24 février 2009

NOTES SUR LES SERVICES FRANÇAIS (1940-1945)

Courant Juillet 1940, un CNE du Génie, André Dewavrin, se voit confier sur les directives de 1'Etat-major londonien du Général de Gaulle, le B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignement et d'Action). Ce service est autonome bien que coopérant avec le M.I.6; c'est d'ailleurs de ce dernier que Dewavrin tire expérience en la matière. Dewavrin "Passy", prend deux adjoints avec lui: Maurice Duclos dit "St Jacques", et Pierre Fourcaud dit "Barbès".

Arrive le débarquement en Afrique du Nord, en Novembre 1942. Moins d'un an plus tard, le Gouvernement Provisoire de la République Française s'installe à Alger.

Fin Septembre 1943, une "fusion" des services de Londres et de ceux de Vichy repliés en Afrique du Nord dirigés par le Général Ronin, s'opère sous l'égide d'un civil, Jacques Soustelle; ce nouvel organisme prend le nom de Service de Renseignement et d'Action (S.R.A.) puis de Direction Générale des Services Spéciaux (D.G.S.S.) à la fin Novembre. Dewavrin quitte la direction des services pour prendre celle des opérations en France occupée. Fin Août 1944, suite à la libération de Paris, les services s'installent avenue Kleber. Le 26 Novembre 1944, la DGSS devient la Direction Générale des Etudes et Recherches (D.G.E.R.) et s'établit boulevard Suchet. Le 19 Avril 1945, Soustelle est remplacé par Dewavrin "Passy" qui revient d'une mission en Indochine. Dewavrin reprend vigoureusement en main les services qui sombraient dans un manque de rigueur et de discipline.

Le 28 Décembre 1945, les services "repris" changent de dénomination et d'adresse. C'est ainsi que le Service de Documentation Extérieure et de Contre Espionnage (S.D.E.C.E.) s'installe boulevard Mortier. Mais le 21 Janvier 1946, le Général quitte le pouvoir. Moins d'un mois plus tard, le 26 Février, le nouveau président du conseil, Félix Gouin, nomme Henri Ribière à la place de Dewavrin. Ribière conserve néanmoins comme adjoint, celui de son prédécesseur, le Colonel Pierre Fourcaud. A la tête de la section "action", revenant d'Extrême-Orient où il dirigeait cette branche des services basée à Calcutta depuis le mois de Mars 1945, se trouve le Commandant Fille-Lambie dit "Morlane".

ELEMENTS PARTICULIERS SUR LA PERIODE 1943-1945 en INDOCHINE

En Mars 1943, le Commandant de Langlade est à Meerut (aux Indes), où il s'est vu confier la direction de la FICS (French Indochina Country Section) dans le cadre de la FORCE 136, organisation britannique dépendant du SOE (Special Operation Executive) et ayant la charge de l'action et du renseignement dans les territoires occupés par les japonais; cette FORCE 136 est dirigée par M. Mackenzie.

Le 8 Septembre 1943, le Général Blaizot est nommé chef de la Mission Militaire Française auprès du commandement du SEAC (South Eastern Asia Command) de l'Amiral Mountbatten, et Commandant des FEFEO (Force Expéditionnaire Française en Extrême-Orient).

Dans les tous premiers jours de Novembre 1943, le CLI (Corps Léger d'Intervention) voit le jour à Djidjelli en Algérie; il comporte des unités de commandos sous le commandement du Lieutenant-Colonel Huard, et qui sont destinées à renforcer les troupes françaises d'Indochine selon un plan qui sera établi par la résistance militaire intérieure incarnée par le GAL Mordant dit "Narcisse", venu de France en 1941.

Parallèlement, le Commandant de Crèvecœur arrive à Meerut le 10 Novembre, mandaté par le commandement français, pour remettre à Mackenzie le plan d'action français consistant principalement en l'introduction en Indochine du CLI, en conjugaison avec l'offensive alliée.

