirait un René Char. Les choses se disent, prennent sens et finalement éclairent.

Il en va des briquets comme de ces tableaux chinois sur lesquels figurent les marques des différents propriétaires; l'on peut ainsi voir et retracer l'histoire du tableau depuis son premier acquisiteur.

(1) Je tiens personnellement à remercier ici chaleureusement : John Conway, Mark Bacon, Linda Meabon, Don Lenny et Robert Munoz. If you read this page, be sure that I’m deeply grateful for your help !