Pendant que cette question est mise à l'étude, les premiers militaires français sont envoyés à l'instruction à Poona (100 km de Bombay).

En Mars/Avril 1944, le Lieutenant-Colonel de Crèvecœur se rend en Chine en vue d'étudier les possibilités de la résistance indochinoise.

Le premier essai de parachutage a lieu au début de Mai sur la région de Lai Chau (Tonkin), mais sans succès pour des raisons météo.

Le 1er Juin, les effectifs français rattachés à la FICS sont groupés dans une unité administrative régulière formant corps: "Le Détachement Français des Indes".

Pendant la lune de Juin, d'autres essais de parachutages (infructueux pour des raisons météo) ont lieu dans la région de Moc Chau. Toutefois, un nouvel essai effectué le 6 Juillet, est couronné de succès; au cours de cette opération (Belief I), le Commandant de Langlade et le Commandant Millon sont parachutés dans la région de Lang Son. Le premier comme messager personnel du Général de Gaulle auprès du Général Mordant et de l'Amiral Decoux, Gouverneur Général de l'Indochine; le second, en vue de créer la première organisation subversive au Tonkin. Le 9 Juillet, ils sont en contact direct avec Calcutta.

A Alger, dans sa séance du 5 Août, le Comité de la Défense Nationale décide de la création d'un "service d'action basé aux Indes"; son chef est le Lieutenant-Colonel de Crèvecœur qui prend aussi le commandement de la FICS. Dans le même temps est créée, toujours aux Indes, la SLFEO (Section de Liaison Française en Extrême-Orient), dépendant de la DGSS. Son chef, le Colonel Léonard, délégué de la DGSS, assure la direction du S.R. et de la Sécurité Militaire pour l'Extrême-Orient, et la coordination des activités de ces services avec ceux du S.A. de Crèvecœur. A Paris, le responsable en est le Commandant Bouheret, sous les ordres de Dewavrin. En Octobre, le Général Blaizot détache de son PC installé à Alger, un PC avancé à Kandy sur l'île de Ceylan, auprès de 1'Etat-major du Lord Amiral Louis Mountbatten.

Le 15 Novembre, le Commadant de Langlade est récupéré par "pick up" (Opération Radical I). De la même manière, le 12 Décembre, le Lieutenant-Colonel Huard est récupéré (Opération Radical II) après une mission de prés d'un mois en collaboration avec la résistance intérieure du Général Mordant, durant laquelle a été élaboré le plan d'emploi des Forces Militaires en Indochine.

Le 22 Décembre, le Capitaine Leblanc est parachuté au Laos (Région Sud de Séno) pour préparer la guérilla au Moyen-Laos.

Le 23, le S.A. est rattaché à la DGER mais reste placé sous les ordres du Général Blaizot en ce qui concerne la préparation directe aux opérations militaires.

Durant le quatrième trimestre 1944, la FICS et les britanniques ont effectué sur l'ensemble de l'Indochine prés de 280 missions aériennes qui ont permis de larguer 75 Officiers et Sous-officiers ainsi que du matériel et des armes.

Le Lieutenant-Colonel de Crèvecœur, qui était à Meerut jusqu'au 6 Décembre, s'établit à Kandy aux premiers jours de Janvier 1945.

Les résultats des six premiers mois d'activité ont permis la création d'organisations autonomes (Rivière au Tonkin, Donjon dans le Haut et Moyen Laos, Médéric dans le Nord Annam, Pavie dans le Centre Annam, Legrand dans la Cochinchine et Mangin au Cambodge) coordonnées par le S.A. intérieur de Mordant.

La mission des équipes "action" parachutés au Laos, est de préparer l'arrivée des futures unités du CLI, en instruisant des troupes d'intervention et en organisant la guérilla générale, ceci en liaison avec les mouvements de la résistance au Laos. C'est ainsi qu'au cours de la lune de Janvier, 27 agents ont été parachutés, dont deux agents et trois comités de réception en jungle (Fabre vers Paksanne, Tuai vers Vang Vieng, Serres vers Xieng Khouang). Treize stations radios sont maintenant en contact régulier avec Calcutta, dont trois au Laos. Cependant en Février, pour ne pas éclairer les japonais sur l'intérêt porté au Laos, ce secteur est mis en sommeil; ce qui lui permet de "digérer" le matériel et le personnel très important qu'il a reçu. Les efforts du S.A. se portent principalement sur Rivière (Organisation du Delta tonkinois assez en retard sur les autres), Legrand et Mangin. A la lune de Février, trois conseillers d'organisations sont parachutés (le Capitaine Isnardon pour Rivière, le Commandant Imfeld pour Donjon et le CNE Desprez pour Médéric) ainsi que trois opérateurs radios.

Au 9 Mars, date du coup de force japonais contre les garnisons françaises d'Indochine, le chef du S.A. décide de s'installer personnellement à Calcutta en vue d'obtenir toute l'aide matérielle possible pour l'Indochine et de rester en liaison étroite tant avec le PC avancé du Général Blaizot (Lieutenant-Colonel Huard) qui s'est transporté à Calcutta, qu'avec la SLFEO actionnant pour le compte de la DGER le S.R. de Chine. Le Commandant Millon, chef du S.R. en Chine, prend ainsi également la direction d'une "aile" du S.A. afin d'agir sur la 14ème Air Force Américaine (Général Chennault) et sur l'O.S.S. (Office of Stratégie Service) pour que se matérialise rapidement l'aide américaine.

Au 15 Mars, les effectifs des forces de guérillas en Indochine s'élèvent à 1349 hommes (356 européens et 993 indigènes) dont 47 européens et 195 indigènes au Laos.

Le réseau radio clandestin revient peu à peu à la vie (milieu de Mars): une quinzaine de liaisons sont rétablies, mais de nombreux contacts sont perdus (Saigon, Hanoi, Hué, Vinh, Lang Son, Ban Me Thuot…). Des missions de renseignement sont confiées aux divers groupes d'action, en vue de préparer une reprise de contact avec les éléments se trouvant sur les plateaux Moi et pour permettre également de suivre l'évolution politique du pays sous l'occupation japonaise. D'autres groupes sont parachutés (Cortadella le 17 sur Dien Bien Phu, Dampierre le 22 sur Son La, Gasset le 23 dans la région de Paksanne) tant pour affermir le moral des troupes que pour permettre d'énergiques actions sur les arrières des colonnes japonaises.

Le 16 Avril, ordre est donné aux groupements de jungle de se consacrer essentiellement au renseignement pour le compte du SEAC et à la propagande pour le compte du gouvernement français.

Au 20 Avril, 93 personnels du S.A. sont en Indochine, et treize stations radios sont en liaisons avec Calcutta.

Suite à la fin de la guerre en Europe, une soixantaine de Jedburgh qui servaient dans les rangs du SOE et membres par là-même de la DGER, sont mis à la disposition de la FICS.

Fin Avril, le ColonelL Roos, ingénieur en aéronautique, remplace le Colonel Léonard à la tête de la SLFEO; il est secondé par le Commandant Jean Rosenthal. Le 1er Mai, le CLI devient 5ème RIC (pour éviter toute confusion avec le Ceylan Light Infantry) et deux de ses compagnies deviennent parachutées.

Le 5 Mai, le Commandant Fille-Lambie dit "Morlane" (venu de France où il avait organisé et commandé le réseau de résistance "Jean-Michel" en zone occupée) prend le poste de chef du S.A., en remplacement du Lieutenant-Colonel de Crèvecœur, nommé chef de la FICS. Dans le même temps, le chef du PC avancé du S.A. à Calcutta, le Capitaine de Corvette de Riencourt, quitte ses fonctions ainsi que son adjoint, le Capitaine Laure; cependant, le Lieutenant Leroux, cheville ouvrière de cette antenne, reste en place. Ces changements sont l'aboutissement d'un conflit de plusieurs mois entre les représentants respectifs de la DGER et du Général Blaizot. La subordination du S.A. aux ordres du Général Blaizot n'avait jamais été admise par la DGER; de plus, depuis le départ du Commandant de Langlade des Indes, il n'y avait plus de délégué de la DGER aux Indes. De ce fait, les chefs respectifs du S.R. et du S.A. étaient livrés à eux-mêmes sans avoir d'autorité supérieure locale DGER pour les orienter et les départager.

En Indochine, c'est essentiellement au Laos que la présence du S.A. est effective car c'est là que les forces japonaises sont le moins développées. Au 15 Mai, trois groupes y opèrent: Fabre (Paksanne), "Serres"-Ayrolles (plateau du Tranninh) et Tuai (Nord de Vientiane); le Haut-Laos compte 200 européens.

En Juillet, après la Conférence de Potsdam, il est décidé que l'Indochine sera partagée en deux zones de part et d'autre du 16ème parallèle. Au Sud, l'autorité se voit confiée au SEAC (Gurkhas du Général Gracey, et une compagnie du RIC), et au Nord c'est au Général Lou Han et à ses troupes.

Le 9 Août, le Colonel Roos, nouveau Délégué Général de la DGER en Extrême-Orient, propose aux responsables de la FORCE 136 de parachuter le maximum d'officiers spécialiste du Renseignement et de l'Action; ces officiers seront investis de fonctions civiles et chargés de réinstaller l'administration française dans les principaux centres du pays Indochinois.

Le 15 Août, le Japon capitule; il se voit néanmoins confier la sécurité dans tout le territoire jusqu’à l'arrivée des troupes alliées (britanniques et chinoises). Les japonais en profiteront pour favoriser davantage le développement de l'Armée de Libération de Ho Chi Minh. Au jour de la capitulation japonaise, les moyens du S.A. en service à l'intérieur du territoire indochinois sont de 319 européens et 200 indigènes.

Le 25 Août, ordre est donné à tous les éléments du S.A. au Laos de pénétrer dans les villes et de s'emparer de l'administration. Dans le même mouvement, fin Août, trois missions à visées politiques sont exécutées aux ordres de l'Amiral d'Argenlieu, Haut-commissaire en Indochine (parachutage de trois Gouverneurs: Cédille à Saigon, Nolde à Phnom Penh, Messmer à Hanoi).

Fin Septembre, le 23 et 29, des tentatives d'introduction d'une soixantaine de parachutistes (Cie B du Sème RIC) à Vientiane, ont lieu à l'initiative du Général Leclerc, en accord avec l'Amiral Mountbatten.

Le 3 Octobre, le 11ème et le 5ème RIC débarquent à Saigon; Leclerc y arrive le 5.

Après l'arrivée du Général Leclerc, l'organisation des forces de guérillas du Laos est remaniée. Ainsi, le S.A. se transforme en "Etat-major des Troupes du Laos", ne dépendant plus de la DGER mais du Chef d'E.-M. du Général Leclerc.

Le 12 Novembre, le Commandant Maze et onze hommes de la DGER sont parachutés à Nong Khay (Laos); ils prennent le commandement des guérillas du secteur de Vientiane. Cette opération est l'une des quatre développées face au nouveau danger viet-minh. Toujours au Laos, des équipes rencontrent quelques difficultés face aux chinois qui les désarment et les repoussent vers la jungle.

A partir du 15 Novembre, s'opère la liquidation de la FICS (et de la FORCE 136). Sont reversées à la SLFEO (Section de Liaison Française en Extrême-Orient) la plupart de ses effectifs.

Dernier trimestre 1945: tentative ultime de conciliation avec le viet-minh; les britanniques n'ont pas encore désarmé totalement les japonais; actions franco-britanniques en Cochinchine et en Annam; opération "Moussac" sur Mytho et le Mékong; actions des Commandos SAS, Conus, Ponchardier et Massu. Au Cambodge, le Colonel Huard est nommé Commissaire de la République et Commandant Militaire.

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